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Ouganda:
la lutte contre l'Armée de résistance du Seigneur
pèse sur le budget du pays
Date: 8 novembre 2002
Le gouvernement a décidé de réduire
les dépenses de différents ministères afin
de pouvoir consacrer plus d'argent à la lutte contre
les rebelles de l'Armée de résistance du Seigneur
dans le Nord du pays.
Notamment pour un pays aux ressources limitées, une
insurrection peut lourdement peser sur le budget national. Le
cas de l'Ouganda vient de le montrer à nouveau. Au mois
d'octobre, le Ministère de la Défense a demandé
aux différents services officiels de trouver des moyens
d'économiser, afin de pouvoir allouer des sommes plus
importantes à l'armée pour lui permettre de lutter
contre l'Armée de résistance du Seigneur (Lord's
Resistance Army, LRA). Les autorités ougandaises affirment
que les bailleurs de fonds étrangers qui soutiennent
l'Ouganda se montrent compréhensifs: pas seulement en
raison de l'actuel climat de "guerre contre le terrorisme",
mais surtout parce que la pacification du Nord du pays constituerait
un pas important pour la stabilité de l'Ouganda. Certains
donateurs s'interrogent cependant sur la sagesse de réduire
le budget dans tous les domaines et s'inquiètent notamment
pour le secteur de la santé.
En tout cas, les coûts de la guerre sont lourds pour
l'économie ougandaise: seize ans de troubles dans le
Nord ont déjà coûté des centaines
de millions de dollars. Selon un rapport que viennent de publier
des oeuvres d'entraide actives dans la région, la campagne
lancée cette année (voir plus bas) aurait
déjà coûté plus de 250 millions de
dollars.
Un mouvement impitoyable, en lutte depuis
les années 1980
Les conséquences sur le plan humanitaire sont également
graves. Des centaines de milliers de personnes ont été
déplacées par suite de ce conflit. L'Armée
de résistance du Seigneur était née dans
la seconde moitié des années 1980, sur les cendres
d'un groupe précédent, le Holy Spirit Movement.
Le chef de l'Armée de résistance du Seigneur,
est un neveu d'Alice Lakwena, qui avait dirigé le Holy
Spirit Movement en 1986-1987, avant d'être défaite
par les forces armées ougandaises et de devoir fuir au
Kenya. Le mouvement d'Alice Lakwena avait bénéficé
de sympathies dans la population d'ethnie acholi en raison de
ressentiments éprouvés par cette population. Les
exactions de l'Armée de résistance du Seigneur
semblent cependant avoir considérablement érodé
le capital de sympathie initialement existant.
L'Armée de résistance du Seigneur a en effet
surtout retenu l'attention internationale en raison d'atrocités
commises. C'est notamment le recrutement forcé d'enfants-soldats
qui lui a valu une image peu flatteuse et les critiques très
vives d'organisations humanitaires (par exemple un rapport d'Amnesty
International sur l'"enfance détruite" en 1997).
Des jeunes filles enlevées sont utilisées pour
la satisfaction sexuelle des responsables du groupe rebelle.
Les traitements infligés à la population civile
afin de la terroriser (membres coupés et exécutions,
sans parler des "réquisitions" de nourriture)
sont également du nombre des méfaits régulièrement
attribués à l'Armée de résistance
du Seigneur.
Le groupe résiste mieux que prévu
à la dernière offensive ougandaise
Depuis plus de deux ans, la situation était relativement
calme et l'on commençait à avoir l'impression
que la menace présentée par l'Armée de
résistance du Seigneur diminuait et que le groupe se
trouvait sur la défensive, d'autant plus que le soutien
longtemps reçu du gouvernement du Soudan s'était
quasiment interrompu à la suite du rétablissement
des relations diplomatiques entre l'Ouganda et le Soudan en
1999 - même si l'Ouganda avait d'abord exprimé
un certain scepticisme quant à l'interruption de l'appui
soudanais. Le gouvernement soudanais avait même laissé
entendre alors que Kony avait été placé
en résidence surveillée.
Le 10 mars 2002, les deux pays avaient signé un
accord autorisant les forces armées ougandaises à
poursuivre les rebelles de l'Armée de résistance
du Seigneur sur territoire soudanais. L'Ouganda avait ainsi
lancé une offensive contre les bases rebelles dès
la fin du mois de mars (opération Iron Fist),
détruisant plusieurs de celles-ci et des stocks de nourriture.
Les officiers ougandais se disaient confiants de venir enfin
à bout du groupe, dont les effectifs sont estimés
à quelque 3.000 combattants. Le gouvernement ougandais
s'est par ailleurs déclaré prêt à
plusieurs reprises à discuter avec les rebelles, voire
à les faire bénéficier d'une amnistie en
échange de leur renoncement à la lutte armée,
comme cela s'est déjà fait avec d'autres groupes
en Ouganda.
Cependant, depuis le mois de juin 2002, les rebelles ont à
nouveau mené de nombreuses opérations, sans qu'il
soit aisé de déterminer ce que cela signifie (réaction
désespérée d'un mouvement acculé
ou résistance nettement plus importante que prévu?).
L'un des objectifs des forces armées ougandaises est
maintenant de détruire les repaires utilisés par
le mouvement et de couper les routes par lesquelles les militants
s'enfuient après leurs offensives. Les rebelles se montrent
très mobiles et évitent toute bataille frontale.
La LRA figure désormais sur une
liste américaine de groupes terroristes
En général, le groupe est présenté
comme aspirant à remplacer l'actuel système ougandais
par un nouveau régime fondé sur les Dix Commandements.
Durant quelque temps, dans la seconde moitié des années
1990, il existait à Washington un "Comité
des affaires étrangères" de l'Armée
de résistance du Seigneur, qui affirmait représenter
le point de vue de celle-ci. Les documents qu'il avait publiés
tentaient de donner une image du mouvement plus politique que
celle d'un groupe fanatique qui lui est habituellement associée.
Selon un manifeste alors publié, l'objectif était
le développement d'une "démocratie multipartite"
en Ouganda. Le groupe insistait également sur sa volonté
de coordination avec d'autres mouvements d'opposition ougandais.
Dans un exposé prononcé le 5 avril 1997 par
James Obita (un homme d'affaires qui fut le responsable des
relations internationales du mouvement de 1996 à 1998)
lors d'une conférence organisée par des groupes
d'ethnie acholi à Londres dans le cadre d'une initiative
dite de Kacoke Madit pour essayer de rétablir la paix
dans la région, on pouvait lire:
"La propagande du régime Museveni [le
président de l'Ouganda] et des médias, selon
laquelle la LRA est un groupe de fondamentalistes chrétiens
aux croyances bizarres dont l'objectif est de renverser le
régime Museveni et de le remplacer par un système
de gouvernement fondé sur les Dix Commandements de
la Bible, [...] doit être rejetée avec
tout le mépris qu'elle mérite."
La représentation de l'Armée du résistance
du Seigneur à Washington semble avoir disparu depuis
longtemps, de même que le site Internet qui fut mis en
ligne durant quelque temps en 1997. Même si cette délégation
aux Etats-Unis avait poursuivi son activité, elle aurait
probablement été contrainte de fermer ses portes
en 2001: en effet, après avoir fait l'objet de l'une
ou l'autre mention fugitive dans des rapports américains
sur le terrorisme ces dernières années, l'Armée
de résistance du Seigneur a été placée
le 5 décembre 2001 sur une liste de 39 organisations
dont les membres sont interdits d'entrée sur territoire
américain ou doivent en être expulsés s'ils
s'y trouvent (Terrorist Exclusion List, en application
de l'USA Patriot Act). Elle s'y trouve aux côtés
de groupes islamistes radicaux ou d'extrême-gauche ainsi
que de groupes terroristes irlandais et de groupes rwandais
impliqués dans le génocide.
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