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Conflit
israélo-palestinien :
analyse du terrorisme et guerre de la propagande
Date:
19 août 2002
Si la force militaire israélienne est indiscutable,
en revanche Israël n'a pas donné l'impression de
remporter la bataille de son image médiatique ces derniers
mois. Tant le gouvernement que différentes organisations
privées s'efforcent de renverser le courant. Le contexte
devient donc aussi celui d'une guerre de propagande, un facteur
dont il faudra tenir compte en examinant les analyses et évaluations
du terrorisme au cours des mois à venir.
"Israël lance l'offensive des médias",
annonçait la BBC
le 19 avril 2002. Un centre très professionnel a
été mis en place à Jérusalem pour
fournir des informations aux centaines de journalistes qui couvrent
le conflit - en nombre bien plus important que les effectifs
habituels des correspondants de presse en Israël. Le terrorisme
est bien sûr l'un des thèmes sur lequel ces efforts
mettent particulièrement l'accent - il y a en effet eu
plus de 600 victimes en moins de deux ans, selon les statistiques
officielles, et des magazines israéliens publient régulièrement
la liste des dernières victimes.
Les responsables israéliens ont en effet le sentiment
que, malgré la condamnation des attentats suicides par
tous les pays européens, la critique également
émise envers la réplique israélienne donnerait
l'impression que ces actes de terrorisme ne sont pas entièrement
dénués de légitimité dans le cadre
d'une lutte de libération nationale (Jerusalem
Report, 22 avril 2002).
En outre, selon de récentes enquêtes menées
aux Etats-Unis et financées par des organisations juives
et donateurs privés, l'opinion publique américaine
semble de plus en plus se lasser face à un conflit qui
lui paraît aussi séculaire qu'insoluble et tend
à renvoyer dos à dos Israéliens et Palestiniens.
En dehors des milieux politiques et religieux (différents
courants chrétiens fascinés par l'interprétation
des prophéties en lien avec le Proche-Orient) traditionnellement
favorables en Israël, le soutien à l'Etat hébreu
est en baisse - même si l'image d'Israël reste plus
positive que celle de l'Autorité palestinienne. Tant
le nombre des personnes exprimant leur sympathie pour les Palestiniens
que celui des indifférents est en hausse. Parmi les "leaders
d'opinion", 36% considéreraient que le comportement
d'Israël peut être qualifié de "terroriste".
Alarmées par les résultats de ces sondages, dont
les résultats détaillés ne sont d'ailleurs
pas tous rendu publics, les organisations juives américaines
espèrent réussir à contrecarrer cette ambivalence
en finançant une campagne publicitaire de plusieurs millions
de dollars "mettant l'accent sur la démocratie
israélienne et les valeurs qu'elle partage avec les Etats-Unis,
sur sa volonté de faire la paix et son importance comme
allié stratégique des Américains"
(Jewish Telegraphic
Agency, 19 août 2002). L'argument du terrorisme ("Israël
est un allié dans la guerre contre le terrorisme",
"seul un dirigeant palestinien qui choisit la violence
plutôt que la terreur peut obtenir un Etat palestinien
indépendant") semble être du nombre de
ceux qui peuvent faire vaciller certaines personnes dans leur
approche du conflit.
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"Délégitimer les
pays arabes"
Dans un article publié par Guysen
Israël News (21 juillet 2002), Yoav Djebali
se réjouit que "le premier ministre Ariel Sharon
ait compris que la communication est un point critique pour
notre existence". Il aurait compris que "la
guerre de la propagande était tout aussi importante que
la guerre sur le terrain".
Selon l'article, le prochain but doit être de "délégitimer
les pays arabes" - en insistant sur leur manque de
respect des droits de l'homme et en brisant l'union qui, selon
l'auteur, lierait depuis une vingtaine d'années les pays
arabes, d'une part, et l'intelligentsia occidentale et les organismes
de défense des droits de l'homme occidentaux, d'autre
part. L'auteur suggère des "offensives ciblées
sur l'Arabie saoudite". De façon plus générale,
il s'agirait d'inonder "les médias occidentaux
de faits réels qui se passent dans ces régimes".
Dans ses réponses à des questions posées
par la même agence de presse (27 juillet 2002), Hervé
Giaoui, président de l'Union
des Patrons et Professionnels Juifs de France (UPJF), estime
très important de lutter contre la "désinformation",
en poursuivant par exemple à plus large échelle
la diffusion - déjà entamée dans des cercles
privés - de reportages sur la situation des chrétiens
dans les pays musulmans.
Outre des initiatives pro-israéliennes qui existent
depuis déjà soit pour le contrôle des informations
circulant dans les médias (par exemple CAMERA
- Committee for Accuracy in Middle East Reporting in America,
Honest
Reporting...), soit pour diffuser des informations critiques
à l'égard des Palestiniens (par exemple Palestinian
Media Watch) ou des analyses bien documentées, mais
destinées également à encourager une approche
pro-israélienne (par exemple l'intéressant site
du MEMRI
- Middle East Media Research Institute), de nouvelles initiatives
allant dans le même sens voient le jour actuellement.
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Conséquences probables pour les
analyses sur le terrorisme
Nous n'avons donc cité ici que quelques exemples recueillis
dans l'actualité récente. Et cela pourrait avoir
des conséquences pour notre terrain d'investigation.
Il ne s'agit pas vraiment d'un phénomène nouveau,
mais qui va probablement s'accentuer. Comme le faisait remarquer
Andrew Silke dans un récent article ("The Devil
You Know: Continuing Problems with Research on Terrorism",
Terrorism
and Political Violence, 13/4, hiver 2001, pp. 1-14),
la recherche sur le terrorisme souffre de déficiences
identifiées depuis plusieurs années déjà:
nombre de ceux qui y travaillent sont loin d'avoir la distance
critique souhaitable, d'une part, et utilisent très largement
des informations provenant de sources ouvertes, à commencer
par celles qui sont fournies par les médias. En comparaison
avec d'autres domaines académiques, l'utilisation de
matériel déjà existant occupe une place
considérable par rapport à la recherche originale;
il est vrai que les enquêtes sur le terrorisme présentent
des difficultés particulières qui expliquent en
partie ces limitations.
Mais cela signifie que les efforts de propagande de différents
camps et courants, surtout s'ils sont suffisamment bien conçus
pour trouver des échos et relais dans des médias
respectés, peuvent conduire à la diffusion d'informations
orientées ou inexactes, qui seront ensuite reprises dans
des publications spécialisées, surtout si elles
viennent confirmer les préjugés de chercheurs.
Il convient donc d'exercer son esprit critique face aux informations
qui circulent, en particulier dans le domaine du terrorisme:
à l'heure de la "guerre contre le terrorisme",
ce n'est pas un souci limité au contexte du conflit israélo-palestinien
que nous avons pris ici comme exemple...
Au cours des mois et années à venir, en analysant
certaines nouvelles relatives au terrorisme, il sera plus que
jamais nécessaire de garder en mémoire ce contexte
plus large d'une guerre de propagande, à laquelle le
thème du terrorisme se prête particulièrement
bien.
[TOP]
Liste des
victimes du terrorisme en Israël depuis septembre 2000:
http://www.israel-mfa.gov.il/mfa/go.asp?MFAH0ia50
Le sujet du
terrorisme est très présent sur le site du Ministère
israélien des affaires étrangères:
http://www.mfa.gov.il/mfa/home.asp
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