Il y a presque 28 ans, le 14 mai 1970, la RAF naissait dans
une action de libération : aujourd'hui nous en terminons
avec ce projet. La guérilla urbaine sous forme de la
RAF fait désormais partie de l'histoire.
Nous, c'est tous ceux et toutes celles qui ont été
jusqu'ici organiséEs dans la RAF. Nous assumons ensemble
ce pas. A partir de maintenant nous sommes - comme tous/toutes
les autres de cette connexion - d'ex-militantEs de la RAF.
Nous assumons notre histoire. La RAF a été la
tentative révolutionnaire d'une minorité - allant
à l'opposé de la tendance de cette société
- de contribuer au renversement des rapports capitalistes. Nous
sommes heureux/heureuses d'avoir fait partie de cette tentative.
La fin de ce projet montre que nous n'avons pas pu passer sur
cette voie. Mais cela ne dit rien contre la nécessité
et la légitimité de la révolte. La RAF
a été notre décision de nous placer du
côté de tous ceux et toutes celles qui luttent
dans le monde contre la domination et pour la libération.
Pour nous, cette décision a été juste.
Des centaines d'années d'emprisonnement si on les ajoute
les unes aux autres n'ont pas pu nous faire disparaître,
pas plus que toutes les tentatives d'écraser la guérilla.
Nous avons voulu la confrontation avec le pouvoir. Nous avons
été sujets, lorsque nous nous sommes décidé
il y a 27 années pour la RAF. Nous sommes restéEs
sujets lorsque nous la laissons aujourd'hui à l'histoire.
Les résultats nous critiquent. Mais la RAF - comme l'ensemble
de la gauche jusque-là - n'est rien d'autre qu'une étape
sur la voie vers la libération.
Après le fascisme et la guerre la RAF a apporté
quelque chose de nouveau dans la société: le moment
de la rupture avec le système, et a jeté la lumière
d'une inimitié décidée contre des rapports
[sociaux] où les gens sont structurellement soumis et
exploités, et qui ont amené une société
où les gens se placent d'eux/elles-mêmes contre
les autres. La lutte dans la coupure sociale que notre hostilité
marquait anticipait une libération devenant réellement
sociale: la coupure entre un système - où le profit
est sujet et l'être humain objet - et la recherche existentielle
d'une vie sans le mensonge et la tromperie de cette société
vidant de tout sens. En avoir marre de faire le gros dos, de
fonctionner, d'écraser ou d'être écrasé.
Du refus à l'attaque, à la libération.
La RAF est née de l'espoir de libération
Avec comme soutien le courage propagé par les guérillas
des pays du Sud jusqu'aux pays riches du Nord, la RAF est née
au début des années 70, afin de prendre part à
la lutte commune en solidarité avec les mouvements de
libération. Des millions de personnes découvraient
dans les luttes de la résistance et de la libération
tout autour du globe également une chance pour elles-mêmes.
La lutte armée était dans beaucoup de parties
du monde l'espoir de libération. En R.F.A. (République
fédérale d'Allemagne) également, il y eut
des dizaines de milliers de personnes solidaires avec la lutte
des organisations militantes, telles que celle du du 2 juin,
les RZ [Cellules Révolutionnaires], la RAF et plus tard
la Rote Zora. La RAF est le produit de discussions de milliers
de personnes qui se sont intéressées à
la lutte armée comme voie vers la libération,
à la fin des années 60 et au début des
années 70.
La RAF a assumé la lutte contre un Etat qui n'avait,
après la libération du fascisme nazi, jamais rompu
avec son passé national-socialiste. La lutte armée
était la rébellion contre une forme sociale autoritaire,
contre l'isolement et la concurrence. Elle était la rébellion
pour une autre réalité sociale et culturelle.
Dans le courant ascendant des tentatives mondiales de libération,
les temps étaient mûrs pour une lutte décidée
n'acceptant plus la légitimation pseudo-naturelle du
système, et prenant au sérieux son dépassement.
1975-77
Avec l'occupation de l'ambassade allemande en 1975 à
Stockholm commença une étape durant laquelle la
RAF mit tout en oeuvre pour libérer ses prisonnierEs
des prisons.
On en vint à l'offensive de 1977, au cours de laquelle
la RAF enleva Schleyer [Hanns Martin Schleyer, né
en 1915, président de la fédération des
associations patronales allemandes, enlevé le
5 septembre 1977, assassiné 45 jours plus tard].
La RAF posait la question du pouvoir. Commença alors
une tentative radicale et décidée d'imposer à
la gauche révolutionnaire une position d'offensive contre
le pouvoir. L'Etat voulait exactement empêcher cela. Mais
le caractère explosif - l'escalade de l'affrontement
- vint de l'arrière-plan de l'histoire allemande: la
continuité de l'Etat suivant l'Etat nazi, que la RAF
touchait avec l'offensive.
Schleyer, membre de la SS sous le régime nazi, était
comme beaucoup de nazis dans tous les domaines sociaux revenu
à son poste avec tous les honneurs. Des carrières
qui menaient jusqu'aux administrations du gouvernement de R.F.A.,
la justice, dans l'appareil de police, l'armée, les médias
et à la tête des grandes entreprises.
Schleyer travaillait dans le réseau des nazis et du
capital à l'établissement de l'espace économique
européen sous domination allemande. Les nazis voulaient
une Europe dans laquelle il ne devait y avoir ni de lutte entre
les travailleurSEs de l'industrie et le capital ni de résistance
contre leur système. Ils voulaient la suppression de
la lutte des classes, en essayant d'intégrer dans la
"communauté du peuple" (Volksgemeinschaft)
ceux qui étaient allemands ou "germanisables"
et utilisables comme travailleurSEs. Les autres étaient
asservis dans le cadre du travail forcé ou anéantis
systématiquement dans les camps de concentration.
La libération du fascisme nazi et la fin de l'extermination
industrielle d'êtres humains par les nazis n'a pas amené
la libération par rapport au capitalisme. Schleyer a
travaillé après 45 aux mêmes objectifs économiques
- sous une forme modernisée. Une poussée modernisatrice
intervint avec le modèle social-démocrate des
années 70. En tant que hef d'industrie, Schleyer travaillait
toujours à l'édification d'un système d'endiguement
de la résistance sociale contre les conditions du capital
- par exemple par le lock-out - et à l'intégration
par des mesures sociales négociées paritairement.
Et il s'agissait maintenant aussi avant tout de l'intégration
de la partie allemande de la société, ce qui permettait
au capital de renforcer l'exploitation des travailleurSEs immigréEs
et de dominer et pressurer les gens du Sud à l'échelle
mondiale, ce qui signifiait là-bas l'extermination massive
par la faim.
La continuité du système, incarnée par
Schleyer - dans les années 70 pendant la période
du modèle social-démocrate - est un moment essentiel
de l'édification et du développement de la R.F.A.
L'obligation absolue d'approuver toutes les mesures de l'équipe
de crise [formée par les représentants de l'Etat]
et la persécution de toute voix critique, jusqu'à
la tentative d'effacer l'opposant politique - c'était
le même modèle de réaction que celui des
nazis.
Les actions de l'offensive de 1977 ont rendu clair le fait
qu'il y a dans cette société des espaces qui ne
sont en aucune manière intégrables au système
ou contrôlables. Après l'élimination de
la résistance par les nazis, c'est avec les actions des
groupes de guérilla urbaine après 1968 le retour
d'un moment non intégrable de la lutte de classe dans
l'Allemagne de l'Ouest postfasciste. L'enlèvement de
Schleyer accentua essentiellement cet aspect de la lutte.
L'Etat n'a pas du tout réagi de manière paniquée,
comme cela est souvent dit aujourd'hui. Il a réagi avec
l'oppression de toutes les expressions qui ne soutenaient pas
totalement les mesures de l'Etat dans l'état d'urgence.
L'Etat exigeait la soumission de l'ensemble des médias
sur la ligne de l'équipe de crise, ce qu'ils firent d'eux-mêmes
pour la plus grande partie. Tous ceux/toutes celles qui ne se
soumettaient pas étaient menacéEs de la confrontation
avec le système. Des intellectuelLEs, dont chacunE pouvait
savoir qu'ils/elles ne sympathisaient pas avec la RAF, mais
qui critiquaient l'état d'urgence imposé par l'Etat,
n'étaient plus sûrEs d'échapper à
la répression et la propagande.
Les membres de l'équipe de crise qui avaient pour certains
fait l'expérience de la Wehrmacht ont réagi en
1977 avec le même modèle que les nazis - même
si d'une autre proportion barbare - l'avaient fait afin de liquider
ou de ne pas laisser passer les luttes anticapitalistes et antifascistes.
Sous le fascisme nazi, comme également en 1977, le but
de la politique étatique était de ne pas laisser
d'espace libre entre la loyalité obéissante à
l'Etat dans l'état d'urgence d'un côté et
la répression de l'autre.
Après qu'il soit de plus en plus clair que l'Etat laissait
tomber Schleyer, on en vint avec l'accord de la RAF au détournement
d'un avion civil, qui au sein de notre propre offensive amenait
une action de guérilla qui ne pouvait être compris
autrement que comme si la RAF ne faisait plus de différences
entre le bas et le haut de cette société. Ainsi,
dans la tentative juste de libérer les prisonnierEs de
la torture, la dimension sociale-révolutionnaire de la
lutte n'était plus identifiable. De la rupture avec le
système et le refus des rapports [sociaux] de cette société
- ce qui forme les conditions pour chaque mouvement révolutionnaire
- on en arrivait à la rupture avec la société.
Des années 70 aux années 80
La RAF avait tout jeté dans la balance et subi une grande
défaite. Dans le processus de lutte jusqu'aux années
70, il s'est avéré que la RAF demeurait avec de
rares autres ce qui restait de la rupture de 1968. Beaucoup
de gens du mouvement de 1968 s'étaient retirés
et profitaient de leurs chances de faire carrière dans
la système.
La RAF avait entrepris la guerre de libération en République
fédérale comme élément des luttes
anti-impérialistes dans le monde. En 1977 on a pu voir
qu'elle n'avait ni le poids politique ni le poids militaire
afin de pouvoir encore décider de la situation, après
la réaction qu'elle suscita - la guerre intérieure.
Il était juste de profiter de la situation historique
au début des années 70 et de lancer un nouveau
chapitre inconnu dans les métropoles de l'affrontement
entre impérialisme et libération. L'expérience
de la défaite de 1977 montre les limites du vieux concept
de la guérilla urbaine de la RAF. Ce qui devait compter
c'était un nouveau concept de libération. La conception
du front des années 80 était la tentative d'en
arriver à cela. La RAF voulait en arriver à de
nouvelles liaisons et une nouvelle base pour une lutte commune
avec les parties radicales des mouvements de résistance
apparus à la fin des années 70. Mais le concept
de front en resta essentiellement sur les bases du vieux projet
des années 70. L'action armée resta le moment
central et décisif du processus révolutionnaire
compris comme guerre révolutionnaire.
Le front anti-impérialiste des années 80
Au début des années 80, il y eut de nombreuses
luttes dirigées contre les projets inhumains du système,
mais qui exprimaient également la recherche de libres
formes de vie. Une rupture sociale qui cherchait immédiatement
le début d'une autre réalité sociale. Dans
les années 80, des milliers de personnes de différents
mouvements descendirent dans la rue pour protester contre ce
que la RAF attaquait depuis 1979: la militarisation de la politique
des Etats de l'OTAN, qui devait permettre à l'Ouest des
guerres de plus - guerre contre l'Union Soviétique, et
en même temps interventions de guerre d' contre les mouvements
de libération et les révolutions qui en étaient
arrivéEs par la lutte à un pas dans la libération
des dictatures occidentales, comme au Nicaragua.
La RAF partait du fait que, dans cette étape, elle ne
resterait pas seule. Le concept était porté par
l'espoir que des parties militantes des différents mouvements
se réuniraient dans le front commun. Mais ce concept
ne contenait pas d'évaluation attentive au fait que,
dans cette situation sociale, seul un petit nombre de gens voyaient
un sens de la lutte de libération au niveau de la guerre.
La lutte de libération, dont le moment central est la
guerre, n'a de sens que s'il y a une chance que les forces dans
la société soient prêtes à la reprendre;
s'il y a une chance qu'elle s'élargisse - et ce au moins
sur la partie la plus radicale des mouvements.
Mais mêmes ceux/celles qui ont été solidaires
- et il y en a eu beaucoup - n'ont pas repris la lutte avec
cette conception. La guerre de guérilla a besoin de la
perspective de l'élargissement à un nouveau niveau
de lutte. Nous n'avons jamais pu en arriver à ce développement
existentiel pour la lutte de la guérilla.
La conception de la RAF, qui définissait l'action armée
comme noeud central de la lutte, sous-estimait les processus
politiques et culturels en dehors de la lutte politico-militaire.
Le dépassement de cette direction stratégique,
qui dans sa structure fondamentale n'allait pas au-delà
du concept des années 70, aurait été la
condition préalable d'un nouveau projet révolutionnaire.
Le front ne pouvait pas être le nouveau projet de libération
dépassant les divisions entre les mouvements et la guérilla.
La RAF partait dans les années 80 du fait que l'élan
social-révolutionnaire était contenu dans l'attaque
des structures centrales du pouvoir de l'impérialisme.
Avec cette conception, la politique devenait toujours plus abstraite.
Cela amenait la séparation de ce qui va ensemble: anti-impérialisme
et révolution sociale. L'élan social-révolutionnaire
disparaissait de la théorie et de la pratique de la RAF.
L'orientation du front anti-impérialiste limitée
à la ligne anti-impérialiste en était la
conséquence. La RAF n'a pas été identifiable
en ce qui concerne les questions sociales. Une erreur de fond.
Ramener tout contenu social et politique à l'attaque
anti-impérialiste contre le "système global"
a entraîné de fausses divisions au lieu d'un processus
d'unité; et cela conduisait à une non-identification
avec les questions concrètes et les contenus de la lutte.
L'effet dans la société resta limité,
parce que disparut de plus en plus l'idée d'arriver à
ce qu'une conscience sociale soit créée afin de
briser le consensus entre l'Etat et la société
- un moment essentiel de tout processus révolutionnaire.
Au lieu de cela, la RAF essayait de disloquer la structure de
domination de l'Etat par le mordant de ses attaques. La priorité
était repoussée, au profit du moment militaire.
Cette importance dans le processus de lutte fut maintenu pendant
toutes les années 80 et a marqué notre lutte.
Nous avons mené des attaques contre des projets de l'OTAN
e, avec d'autres groupes de guérilla de l'Europe occidentale,
collaboré contre le complexe militaro-industriel; il
y eut la tentative faite par Action Directe en France, les Brigades
Rouges/PCC en Italie et nous de mettre sur pied un front ouest-européen
de guérilla.
La RAF se concentra sur des attaques - autant que ses forces
le permettaient - contre des projets de l'OTAN et, depuis 84,
contre la formation des Etats européens vers un nouveau
bloc de puissance. Cela fut marqué par une concentration
sur nos propres forces limitées et sur celles des militants
qui s'orientaient strictement sur la ligne de la RAF. La tentative
de former avec d'autres groupes de la résistance un front
commun devint un corset plus qu'un élargissement enrichissant.
Le front était inévitablement detsiné à
se rompre à nouveau, parce que trop d'énergie
était consacrée à maintenir la ligne "correcte".
Dans ces limites étroites, aucune dynamique politique
ne pouvait être développée. Au lieu d'un
nouvel horizon, qui semblait encore s'ouvrir dans la diversité
de la résistance au début des années 80,
la rigidité et l'étroitesse entravèrent
toujours plus la politique dans le courant de la décennie.
Il y avait un grand fossé entre la disponibilité
des militants de la RAF pour tout donner dans la confrontation
et la timidité simultanée à rechercher
de nouvelles idées pour le processus de libération.
A cet égard, peu de risques furent pris. A cette époque
- le concept des années 80 ne datait que de quelques
années - il y eut aussi de notre côté un
développement qui était marqué par une
politique menée souvent d'une façon conséquente
froidement calculée (et cela ostensiblement), ce qui
n'était vraiment rien de plus que "faire de la politique"
- trop éloigné de tout ce que représente
la libération.
Ce fut cependant une période durant laquelle la RAF
et tous les détenus de la RAF, à travers toutes
les difficultés et défaites, montrèrent
par leur détermination qu'ils restaient incorruptibles
dans le courts de l'histoire et continuaient à vouloir
transformer les conditions contre la volonté du pouvoir.
Cela donait aussi de l'espoir à d'autres et en attira
beaucoup, car le combat pour la collectivité et la solidarité
contrastait avec l'individualisation et la solitude dans la
société. Dans le combat des détenus contre
l'isolement et pour être ensemble, dans leur combat pour
la dignité et la liberté, il y avait quelque hose
à quoi aspiraient beaucoup d'autres et avec quoi beaucoup
pouvaient s'identifier. L'attitude conséquente et le
refus de compromis de la RAF et des détenus contre le
pouvoir s'opposaient à toutes les tentatives des dominants
d'en finir avec les combats pour une autre vie.
Nous, qui nous sommes pour la majeure partie organiséEs
tardivement dans la RAF...
... avons eu comme espoir de développer de manière
nouvelle notre lutte dans les conditions modifiées après
les bouleversements mondiaux. Nous avons cherché des
changements pour la lutte de libération, une nouvelle
voie, où nous pourrions nous lier à d'autres.
Et nous pensions reconnaître en eux quelque chose de ceux/celles
qui s'étaient engagés dans cette lutte avant nous,
étaient mortEs ou en prison. Le combat dans l'illégalité
avait exercé sur nous une grande force d'attraction.
Nous voulions briser le carcan de notre groupe, et être
libre de tout ce qui nous garde dans le système.
La lutte armée n'était plus pour nous la seule
possibilité et nécessité du processus de
libération. Malgré cela, nous voulions, justement
en raison de la crise des gauches partout dans le monde, continuer
à développer la guérilla urbaine comme
possibilité et l'illégalité comme terrain
du processus de libération. Mais nous avons vu à
l'époque que cela ne suffirait pas. Même la guérilla
devrait se modifier.
Notre espoir était une nouvelle relation entre la guérilla
et d'autres espaces de la résistance dans la société.
Pour cela, nous avons cherché un nouveau projet où
pourraient se retrouver les luttes allant des quartiers jusqu'à
la guérilla.
Il était important pour nous, après l'écroulement
de la R.D.A., de mettre notre lutte en rapport avec la nouvelle
situation sociale.
Nous voulions mettre nos efforts en relation avec tous ceux
et toutes celles dont les rêves s'étaient évaporés
avec la fin de la R.D.A. et sa reprise par la R.F.A. Pour certains,
parce qu'ils/elles devaient reconnaître que le socialisme
réel n'avait pas réellement amené la libération.
Ou pour d'autres, qui au temps de la R.D.A. s'opposaient déjà
parfois au socialisme réel et avaient rêvé
de pouvoir en arriver à quelque chose au-delà
du socialisme réel et du capitalisme.
La plupart de ceux/celles qui avaient vécu en R.D.A.
et exigé en 1989 le raccordement à la R.F.A. ne
prévoyaient alors pas encore la nouvelle situation sociale
dépressive, qu'ils/elles avaient appelée de leurs
voeux, et le démantèlement massif de droits sociaux.
Nous voulions, dans cette situation historique inconnue detous/toutes,
mettre en relation ceux/celles qui luttèrent dans la
confrontation avec l'Etat-R.F.A. et ceux/celles qui dans la
R.D.A. qui n'existait plus étaient depuis longtemps mécontentEs
du développement raciste et globalement réactionnaire.
Nous ne voulions laisser le terrain ni à la résignation
ni à la droite.
Plus tard, nous avons vu que la dimension du bouleversement
nécessitait un nouveau projet de libération internationaliste,
fonéd sur la nouvelle réalité de l'Est
et de l'Ouest. La RAF, avec ses racines seulement dans l'histoire
de la résistance de l'ancienne R.F.A., ne pouvait pas
répondre à ce besoin.
La tentative de renouveler la RAF en l'intégrant
encore dans le contexte des années 90 était une
attente irréaliste.
Nous voulions une transformation d'une conception issue du
mouvement de 68 en un nouveau concept social-révolutionnaire
et internationaliste des années 90. C'était une
période où nous cherchions quelque chose de nouveau,
mais en étant prisonnierEs des dogmes des années
passées - en ne dépassant pas de manière
suffisamment radicale ce qui était ancien. Et ainsi nous
faisions l'erreur faite par chacunE d'entre nous a fait après
77: nous avons surestimé le maintien de la continuité
de notre conception pour la lutte. Mais fondamentalement, il
y a un danger de discréditer la lutte armée si
elle est maintenue sans qu'il soit expliqué de quelle
manière elle fait progresser de manière sensible
le processus révolutionnaire et amène le renforcement
de la lutte pour la libération. Agir de manière
responsable avec cela est important, sinon la lutte armée
est discréditée pour longtemps - y compris pour
une situation où elle peut à nouveau se révéler
nécessaire.
La crise où la gauche des années 80 en arriva
à ses limites et se retrouva déjà en décomposition
a fait de notre tentative de relier la RAF à un nouveau
projet quelque chose d'irréaliste. Nous arrivions beaucoup
trop tard - y compris pour transformer la RAF dans un processus
de réflexion. La critique et l'autocritique n'ont pas
pour but de finir quelque chose, mais de continuer à
la développer. La fin de la RAF n'est en fin de compte
pas du tout le résultat de notre processus de critique
et d'autocritique, mais elle est nécessaire, parce que
la conception de la RAF ne contient pas ce qui permettrait la
formation du neuf.
Si nous essayons aujourd'hui de replacer ce paragraphe de notre
histoire dans le processus historique global, [il apparaît
que] cette tentative de ramener la RAF à un processus
politique plus fort est avant tout devenu la prolongation de
quelque chose qui avait depuis longtemps mérité
la perspective d'un projet achevé. Nous avons dû
reconnaître que, de l'ancienne insurrection, était
avant tout restée la forme du combat. Un nouveau sens,
susceptible d'ouvrir une perspective au delà de la société
du travail et d'une économie hostile à l'être
humain et orientée vers le profit, qui oeut être
le fondement du combat de libération de l'avenir et réunir
beaucoup de gens autour de lui, n'existait manifestement pas
encore.
Après notre défaite de 1993, nous savions que
nous ne pouvions pas simplement continuer de la manière
dont nous avions commencé notre coupure dans notre lutte
en 1992 [date du cessez-le-feu de la RAF]. Nous étions
certainEs que nous avions défini nos cibles de manière
juste, mais fait des erreurs tactiques graves. Nous voulions
une fois encore tout repenser, avec ceux/celles qui étaient
encore dans les taules, et commencer ensemble une nouvelle étape.
Mais à la fin, la scission - très douloureuse
pour nous - d'une partie des prisonnierEs d'avec nous, en nous
déclarant comme des ennemis, démontra que les
conditions qui avaient permis la constitution de la RAF - la
solidarité et la lutte pour le collectif - avaient été
perdues.
Notre propre processus de libération...
... était important pour nous et a pourtant toujours
stagné. Nous voulions le collectif exactement comme le
dépassement commun de chaque aliénation. Mais
la contradiction entre guerre et libération a souvent
été refoulée et écartée chez
nous. La guerre révolutionnaire produit également
des aliénations et des structures autoritaires, ce qui
est en contradiction avec la libération. Agir avec cela
de telle manière que cela ne s'établisse pas comme
structure n'est possible que si l'on en a conscience. Sinon,
des durcissements et de nouvelles structures autoritaires s'autonomisent
- dans la politique comme dans les relations. Cela se manifesta
entre autres dans les structures hiérarchiques souvent
changeantes du front des années 80 et les traits autoritaires
de l'année 93. Et cela se manifeste dans le recul vers
l'embourgeoisement de la perception et de la pensée,
qui a amené dans l'histoire de la RAF que trop de gens
qui se sont battus ici ne peuvent plus voir la logique de la
rupture globale.
Ce fut une erreur stratégique de ne pas mettre sur
pied, à côté de l'organisation illégale,
armée, une organisation politico-sociale
Dans aucune phase de notre histoire il n'y a eu de réalisation
d'organisation politique partant de la lutte politico-militaire.
Le concept de RAF ne connaissait en ultime analyseque la lutte
armée - avec l'attaque politico-militaire au centre.
Dans les communiqués fondateurs de la RAF jusqu'au milieu
des années 70, cette question importante n'était
pas encore résolue, et il pouvait difficilement en aller
autrement. Il n'y avait dans la métropole quasiment pas
et en R.F.A. pas du tout d'expérience de la guérilla
urbaine. Il était nécessaire de d'abord découvrir
beaucoup de choses et de les laisser se vérifier par
la pratique comme vraies ou fausses. Malgré cela, il
y avait une direction sur la question décisive de savoir
si le projet de libération pouvait être satisfait
par une organisation illégale pour la lutte armée
- ou si la construction de la guérilla allait main dans
la main avec la construction de structures politiques qui grandiraient
dans le processus à la base. Nos camarades prisonnierEs
écrivaient à ce sujet en janvier 1976 que la lutte
armée à partir de l'illégalité était
la seule possibilité d'activité pratique-critique
dans l'impérialisme.
Le concept de mai 1982 , malgré toutes les contradictions
et malgré que cela ait été une tentative
d'en arriver à une nouvelle relation politique avec d'autres,
s'est tenu à cette conception erronée. Car ce
concept ne rompit pas avec le caractère central de la
lutte armée dans la métropole. Les activités
politiques qui venaient du processus de front s'étendaient
surtout à la compréhension de l'attaque au sein
des structures des gauches radicales.
L'absence d'une organisation politique pendant plus de vingt
années a constamment produit un processus politique faible.
La surestimation de l'effet des actions politico-militaires
dans la métropole au cours de la dernière décennie
a été le présupposé de ce concept.
La RAF a réalisé sa stratégie de la lutte
armée différemment dans les différentes
phases, et n'est arrivée à aucun moment au stade
où l'attaque militante en arrive là où
il le faut: à être comprise comme l'option tactique
d'une stratégie globale de libération.
Cette faiblesse a également contribué à
ce que notre organisation ne soit, à la fin d'une étape
de plus de deux décennies, plus en mesure d'être
transformée. Les conditions préalables pour élever
le point central de la lutte au niveau politique - comme nous
le voulions en 1992 - n'existaient pas. Mais cela n'était
en dernier ressort que la conséquence d'une erreur stratégique
fondamentale.
La non-formation d'une organisation politico-sociale a été
une erreur décisive de la RAF. Ce n'est pas la seule
erreur, mais un élément important expliquant pourquoi
la RAF n'a pas pu construire un projet fort de libération
et pourquoi il a manqué en définitive les conditions
décisives pour prendre une influence plus grande sur
le développement social par la construction d'un contre-mouvement
luttant et cherchant la libération. L'erreur d'un concept
comme celui de la RAF a accompagné durant toute sa période
montre que le concept de RAF ne peut plus être valable
dans les processus de libération du futur.
La fin de la RAF intervient à un moment où
le monde entier se trouve confronté aux conséquences
du néo-libéralisme. Le combat international contre
l'expulsion, contre la discrimination et pour une réalité
sociale juste et fondamentalement autre, s'oppose à tout
le développement du capitalisme.
Les conditions globales et internes à la société
deviennent toujours plus aiguës dans la turbulence du développement
historique qui fait suite àla fin du socialisme réel.
Il n'y a néanmoins pas de contradiction à mettre
un terme à notre projet et de continuer à faire
tout ce qui est opportun et possible afin que puisse émerger
un monde au delà du capitalisme, dans lequel l'émancipation
de l'humanité puisse devenir une réalité.
Au vu des conséquences dévastatrices de l'effondrement
du socialisme réel à l'échelle mondiale
et de l'appauvrissement massif pour des millions d'êtres
humains dans l'ex-Union soviétique, il ne suffit pas
de parler simplement aujourd'hui des chances qui résultent
de la fin du socialisme réel. Nous voyons cependant que
la véritable libération n'était pas possible
dans le modèle socialiste réel. Il reste encore
à tirer les conséquences des expériens
anti-émancipatrices faites avec les concepts autoritaires
et bureaucratiques du socialisme réel pour les chemins
futurs de la libération.
Avec l'effondrement du socialisme réel, la concurrence
des systèmes a disparu aussi, ce qui fait que s'est effacée
en même temps pour les acteurs du système capitaliste
la nécessité de donner l'impression que leur système
est le "meilleur". Avec la disparition de cet obstacle
idéologique du capital, un processus de déchaînement
global du capital s'est amorcé: toute l'humanité
doit être soumise aux besoins du capital. Le néo-libéralisme
est le fondement idéologique et économique d'une
poussée mondiale vers l'optimisation de la dépréciation
de l'être humain et de la nature au profit du capital.
C'est ce que les représentants du système qualifient
de "poussée réformiste" ou de "modernisation".
Il est plus que manifeste que l'étape actuelle de développement
du système entraîne de nouvelles épreuves
sociales et existentielles pour la grande majorité de
l'humanité. Pour la majorité des gens dans le
monde, le néo-libéralisme équivaut à
une nouvelle dimension de la menace pour leur existence.
Dans la lutte pour l'hégémonie politique et le
pouvoir économique ne peuvent tenir que les économies
dont les capacités sont toujours plus placées
au service du profit pur des grandes entreprises et et d'une
partie toujours plus petite de la société. Les
effets de cette évolution du système entraînent
de profondes différences dans les sociétés.
Et également à ce que l'appauvrissement croissant
et la brutalisation qui en résulte entraînent un
nouveau déchaînement de guerre et de barbarie.
Lorsque leurs intérêts économiques et politiques
sont touchés, les Etats riches interviendront pour leur
part toujours dans de tels conflits par la guerre, afin de continuer
d'assurer l'"accès illimité aux matières
premières" du globe et d'affirmer leurs prétentions
de puissance. Il ne s'agit jamais pour eux de [trouver de] véritables
solutions pour les hommes, mais de contrôler la destruction
que met en branle leur système et de réaliser
par là des des profits pour quelques-uns. Il n'y a pas
de contradiction, mais cela correspond pleinement à la
logique du système, dans le fait que nous vivons partout
dans le monde des crises des systèmes politiques et la
dislocation des sociétés jusqu'à l'appauvrissement
de grandes parties des masses des métropoles qui étaient
jusqu'à maintenant largement restées à
l'abri de la détresse matérielle et que, en même
temps, les multinationales soient plus puissantes que jamais
et engrangent des gains plus importants que jamais.
De façon paradoxale, la maximisation réussie
des gains du capital, avec le processus de désintégration
des sociétés qu'il entraîne, semble pousser
le capitalisme à ses limites. A travers ce développement,
c'est une nouvelle marche en avant de la barbarie qui nous menace
ensuite. En raison de la dynamique propre au développement
du système, ce processus négatif va se porusuivre
toujours plus, jusqu'à ce que se présente un projet
de libération duquel émerge une nouvelle force
pour surmonter le système. Mais aujourd'hui aussi, il
n'y a pas que les défaites des gauches historiques et
la violence des conditions sociales mondiales, mais également
les mouvements insurrectionnels qui peuvent déboucher
de l'expérience de l'histoire mondiale de la résistance.
Dans [le cadre de] ce développement global, le capitalisme
dans les métropoles aussi escompte toujours moins de
pouvoir s'acheter une large paix avec les "systèmes
de l'Etat social". Au lieu de cela, des parties toujours
plus grandes de la société, plus nécessaires
au processus de production, se retrouvent marginalisées.
"Pouvoir mondial" et "Etat social" ne peuvent
plus se retrouver sous un seul chapeau. Ainsi, en Europe, à
la place des anciens "Etats sociaux", tout un continent
devient un Etat policier sous l'hégémonie politique
et économique de la R.F.A. et avec la R.F.A. comme Etat
de front raciste.
Policiers et militaires contre ceux qui fuient la détresse,
la guerre et l'oppression. Renvois vers la guerre et vers la
torture. Une société pleine de geôles. Les
sans-abris, les jeunes et tous ceux qui vont à l'encontre
du style de la table des habitués [Stammtisch]
et de la bourgeoisie se font vider des centres de consommation
par la police et les services de sécurité. Réintroduction
de foyers fermés comme geôles pour enfants. Tentative
de contrôle total des réfugiés par des cartes
magnétiques dans un avenir proche et d'autres groupes
sociaux ultérieurement. Triques et armes contre les prévisibles
révoltes de ceux qui sont rejetés sur les marges.
Discrimination, persécution et expulsion. Et même
la prise de contrôle totale de l'être humain par
sa production de technologie génétique ne peut
plus être exclue.
Egalement discrimination et persécution par la neutralisation
sociale à l'intérieur de la société
appartienent ici et là au quotidien. La racisme d'en
bas menace la vie de millions de gens, ce qui porte en soi en
Allemagne la marque meurtrière de la continuité
historique de cette société. La discrimination
des handicapés par le haut et l'agression contre ceux-ci
par le bas mettent en évidence une société
dans sa brutalité quotidienne. Seuls sont désirés
des êtres humains qui ne s'opposent pas à l'efficacité
du système économique et tout ce qui est capitalisable.
Quelque chose d'autre, qui se trouve au delà de la société
capitaliste, ne doit pas avoir de place. Tous ceux qui ne peuvent
et veulent plus vivre ici - et nombreux sont ceux qui mettent
eux-mêmes un terme à leur vie - parlent jour après
jour du vide de sens dans le systpme et de la dureté
de la société.
La marchandisation de l'être humain et la violence dans
les lieux d'habitation de la société, dans ses
rues, sont la violence de l'oppression, sont la froideur sociale
contre l'autre, c'est la violence contre les femmes - tout cela
constitue l'expression de relations patriarcales et racistes.
La RAF s'est toujours trouvée en opposition aux mentalités
d'une grande partie de cette société. C'est un
moment nécessaire du processus de libération,
car ce ne sont pas seulement les rapports [sociaux] qui sont
réactionnaires, mais les rapports produisent le réactionnaire
dans les êtres humains, ce qui réprime toujours
à nouveau leurs capacités de libération.
Sans aucune doute, il est vital de s'opposer de façon
déterminée au racisme et à toute forme
d'oppression, et de les combattre. Les esquisses de libération
de l'avenir devront cependant aussi être mesurées
à leur capacité à trouver une clé
[d'accès] à la conscience fermée de façon
réactionnaire et à éveiller le besoin d'émancipation
et de libération.
La réalité du monde montre aujourd'hui qu'il
y aurait mieux valu que l'emporte la rupture mondiale dont provient
aussi la RAF.
La rupture mondiale dont vient la RAF n'a pas gagné
la partie, ce qui signifie que le développement destructeur
et injuste n'a jusque là pas pu être renversé.
Plus dur que l'erreur que nous avons faite compte pour nous
le fait que nous ne voyons pas encore de réponses suffisantes
pour ce développement. La RAF est issue de la rupture
des dernières décennies, qui n'a certes pas pu
prévoir exactement le développement du système,
mais a senti la menace qui en découle. Nous savions que
ce système laisserait à toujours moins de gens
dans le monde la possibilité de mener une vie digne.
Et nous savions que ce système veut le contrôle
total des gens, de telle manière que ceux-ci se soumettent
eux-mêmes aux valeurs du système, et en fassent
les leurs. De cette connaissance vint notre radicalité.
Pour nous, il n'y avait rien à perdre avec ce système.
Notre lutte - la violence avec laquelle nous nous sommes opposéEs
aux rapports - a une face difficile et lourde. La guerre de
libération a également son ombre. Attaquer des
êtres humains en raison de leur fonction dans le système
est pour tous/toutes les révolutionnaires dans le monde
une contradiction par rapport leur pensée et leurs sentiments
- à leur conception de la libération. Même
s'il y a des phases dans le processus de libération où
cela est vu comme quelque chose de nécessaire, parce
qu'il y en a qui veulent l'injustice et l'oppression et défendent
le pouvoir qu'eux ou d'autres ont. Les révolutionnaires
tendent vers un monde où personne ne décide qui
a droit ou non à la vie. Malgré cela, l'indignation
au sujet de notre violence présente aussi des traits
irrationnels. Parce que la véritable terreur réside
dans l'état normal du système économique.
La RAF n'a pas encore été la réponse
pour la libération - peut-être en a-t-elle été
un aspect.
Même si aujourd'hui beaucoup de questions restent ouvertes,
nous sommes certainEs que le noyau des rapports libres ne pourra
sortir de l'idée de libération du futur que si
elle porte en elle la pluralité réelle où
les rapports [sociaux] doivent être renversés.
"La ligne juste", qui met de côté des
aspects de la vie, parce qu'ils ne semblent pas efficaces pour
cela, est aussi inutile que la recherche du sujet révolutionnaire.
Le projet de libération du futur connaît beaucoup
de sujets et une pluralité d'aspects et de contenus,
ce qui n'a rien à voir avec une approche selon son bon
plaisir. Nous avons besoin d'une nouvelle conception où
les individus peut-être les plus divers et les groupes
sociaux puissent être sujets, où ils soient amenés
à se retrouver. A cet égard, le projet de libération
de l'avenir ne peut être trouvé ni dans les vieux
concepts de la gauche de R.F.A. depuis 1968, ni dans la RAF,
ni chez d'autres encore.
Construire la joie, un projet de libération global,
antiautoritaire et pourtant relié et organisé,
ce n'est pas encore fait et surtout trop peu essayé par
nous.
Nous voyons qu'il y a également partout dans cette partie
du monde ceux et celles qui tentent de trouver des voies hors
de l'impasse. Nous apportent l'espoir ceux/celles qui, partout,
jusqu'au coin le plus perdu de ce pays - où l'hégémonie
culturelle des droites fascistes n'est aujourd'hui pas une rareté
- ont le courage de se rassembler contre le racisme et les néonazis,
afin de défendre soi-même et les autres, et de
lutter.
Il est nécessaire de voir que nous nous trouvons dans
un cul-de-sac, afin de trouver des voies. Il peut être
ici tout à fait juste de laisser de côté
ce que l'on pouvait continuer théoriquement. Notre décision
de terminer quelque chose est l'expression d'une recherche de
nouvelles réponses. Nous savons que cette recherche nous
relie à beaucoup de gens dans le monde. Il y aura encore
beaucoup de discussions, jusqu'à ce que toutes les expériences
produisent ensemble une image réaliste. Nous voulons
être un élément de la libération
commune. Nous voulons que quelque chose soit reconnaissable
de nos propres processus et apprendre des autres. Cela repousse
aussi les vieilles conceptions de l'avant-garde qui mènent
les luttes. Même si " l'avant-garde " n'a depuis
plusieurs années rien à voir avec notre compréhension
de la lutte, la vieille conception de RAF ne permettait pas
son dépassement concret. C'est également pour
cela que nous pouvons abandonner ce concept.
Les guérillas des métropoles ont ramené
la guerre que les Etats impérialistes mènent en-dehors
du centre au coeur de la bête
Malgré tout ce que nous aurions pu faire mieux, il a
été fondamentalement juste de s'opposer aux rapports
[sociaux] en R.F.A. et de tenter de marquer la continuité
de l'histoire allemande avec la résistance. Nous voulions
également donner une chance à la lutte révolutionnaire
dans la métropole.
La RAF a assumé et tenté de développer
pendant plus de deux décennies la lutte sur un terrain
social marqué historiquement par une faible résistance
et l'absence d'un mouvement contre le fascisme, et plutôt
par une population loyale au fascisme et à la barbarie.
La libération du fascisme devait, à la différence
d'autres pays, venir de l'extérieur. Une rupture autodéfinie
"par en bas" avec le fascisme, il n'y en a pas eu
ici. Ils/elles ont été bien peu dans ce pays à
s'opposer au fascisme: trop peu à avoir montré
le chemin de l'humanité. Ceux/celles qui ont lutté
dans la résistance juive, communiste - ou même
n'importe quelle résistance antifasciste - ont été
importantEs pour nous. Et ils/elles le seront toujours. Ils/elles
ont été le peu de lumière dans l'histoire
de ce pays, depuis que le fascisme a commencé en 33 à
tuer tout le social dans cette société.
En opposition à eux/elles, la tendance dans la société
a toujours été d'accepter ce que disent les puissants;
l'autorité définit ce qui est légitime.
Dans la destruction sociale de cette société,
qui est une présupposition pour le génocide des
nazis, l'indifférence pour les autres est un moment essentiel.
La RAF a, après le fascisme nazi, rompu avec ces traditions
allemandes, et les a dépouillées de tout assentiment.
Elle vient de la rupture avec elles. Elle n'a pas seulement
refusé les continuités nationales et sociales,
mais a substitué à cette négation une lutte
internationaliste, dont la pratique refusait et attaquait autant
l'Etat allemand et les rapports de domination que les structures
militaires de ses alliés de l'OTAN.
Partout dans le monde, cette union, dont hiérarchiquement
l'Etat US est la force motrice et le guide incontesté,
tente d'écraser avec les militaires et la guerre les
rébellions sociales et les mouvements de libération.
Les guérillas des métropoles ont ramené
la guerre que les Etats impérialistes mènent en-dehors
du centre au coeur de la bête.
Nous avons répondu aux rapports violents avec la violence
de la révolte.
Il ne nous est pas possible de porter un regard sur une histoire
[qui serait] lisse et sans erreurs. Mais nous avons essayé
quelque chose et dépassé beaucoup de frontières
imposées par les dominants et intériorisées
par la société bourgeoise. La RAF n'a pas pu montrer
un chemin vers la libération. Mais elle a contribué
pendant plus de deux décennies qu'il y ait aujourd'hui
des pensées de libération. Poser la question du
système, a été et est légitime,
tant qu'il y a dans le monde la domination et l'oppression à
la place de la liberté, l'émancipation et la dignité.
De la lutte de la RAF, neuf ancienNEs militantEs sont toujours
en prison. Même si la lutte pour la libération
n'est pas près de se terminer, cette confrontation est
devenue historique. Nous soutenons tous les efforts afin que
les prisonnierEs issuEs de cette confrontation sortent de taule.
Nous voulons dans ce moment de notre histoire saluer tout le
monde et remercier ceux/celles qui n ous ont témoigné
leur solidarité sur la voie de ces 28 années,
qui nous ont soutenu de diverses manières, et qui ont
sur leurs bases lutté avec nous. La RAF a voulu contribuer
de façon décidée à la lutte pour
la libération.
Cette intervention révolutionnaire dans ce pays et dans
cette histoire n'aurait jamais pu avoir lieu s'il n'y avait
pas eu beaucoup de gens, qui n'étaient pas organisés
dans la RAF, pour apporter un peu d'eux/elles-mêmes dans
cette lutte. Il y a derrière nous une lutte commune.
Nous souhaitons que nous nous retrouverons tous/toutes avec
d'autres sur la piste inconnue et sinueuse de la libération.
Nous pensons à tous ceux / toutes celles qui sont mortEs
dans le monde dans le combat contre la domination et pour la
libération. Les objectifs pour lesquels ils/elles se
sont investiEs sont les objectifs d'aujourd'hui et de demain
- jusqu'à ce que tous les rapports où l'être
humain est un être rabougri, enchaîné, oublié,
méprisé, soient renversés. Leur mort est
douloureuse, mais jamais pour rien. Ils/elles vivent dans les
luttes et la libération de l'avenir.
Nous n'oublierons jamais les camarades du Front Populaire de
Libération de la Palestine (FPLP) qui ont donné
leur vie en automne 1977, par solidarité internationale,
dans une tentative de libérer les prisonnierEs politiques.
Nous voulons aujourd'hui particulièrement rappeler le
souvenir de tous ceux et de toutes celles qui se sont décidéEs
ici de tout donner dans la lutte armée et sont mortEs.
Nous nous rappelons et disons toute notre estime pour ceux/celles
dont nous ne pouvons donner les noms, parce que nous les ignorons,
et à:
Petra Schelm, Georg von Rauch, Thomas Weissbecker, Holger Meins,
Katharina Hammerschmidt, Ulrich Wessel, Siegfried Hausner, Werner
Sauber, Brigitte Kuhlmann, Wilfried Böse, Ulrike Meinhof,
Jan-Carl Raspe, Gudrun Ennslin, Andreas Baader, Ingrid Schubert,
Willi-Peter Stoll, Michael Knoll, Elisabeth van Dyck, Juliane
Plambeck, Wolfgang Beer, Sigurd Debus, Johannes Thimme, Jürgen
Peemöller, Ina Siepmann, Gerd Albertus, Wolfgang Grams.
La révolution dit: j'étais, je suis, je serai.
Fraction Armée Rouge
Mars 1998
[Rendu public le 21 avril 1998]