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Manuel du guérillero
urbain
par Carlos Marighella
En rédigeant ce manuel, je désire rendre un double
hommage. Le premier, à la mémoire d'Edson Souto,
Marco Antonio Bras de Carvalho, Melson Jose de Almeida ("Escoteiro")
et de tant d'autres combattants et guérilleros urbains,
assassinés par la police politique (la D.O.P.S.) et par
l'armée de la dictature militaire qui sévit au
Brésil. Le second à nos courageux camarades, hommes
et femmes, qui croupissent dans les geôles qui n'ont rien
à envier aux crimes commis par les nazis. Comme ce le
fut pour eux, notre seul devoir est de lutter.
Avertissement
Toute personne hostile à la dictature militaire ou toute
autre forme d'exploitation et d'injustice, désireuse
de combattre peut faire quelque chose, même si cette action
est modeste, plusieurs petites actions en feront naître
une immense. Ceux qui, après avoir lu ce manuel, auront
conclu qu'il s ne peuvent rester passifs, je les invite à
suivre les instructions que je propose et à s'engager
tout de suite dans la lutte. Car, en toute hypothèse
et en toutes circonstances, le devoir du révolutionnaire
est de faire la révolution.
S'il importe de lire cet ouvrage, il est également très
souhaitable de le divulguer. Que ceux qui acceptent les idées
qui s'y trouvent défendues, le fassent ronéotyper
ou imprimer, fût-ce sous la protection d'un groupe armé.
Si je l'ai signé, c'est parce qu'il est le résultat
systématisé d'une expérience vécue
par un groupe d'hommes qui , au Brésil, luttent les armes
à la main et dont j'ai l'honneur de faire partie. Contre
ceux qui mettent en doute ce que j'y recommande, qui continuent
d'affirmer que ne sont pas encore réunies les conditions
propres au combat ou qui nient les faits décrits, le
mieux est que je revendique ouvertement la responsabilité
de mes paroles et de mes actions. Je refuse donc les commodités
ambiguës de l'anonymat.
Mon but est de recruter le plus grand nombre possible de partisans.
Le nom d'agresseur ou de terroriste n'a plus le sens qu'on lui
donnait jadis. Il ne suscite plus la terreur ou le blâme;
il éveille des vocations. Être appelé "agresseur"
ou "terroriste", dans le Brésil d'aujourd'hui,
honore le citoyen, puis que cela signifie qu'il lutte, les armes
à la main, contre la monstruosité et l'abjection
que représente l'actuelle dictature militaire.
Préface québecoise
Cette brochure relève, bien sûr, de la situation
pré-révolutionnaire existant déjà
au Brésil au moment où elle a été
publiée, en juin 1969. Il faut donc bien comprendre,
au départ, que son utilisation dans le contexte québécois
a pour but véritable la formation de militants révolutionnaires
pour le moment tactique où seront réunies les
conditions objectives permettant de mettre en pratique les méthodes
qu'elle préconise. Non pas que le Brésil soit
plus ou moins colonisé et victime de l'impérialisme
mondial que le Québec, mais tout simplement parce que
le mouvement révolutionnaire est passé à
l'action directe dans ce pays depuis longtemps et que, par conséquent,
il est d'ores et déjà possible de se livrer là-bas
à cette phase directe de la lutte.
Ce que les militants québécois doivent savoir
dès aujourd'hui, c'est la véritable dimension
de la lutte qu'ils entendent mener, soit une organisation révolutionnaire
québécoise dans l'objectif d'une libération
mondiale. Ce que chacun de nous doit déterminer immédiatement,
c'est s'ils veulent vraiment la libération totale des
exploitéEs de l'emprise du capitalisme mondiale en vue
de l'instauration d'une Masse véritablement libre où
7 milliards de personnes libérées pourront s'autogérer
dans les structures les plus démocratiques, à
la lumière des expériences socialistes, anarchistes
et autogestionnaires qu'ont vécues certains pays à
un moment ou l'autre des 80 dernières années.
Si c'est vraiment là le but que nous poursuivons, il
n'y a qu'une voie, la révolution, et qu'un moyen d'accès
à cette voie, la guérilla.
Ces prémisses étant posées, il faut,
si l'on est sérieux, lire avec respect la brochure de
Carlos Marighella. Elle repose sur une vaste expérience
pratique qui a permis, entre autres, aux guérilleros
brésiliens d'accomplir les premiers, une série
d'enlèvements de diplomates étrangers qui ont
amené la libération de plusieurs prisonniers politiques.
On pourra y trouver la formation académique et technique
essentielle à la mise sur pied, dans un avenir de plus
en plus rapproché, d'une guérilla urbaine québécoise,
arme essentielle de la prochaine phase de notre combat.
Bien sûr, pour le moment encore, l'essentiel de nos
efforts doit être consacré à la politisation,
à l'éducation, à l'information des masses,
mais il importe de former parallèlement des militants
directs dont le rôle ne comporte aucune équivoque
et sera absolument essentiel à plus ou moins brève
échéance.
Qu'est-ce qu'un guérillero urbain?
La crise chronique des structures qui caractérise la
situation au Brésil et l'instabilité politique
qui en découle ont favorisé le déclenchement
de la guerre révolutionnaire. Celle-ci se manifeste en
termes de guérilla urbaine, de guérilla rurale
ou de guerre psychologique. C'est au guérillero urbain
qu'il incombe de faire, dans les villes, la guérilla
aussi bien que la guerre psychologique. C'est de lui que je
parlerai.
Le guérillero urbain est un homme armé qui lutte
contre la dictature militaire ou tout autres formes d'oppression
par des moyens non conventionnels. Révolutionnaire sur
le plan politique et vaillant patriote, il lutte pour la libération
de son pays, il est ami du peuple et de la liberté. Son
champ de bataille, ce sont les grandes villes du pays.
Dans ces villes agissent également des bandits communément
traités, au Brésil, de "marginaux".
Il arrive souvent que des attaques lancées par ces hors-la-loi
passent pour des actions opérées par des guérilleros.
Ceux-ci diffèrent cependant radicalement de ceux-là.
Le "marginal" n'a en vue que son profit personnel
et attaque sans discrimination les exploiteurs ou les exploités,
ce qui fait que nombre de victimes sont des hommes et des femmes
du peuple. Le guérillero urbain, lui, lutte dans un but
politique et n'attaque que le gouvernement, les grands capitalistes
et les agents de l'impérialisme, en particulier les Américains
du Nord.
D'autres éléments aussi nuisibles que les hors-la-loi
sévissent dans les villes; ce sont les contre-révolutionnaires
de droite, qui sèment la confusion, dévalisent
des banques, enlèvent ou assassinent des guérilleros,
des prêtres révolutionnaires, des étudiants
et des citoyens ennemis du fascisme et amants de la liberté.
Le guérillero urbain est un implacable ennemi du gouvernement;
il porte systématiquement préjudice aux autorités
et aux hommes qui dominent le pays et détiennent le pouvoir.
Sa tâche principale est de déjouer, discréditer
et harceler les militaires et toutes les forces de répression,
de détruire ou de saccager les biens appartenant aux
Nord-Américains, aux chefs d'entreprise étrangers
ou à la grande bourgeoisie brésilienne.
Le guérillero urbain ne craint pas de démanteler
et de détruire le système économique, politique
et social en vigueur, car son objectif est d'aider la guérilla
rurale et de contribuer à l'instauration de structures
sociales et politiques entièrement nouvelles et révolutionnaires,
où le pouvoir sera donné au peuple armé.
Le guérillero urbain doit acquérir un minimum
de connaissances politiques. Il convient qu'il cherche à
lire les écrits suivants :
- La Guerre de guérilla, de Che Guevara [publié
dans Écrits militaires, Maspéro, Paris]
- Quelques questions sur les guérillas au Brésil
- Opérations et tactiques de guérilla [publié
dans le numéro de 1969 des Temps modernes]
- Problèmes et principes de stratégie [publié
dans le numéro de 1969 des Temps modernes]
- Quelques principes tactiques pour les camarades qui réalisent
des opérations de guérilla
- Questions touchant l'organisation [publié dans
le numéro de 1969 des Temps modernes]
- Le rôle de l'action révolutionnaire dans l'organisation
[publié dans le numéro de 1969 des Temps modernes]
- Le guérillero, journal des groupes révolutionnaires
brésiliens.
Les qualités personnelles du
guérillero urbain
Le guérillero urbain se caractérise par le courage
et l'esprit d'initiative. Il doit être un grand tacticien
et bon tireur. Il compensera par l'astuce son infériorité
sur le plan des armes, des munitions et de l'équipement.
Le militaire de carrière ou le policier au service du
gouvernement disposent d'un armement moderne et de bons véhicules;
ils peuvent circuler librement, aller où ils veulent,
puisqu'ils ont pour eux l'appui du pouvoir. Le guérillero
urbain, qui ne peut compter sur toutes ces ressources, agit
dans la clandestinité. Il arrive qu'il ait déjà
été condamné ou que pèse contre
lui un décret de prison préventive; il est, dans
ce cas, contraint de faire usage de faux papiers.
Le guérillero urbain possède toutefois un gros
avantage sur le soldat conventionnel ou sur le policier: il
défend une juste cause, celle du peuple, tandis que les
deux autres se rangent du côté de l'ennemi que
le peuple déteste.
Les armes du guérillero urbain sont inférieures
à celles de son ennemi ; mais, sur le plan moral, sa
supériorité est indiscutable.
C'est grâce à elle qu'il peut remplir ses tâches
principales qui sont d'attaquer et de survivre.
Le guérillero urbain doit, pour pouvoir lutter, prendre
à l'ennemi ses armes. Comme celles-ci tombent entre ses
mains dans les circonstances les plus diverses, il finit par
se trouver en possession d'un armement assez varié et
pour lequel manquent les munitions correspondantes.
Le guérillero urbain ne dispose d'aucun lieu où
il puisse s'exercer au tir.
Ces difficultés, il les vaincra grâce à
son pouvoir d'imagination et à sa capacité créatrice,
qui sont indispensable s'il veut mener à bien sa tâche
de révolutionnaire.
Le guérillero urbain doit être doté d'esprit
d'initiative, d'une grande mobilité, de souplesse, du
sens de l'adaptation et de beaucoup de sang- froid, la qualité
principale étant l'esprit d'initiative, car on ne peut
pas toujours tout prévoir et le guérillero urbain
ne peut se permettre de tomber dans la perplexité ni
attendre que lui soit donné un ordre. Il doit agir, envisager,
pour chaque problème qui se présente, la solution
correspondante, et ne pas remettre à plus tard. Il vaut
mieux agir et se tromper que ne rien faire par souci d'éviter
l'erreur. C'est bien connu, l'humain apprend de ses erreurs.
Sans esprit d'initiative, il n'y a pas de guérilla urbaine.
D'autres qualités sont souhaitées; il faut être
bon marcheur, pouvoir résisterà la fatigue, la
faim, à la pluie et à la chaleur; il faut savoir
se cacher et veiller, connaître l'art du déguisement,
ne jamais craindre le danger, être capable d'agir de nuit
comme de jour, ne pas agir avec précipitation, être
doté d'une patience sans limites, garder son calme et
son sang-froid dans les pires situations, ne pas laisser la
moindre trace et ne pas se décourager.
Face aux difficultés qu'ils considèrent comme
presque insurmontables, certains guérilleros faiblissent,
se désistent ou démissionnent.
La guérilla urbaine n'est pas une affaire commerciale,
un centre d'embauche ni la représentation d'une pièce
de théâtre. On s'y engage comme on s'engage dans
la guérilla rurale. Si on manque des qualités
requises, il vaut mieux renoncer à devenir un guérillero
urbain mais vous pouvez faire partie des réseaux de soutien
et d'information.
Comment vit et subsiste le guérillero
urbain?
Le guérillero urbain doit savoir vivre au milieu du
peuple et veiller à ne se distinguer en rien du citoyen
ordinaire.
Il ne peut se vêtir d'une façon qui attire l'attention.
Des vêtements excentriques et à la mode détonnent
dans les quartiers ouvriers. Il en va de même pour ceux
qui vont du Nord au Sud du pays et vice versa, où la
façon de s'habiller varie.
Le guérillero urbain doit vivre de travail, de son activité
professionnelle.
S'il est recherché par la police ou connu d'elle, s'il
est condamné ou fait l'objet d'une mesure de prison préventive,
il doit entrer dans la clandestinité et parfois vivre
caché.
En toutes circonstances, le guérillero urbain ne doit
parler à personne de ses activités; celles-ci
ne concernent que l'organisation révolutionnaire à
laquelle il appartient. Il doit avoir une grande capacité
d'observation, être très bien informé, en
particulier sur les mouvements de l'ennemi, être un bon
enquêteur et bon connaisseur du terrain sur lequel il
agit. Étant donné qu'il lutte les armes à
la main, il ne lui est guère possible de s'acquitter
pendant longtemps de ses obligations professionnelles courantes
sans se faire repérer. C'est alors que la tâche
appelée "expropriation" s'impose à lui
avec clarté. Il devient en effet impossible au guérillero
urbain de subsister ou de survivre sans s'engager dans la lutte
pour l'expropriation.
Dans le cadre de la lutte de classe, dont l'approfondissement
est aussi inévitable que nécessaire, la lutte
armée du guérillero urbain vise deux buts:
- la liquidation physique des chefs et des subalternes des forces
armées et de la police;
- l'expropriation d'armes ou de biens appartenant au gouvernement,
aux grands capitalistes, aux latifondiaires et aux impérialistes.
Les expropriations mineures servent à l'entretien personnel
du guérillero urbain; les autres à alimenter la
révolution. Ces deux buts n'en excluent pas d'autres,
secondaires.
Une caractéristique fondamentale de la Révolution
brésilienne est qu'elle passe, dès le début,
par l'expropriation des richesses de la grande bourgeoisie,
de l'impérialisme, des latifondiaires et aussi des commerçants
les plus riches et les plus puissants, liés à
l'importation ou à l'exportation.
Les attaques contre les banques, réalisées au
Brésil, ont porté préjudice à de
grands capitalistes comme Moreira Salles, à des compagnies
étrangères chargées d'assurer ces mêmes
banques, à des firmes impérialistes, aux gouvernements
fédéral et des États, jusqu'ici systématiquement
"expropriés".
Le produit de ces expropriations est destiné à
l'apprentissage et au perfectionnement technique du guérillero
urbain, à l'achat, à la fabrication et au transport
des armes et des munitions destinées au secteur rural,
à l'organisation du réseau de sécurité
des révolutionnaires, à la subsistance quotidienne
des combattants, en particulier des camarades délivrés
de la prison par d'autres compagnons armés, des blessés
ou des camarades pourchassés par la police ou les soldats
de la dictature et qui doivent vivre dans la clandestinité.
C'est sur les exploiteurs et les oppresseurs du peuple que
doivent retomber les terribles charges de la guerre révolutionnaire.
Les hommes du gouvernement, les agents de la dictature et de
l'impérialisme doivent payer de leur vie les crimes commis
contre le peuple brésilien.
Au Brésil, le nombre d'actions violentes pratiqué
est déjà très élevé. Il comporte
des mises à mort, des explosions de bombes, des captures
d'armes, d'explosifs et de munitions, des "expropriations"
de banque, des attaques contre des prisons, etc., autant d'actes
qui ne peuvent laisser de doutes sur intentions des révolutionnaires.
La mise à mort de l'espion de la C.I.A. Charles Chandler,
militaire américain qui, après avoir passé
deux ans au Vietnam, vint s'infiltrer dans le mouvement étudiant
brésilien, celle de plusieurs barbouzes et de plusieurs
membres de la police militaire, prouvent que nous sommes entrés
dans un état de guerre révolutionnaire, et que
cette lutte passe nécessairement par la violence. Le
guérillero urbain doit donc concentrer tous ses efforts
sur l'extermination des agents de la répression et l'expropriation
des exploiteurs du peuple.
La préparation technique du guérillero
urbain
Personne ne peut devenir guérillero sans passer par
une phase de préparation technique. Elle va de l'entraînement
physique à l'enseignement de professions ou d'activités
de tout genre, mais surtout manuelles. On ne peut acquérir
une bonne résistance physique qu'en s'entraînant.
On ne peut devenir un bon lutteur qu'en apprenant l'art de lutter.
Le guérillero urbain apprendra donc à pratiquer
les différents types de luttes, qu'ils concernent l'attaque
ou la défense personnelle.
Outre la préparation technique, je considère
comme utiles les formes d'entraînement telles que les
excursions à pied, le camping et des séjours prolongés
en forêt, l'ascension des montagnes, la natation, le canotage,
les plongées et les chasses sous-marines, à la
manière des hommes-grenouilles, la pêche, la chasse
aux volatiles et au gibier de petite et grande taille.
Il est très important d'apprendre à conduire
une voiture, piloter un avion, gouverner une embarcation à
moteur ou à voile, d'avoir des notions de mécanique,
de radiophonie, de téléphonie, d'électricité
et même d'électronique. Il est également
important de posséder des notions de topographie, de
savoir s'orienter, calculer les distances, établir des
cartes et des plans, chronométrer, transmettre des messages,
utiliser la boussole, etc.
Des connaissances de chimie, sur la combinaison des couleurs,
sur la fabrication des cachets, sur l'art d'imiter l'écriture
d'autrui et autres habiletés, font partie de la préparation
technique du guérillero urbain. Pour pouvoir survivre
dans la société qu'il se propose de détruire,
celui-ci est obligé de falsifier des documents, comme
des passeports, des permis de conduire, des cartes d'assurance
maladie et divers papiers d'identité.
En ce qui concerne les soins médicaux, il est clair
que jouent un rôle spécial et important les guérilleros
médecins, infirmiers ou pharmaciens, ainsi que ceux qui
possèdent des connaissances correspondantes (les premiers
soins, prescription et emploi de médicaments et notions
de chirurgie).
La partie la plus importante de la préparation technique
reste, toutefois, le maniement des armes telles que la mitraillette,
le revolver, les armes automatiques, le mortier, le bazooka,
le fusil FAL et d'autres types de carabines. S'y ajoute la connaissance
des différentes sortes de munitions et explosifs. La
dynamite est un de ces explosifs; il importe de bien savoir
s'en servir, comme il importe de savoir utiliser les bombes
incendiaires, les grenades fumigènes, le C-4 et autres.
Il faut apprendre à fabriquer des cocktails Molotov,
des bombes, des mines, à détruire des ponts, démonter
ou détruire des rails et des traverses de chemin de fer.
Le guérillero urbain parachèvera sa formation
dans un centre technique organisé à cet effet,
mais seulement après être passé par l'épreuve
du feu, c'est-à-dire avoir déjà combattu
contre l'ennemi.
Les armes du guérillero urbain
Les armes du guérillero urbain sont légères,
facilement remplaçables, en général prises
à l'ennemi, achetées ou fabriquées sur
place. L'armement léger peut être manié
et transporté rapidement. Cet armement se distingue par
son canon qui est court; il comporte plusieurs armes automatiques
et semi-automatiques, qui augmentent considérablement
la puissance de feu du guérillero urbain, mais qui sont
difficilement contrôlables. De plus, celles-ci entraînent
une forte consommation, voire un certain gaspillage de munitions,
que seule une grande précision de tir peut compenser.
L'expérience nous a montré que l'arme de base
du guérillero urbain est la mitraillette. Elle est efficace
et peut être facilement dissimulée; elle impose
de plus le respect à l'adversaire. Il faut connaître
à fond le maniement de cette arme devenue si populaire.
La mitraillette idéale est l'INA, calibre 45. D'autres
de différents calibres, peuvent également être
utilisées, mais il est moins facile de pourvoir à
leur chargement. On souhaitera donc que la base logistique industrielle
en arrive à produire un type uniforme de mitraillette
à munitions standardisées.
Chaque groupe de guérilleros doit disposer d'une mitraillette
maniée par un bon tireur. Les autres auront des revolvers
38, notre arme commune. L'usage du revolver 32 est permis, mais
nous donnons la préférence au 38, à cause
de sa force d'impact.
Les grenades à main et les grenades fumigènes
peuvent être considérées comme des armes
légères, utiles à la défensive et
pour protéger la retraite des guérilleros.
Les armes à canon long sont plus difficilement transportables
et attirent davantage l'attention. Parmi ces dernières
se rangent les FAL, les Mausers, les fusils de chasses et les
Winchesters. Les fusils de chasse peuvent être efficaces
lorsqu'ils sont employés pour des tirs a faible portée
ou à bout portant, ce qui arrive surtout la nuit. Un
fusil à air comprimé peut-être avantageusement
employé pour le tir à la cible. Des bazookas et
des mortiers peuvent être utilisés, mais par des
gens bien entraînés.
Les armes de fabrication artisanale sont parfois aussi efficaces
que les armes conventionnelles, ainsi que les fusils à
canon raccourci.
Les camarades qui sont armuriers jouent un rôle important.
Ils entretiennent les armes, les réparent et peuvent
même monter un atelier où ils en fabriqueront.
Les ouvriers métallurgistes, les mécaniciens et
les tourneurs sont des personnes tout indiquées pour
assumer ce travail de logistique industrielle. Ils peuvent,
à partir de leurs connaissances, aussi bien fabriquer
secrètement des armes chez eux. On organisera aussi des
cours sur l'art de fabriquer des explosifs et l'art de saboter;
on y prévoira la possibilité de faire des expériences.
Les cocktails Molotov, l'essence, les instruments destinés
au lancement de pétards, les grenades faites au moyen
de tuyaux et de boîtes, les mines, les explosifs fabriqués
avec de la dynamite et du chlorate de potasse, le plastic, les
capsules fulminantes, etc., constituent l'arsenal du guérillero
soucieux de remplir sa mission. Le matériel nécessaire
à la fabrication des ces engins sera acheté ou
dérobé à l'ennemi au cours d'opérations
soigneusement planifiées et exécutées.
Le guérillero veillera à ne pas garder longtemps
près de lui ce matériel susceptible de provoquer
des accidents; il cherchera à s'en servir tout de suite.
L'introduction d'armes modernes, comme toute innovation en
ce domaine, influe directement sur les tactiques de la guérilla
urbaine. Ces tactiques changeront dès que sera généralisé
l'usage de la mitraillette standardisée. Les groupes
de guérilleros qui parviennent à uniformiser leur
armement et leurs munitions acquièrent un pouvoir d'efficacité
supérieur aux autres, car leur puissance de feu devient
plus grande.
Le tir, raison d'être du guérillero
urbain
La raison d'être du guérillero urbain, son action,
sa survie, tout cela dépend de son art de tirer. Il est
indispensable qu'il s'en acquitte bien. Dans la guerre conventionnelle,
le combat se fait à distance et avec des armes à
longue portée. Dans la guérilla, c'est le contraire;
s'il ne tire pas le premier, il risque de perdre la vie. De
plus, comme il n'a sur lui que peu de munitions et que son groupe
est réduit, il ne peut perdre du temps; il sera donc
prompt au tir.
Un autre point sur lequel il convient d'insister jusqu'à
l'exagération, c'est que le guérillero urbain
ne peut tirer jusqu'à épuisement de ses munitions.
Il est, en effet, possible que l'ennemi ne riposte pas, précisément
parce qu'il attend que l'autre ait fait usage de toutes ses
balles, s'exposant ainsi à la capture ou à la
mort.
Afin d'éviter d'être une cible facile, le combattant
ne cessera de se mouvoir, tout en tirant.
On devient un bon tireur en s'exerçant systématiquement
par les moyens les plus divers: en tirant à la cible
dans les fêtes foraines; en tirant, chez soi, avec un
fusil à air comprimé, etc. Le bon tireur pourra
devenir un franc-tireur, c'est-à-dire un guérillero
solitaire, capable d'opérer des actions isolées.
En tant que tel, il devra pouvoir tirer à longue et courte
distance, avec des armes appropriées à l'une ou
l'autre fonction.
Les "groupe de feu" (cellules)
Les guérilleros urbains seront organisés en petits
groupes. Chaque groupe, appelé "groupe de feu"
(cellule), ne peut dépasser le nombre de 4 ou 5 personnes.
Un minimum de 2 groupes (cellules), rigoureusement compartimentés
et coordonnés par 1 ou 2 personnes, s'appelle une "équipe
de feu" (réseau).
Au sein de chaque groupe (cellule) doit régner la plus
grande confiance. Celui qui tire le mieux et sait manier la
mitraillette se chargera d'assurer la protection de ses camarades
au cours des opérations. Chaque groupe planifiera et
exécutera les opérations qu'il aura décidées,
gardera des armes, discutera et corrigera les tactiques employées.
Le groupe agit de sa propre initiative, sauf dans l'accomplissement
des tâches décidées par le commandement
général de la guérilla (cellule centrale
ou comité central). Pour donner libre cours à
cet esprit d'initiative, on évitera toute rigidité
à l'intérieur de l'organisation. C'est d'ailleurs
pour cela que la hiérarchisation caractéristique
de la gauche traditionnelle n'existe pas chez nous.
Parmi les initiatives possibles laissées à la
décision de chaque groupe (cellule), citons: les raids
contre des banques, les enlèvements de personnes, les
exécutions d'agents notoires de la dictature ou de la
réaction ou des espions et délateurs au sein de
l'organisation, toute forme de propagande ou de guerre de nerfs.
Il n'est pas nécessaire, avant de décider de l'une
de ces opérations, de consulterle commandement général
de la guérilla (cellule centrale ou comité central).
Aucun groupe ne doit, du reste, attendre, pour agir, que lui
viennent des ordres d'en haut. Tout citoyen désireux
de devenir guérillero peut, de lui-même, passer
à l'action et s'intégrer à notre organisation,
En procédant de la sorte, il est plus difficile de savoir
à qui doit être attribué tel ou tel coup,
l'essentiel étant qu'augmente le volume des actions réalisées.
Le commandement général de la guérilla
(cellule centrale ou comité central) compte sur ces groupes
(cellules) pour les envoyer remplir des missions en n'importe
quel point du pays. Lorsqu'ils sont en difficulté, il
se chargera de les aider. Notre organisation révolutionnaire
est constituée par un réseau vaste et indestructible
de "groupe de feu" (cellule). Son fonctionnement est
simple et pratique; le commandement général de
la guérilla (cellule centrale ou comité central)
l'oriente; ceux qui le composent participent aux mêmes
coups, car tout ce qui n'est pas l'action directe ne nous intéresse
pas.
La logistique du guérillero urbain
La logistique conventionnelle peut s'exprimer par la formule
N.C.E.M. qui veut dire:
N = Nourriture
C = Combustible
E = Équipement
M = Munitions
Le guérillero urbain, lui, ne fait pas partie d'une
armée régulière; son organisation est intentionnellement
fragmentée. Il ne dispose pas de camions, de bases fixes
et la logistique industrielle de la guérilla urbaine
est difficile à implanter.
La logistique du guérillero urbain correspondra donc
à la formule M.A.M.A.E.:
M = Motorisation
A = Argent
M = Munitions
A = Armes
E = Explosifs
La logistique révolutionnaire comporte donc la motorisation
qui est un facteur essentiel. Il faut des chauffeurs. Ceux-ci
doivent, comme les autres guérilleros, subir un bon entraînement.
D'ailleurs, tout bon guérillero sera aussi un bon chauffeur.
Les véhicules dont il a besoin, il les "expropriera"
s'il ne dispose pas de ressources pour en acheter. Comme pour
l'achat d'armes, de munitions et d'explosifs, le guérillero
prélèvera l'argent des banques. Ces "expropriations"
sont, au départ, indispensables à notre organisation.
Il faut aussi bien dérober les armes en vente dans les
magasins que celles que portent en bandoulière les soldats
de la garde civile ou de la garde militaire.
Postérieurement, lorsqu'il s'agira de développer
la force logistique, les guérilleros tendront des embuscades
à l'ennemi afin de capturer ses armes, ses munitions
et ses moyens de transport. Sitôt dérobé,
le matériel doit être caché, même
si l'ennemi cherche à riposter ou à poursuivre
les assaillants. Il importe donc qu'ils connaissent très
bien le terrain où ils agissent et qu'ils s'adjoignent
des guides spécialement préparés.
La technique du guérillero urbain
La technique est, en gros, l'ensemble des moyens qu'utilise
un homme pour exécuter un travail. La technique du guérillero,
qui concerne aussi bien la guérilla proprement dite que
la guerre psychologique, repose sur cinq données de base:
- la nature spécifique de la situation;
- concevoir l'action pour répondre à la nature
spécifique de la situation;
- l'objectif;
- le type d'action pour atteindre l'objectif;
- la méthode pour mener cette action.
Les caractéristiques de la lutte
de guérilla
La technique employée par le guérillero urbain
présente les caractéristiques suivantes:
- Elle est agressive ou offensive. Pour le guérillero,
dont la puissance de feu est inférieure à celle
de l'ennemi, qui ne peut compter sur l'appui du pouvoir et ne
peut répondre à une attaque massive des forces
adverses, la défensive ne peut qu'être fatale.
C'est pourquoi jamais il ne cherchera à fortifier ou
à défendre une base fixe; jamais il n'attendra
d'être encerclé pour riposter.
- Elle repose sur l'attaque suivie d'une retraite immédiate,
nécessaire à la préservation des forces
de la guérilla.
- Elle vise à harceler, décourager, distraire
les forces dont l'ennemi dispose dans les villes afin de favoriser
le déclenchement et l'implantation de la guérilla
rurale dont le rôle, dans la guerre révolutionnaire,
est décisif.
L'avantage initial de la guérilla
urbaine
La dynamique de la guérilla urbaine aboutit à
l'affrontement violent du combattant et des forces de répression
de la dictature. Celles-ci disposent de forces supérieures
à celles du premier. Il n'en incombe pas moins au guérillero
urbain d'attaquer le premier. Les forces militaires et policières
riposteront en mobilisant des ressources infiniment plus grandes.
Le guérillero urbain ne pourra échapper à
la persécution et à la destruction qu'en exploitant
à fond les avantages dont, au départ, il jouit.
Ce sera sa façon de compenser sa faiblesse matérielle.
Ces avantages consistent à:
- attaquer l'ennemi par surprise;
- mieux connaître que l'ennemi le terrain sur lequel il
combat;
- jouir d'une plus grande mobilité ou d'une plus grande
rapidité que les forces de répression;
- disposer d'un réseau d'information meilleur que celui
de l'ennemi;
- faire preuve d'une telle capacité de décision
que ses compagnons se sentent encouragés et ne puissent
même pas hésiter alors qu'en face d'eux, l'ennemi
ne saura où donner de la tête.
La surprise
La surprise est donc un élément très important
et qui permet de compenser l'infériorité du guérillero
sur le plan des armes. Contre elle, l'ennemi ne peut rien opposer;
il tombe dans la perplexité et court à sa perte.
Dans le déclenchement de la guérilla urbaine au
Brésil, l'effet de surprise a été largement
exploité. Il est fonction de quatre données de
base que l'expérience nous fait définir comme
suit:
- Nous connaissons la situation de l'ennemi que nous allons
attaquer, généralement grâce à des
informations précises et à une observation méticuleuse,
alors que lui-même ignore qu'il va être attaqué
et quelle sera la position de l'attaquant.
- Nous connaissons la force de ceux que nous attaquons et eux
méconnaissent la nôtre.
- Nous pouvons mieux que l'ennemi économiser et préserver
nos forces.
- C'est nous qui choisissons l'heure et le lieu de l'attaque,
qui décidons de sa durée et des objectifs à
atteindre. L'ennemi en ignore tout.
La connaissance du terrain
Le guérillero urbain, s'il veut que le terrain soit
son meilleur allié, doit le connaître jusque dans
ses moindres détails. Ce n'est qu'ainsi qu'il pourra
intelligemment faire usage de son relief, des ses talus et des
ses fossés, de ses accidents, de ses zones laissées
à l'abandon, etc., afin de faciliter le tir, les opérations
de retrait, et aussi de se cacher.
Les points d'étranglement tels que les impasses, les
cul-de-sac, les rues en chantier, les poste de contrôle
de la police, les zones militaires, les entrés ou sorties
de tunnels, les viaducs, les carrefours garnis d'agents de la
circulation, de sémaphores ou de toute autre signalisation,
doivent être soigneusement repérés si l'on
veut éviter des erreurs fatales. Ce qui importe, c'est
de bien connaître les chemins par lesquels les guérilleros
passeront et les endroits où ils se cacheront, laissant
l'ennemi à la merci du lieu qu'il ignore. Familiarisé
avec les rues, les coins et les recoins des centres urbains,
connaissant bien les terrains vagues, les égouts, les
massifs de verdure, les immeubles en construction, le guérillero
urbain peut semer facilement la police ou la surprendre en lui
dressant un piège ou une embuscade. S'il connaît
le terrain, le guérillero pourra indifféremment
le parcourir à pied, à bicyclette, en automobile,
en jeep ou en camion sans se faire arrêter.
S'il agit au sein d'un petit groupe de combattants, il pourra
facilement le reconstituer en un endroit choisi d'avance, avant
de déclencher une nouvelle opération. C'est pour
la police un véritable casse-tête que de retrouver
ou contre-attaquer un guérillero, dans un dédale
de rues que lui seul connaît. L'expérience nous
a montré que l'idéal, pour un guérillero
urbain, est d'agir dans sa propre ville, puisque c'est celle-là
qu'il connaît le mieux. Celui qui vient d'ailleurs ne
peut, avec autant de compétence que le premier, mener
à bien une opération de guérilla.
Mobilité et rapidité
La mobilité et la rapidité du guérillero
urbain doivent être supérieures à celles
de la police. A cet effet, il veillera:
- à être motorisé;
- à bien connaître le terrain;
- à saboter ou entraver les communications ou les moyens
de transport de l'ennemi;
- à s'assurer la possession d'un armement léger.
Lorsqu'il réalise des opérations qui ne durent
que quelques minutes et s'il quitte le lieu de son action au
moyen d'un véhicule à moteur, le guérillero
ne pourra échapper à ceux qui le poursuivent que
si, au préalable, il a déjà reconnu l'itinéraire.
Il n'opérera que dans des endroits éloignés
des bases logistiques de la police afin de faciliter sa fuite.
Il devra aussi viser à entraver les communications de
l'ennemi, sa première cible étant le téléphone
dont il fera couper les fils.
Les forces de répression disposent de moyens de transport
très modernes; il faut s'efforcer de leur faire perdre
du temps lorsqu'elles doivent traverser le centre congestionné
des grandes villes. Les embouteillages peuvent également
nous désavantager. Nous veillerons donc à nous
assurer une position favorable, en adoptant les moyens suivants:
- la simulation d'une panne ou le barrage d'une route, que
d'autres compagnons assumeront, en utilisant des véhicules
dont les plaques seront fausses;
- l'obstruction du chemin au moyen de troncs d'arbres, de pierres,
de fausses plaques de signalisation, de trous ou par tout autre
moyen efficace et astucieux;
- la pose de mines de fabrication artisanale aux endroits par
où devra passer la police et l'incendie de ses moyens
de transport avec de l'essence ou des cocktails Molotov;
- le mitraillage, surtout dans le but de faire éclater
les pneus des véhicules de la police.
Le rôle du guérillero urbain est d'attaquer puis
aussitôt de battre en retraite; c'est ainsi que, doté
d'un armement léger, il peut mettre en échec l'ennemi
lourdement et fortement armé. Sans un armement léger,
on ne peut jouir d'une grande mobilité.
Les guérilleros pourront toujours être motorisés
si la police les attaque à cheval. De l'intérieur
de leur voiture, ils pourront facilement tirer contre ces attaquants.
Le grand désavantage de la cavalerie est qu'elle offre
aux guérilleros deux cibles: le cheval et son cavalier.
L'utilisation par les forces de répression de l'hélicoptère
n'offre guère d'avantages; il sera difficile à
ceux qui l'occupent de tirer de si haut et impossible de se
poser sur la voie publique. Volant à basse altitude,
il pourra facilement être atteint par le tir des guérilleros.
L'information
Les chances qu'a le gouvernement de découvrir et de
décimer les guérilleros diminuent fortement dans
la mesure où, au milieu de la population, se multiplient
les ennemis de la dictature. Ceux-ci, en effet, nous informeront
sur les activités de la police et des agents gouvernementaux
qu'ils ne renseigneront jamais sur nos propres activités.
Pour les embarrasser, ils chercheront plutôt à
leur donner de fausses informations. De toute façon,
les sources de renseignement du guérillero urbain sont
potentiellement plus grandes que celles de la police. Celle-ci
se sait observée par la population, mais elle ignore
qui se rend complice du guérillero et dans la mesure
où elle commet des injustices et fait violence à
des citoyens, elle favorise cette complicité entre le
peuple et les guérilleros.
Même si les informations ne nous proviennent que d'une
très petite fraction de la population, elles constituent
pour nous une arme précieuse. Elles ne nous dispensent
cependant pas de créer notre propre service de renseignement,
et d'organiser ce réseau.
Des informations sûres données au guérillero
signifient que des coups également sûrs pourront
être portés contre le système de la dictature.
Afin de s'opposer plus efficacement à nous, l'ennemi
stimulera la délation et s'infiltrera en nous envoyant
ses espions. Les traîtres et les délateurs, aussitôt
qu'ils seront connus, devront être dénoncés
auprès de la population. Dans la mesure où le
gouvernement se rendra impopulaire, celle-ci se chargera de
les châtier. En attendant, dès qu'ils les connaîtront,
les guérilleros devront procéder à leur
élimination physique, ce que la population ne manquera
pas d'approuver et ce qui diminuera considérablement
l'infiltration et l'espionnage de l'ennemi.
Cette lutte, on la complétera en organisant un service
de contre- espionnage.
C'est en vivant au milieu de la population, en prêtant
attention à tous les types de conversations et de relations
humaines, non sans dissimuler avec un maximum d'astuce sa curiosité,
que le guérillero complétera son information.
Celle-ci concernera tout ce qui peut se passer sur les lieux
de travail, dans les écoles et facultés, dans
les quartiers où habitent les combattants, qu'il s'agisse
des opinions ou de l'état d'esprit des gens, de leurs
voyages, de leurs affaires, de leurs fréquentations,
de tout ce qui les occupe.
Le guérillero urbain ne se déplace jamais sans
avoir toujours à l'esprit la préoccupation de
mettre au point un éventuel plan d'opération.
Il n'y a pas d'interruption dans la vie du combattant; il doit
toujours être en éveil et enrichir sa mémoire
do tout ce qui peut lui être utile dans l'immédiat
comme pour le futur. Il lira attentivement les journaux et s'intéressera
aux autres moyens de communication, il enquêtera, ne cessera
de transmettre à ses compagnons tout ce qui attire son
attention; c'est là tout ce qui constitue 1'immense réseau
d'informations donnant au guérillero urbain un net avantage.
L'esprit de décision
Un manque d'esprit de décision annule aussitôt
les avantages que nous venons d'énumérer. S'il
n'est pas sûr de lui, le guérillero risque d'échouer,
pour bien planifiée qu'ait été son action.
Cette capacité de décision doit être maintenue
jusqu'au bout, sans quoi une opération bien commencée
peut, par la suite, se retourner contre lui, car l'ennemi profitera
de sa panique ou de son hésitation pour l'anéantir.
Il n'existe pas d'opérations faciles. Elles doivent
être exécutées avec le même soin et
par des hommes soigneusement choisis, précisément
en fonction de leur esprit de décision. C'est au cours
de la période de préparation que l'on verra dans
quelle mesure les candidats à la guérilla en sont
dotés. Ceux qui, au cours de ces périodes, arrivent
en retard aux rendez-vous, confondent facilement les hommes,
ne les trouvent pas, oublient l'une ou l'autre chose, n'observent
pas les normes élémentaires du travail, se révèlent
être des gens peu décidés et susceptibles
de porter préjudice à la lutte - il vaut mieux
les écarter. Être décidé, cela signifie
exécuter avec une détermination, une audace et
une fermeté incroyables un plan tracé. Un seul
indécis peut perdre tout un groupe.
Les objectifs visés par le guérillero
Les objectifs que visent les attaques déclenchées
par les guérilleros urbains sont, au Brésil, les
suivants:
- Ébranler le polygone de sustentation de l'État
et de la domination nord-américaine. Ce polygone est
constitués par le triangle Rio-Sao Paulo-Belo Horizonte,
triangle dont la base correspond à l'axe Rio-Sao Paulo.
C'est là que se situe le gigantesque complexe industriel,
financier, économique, politique, culturel et militaire
du pays, c'est à dire le centre de décision national.
- Affaiblir le système de sécurité de
la dictature en forçant l'ennemi à mobiliser ses
troupes pour la défense de cette base de sustentation,
sans qu'il sache jamais quand, où, comment il sera attaqué.
- Attaquer de toutes parts, avec beaucoup de petits groupes
armés, bien compartimentés et même sans
éléments de liaison, afin de disperser les forces
gouvernementales. Plutôt que de donner à la dictature
l'occasion de concentrer son appareil de répression en
lui opposant une armée compacte, on se présentera
avec une organisation très fragmentée sur tout
le territoire national.
- Donner des preuves de combativité, de détermination,
de persévérance et de fermeté afin d'entraîner
tous les mécontents à suivre notre exemple, à
employer, comme nous, les tactiques de la guérilla urbaine.
En procédant ainsi, la dictature devra envoyer des soldats
garder les banques, les industries, les magasins d'armes, les
casernes, les prisons, les bâtiments de l'administration,
les stations de radio et de télévision, les firmes
nord-américaines, les gazomètres, les raffineries
de pétrole, les bateaux, les avions, les ports, les aéroports,
les hôpitaux, les ambassades, les entrepôts d'alimentation,
les résidences des ministres, des généraux
et des autres personnalités du régime, les commissariats
de police, etc.
- Augmenter graduellement les troubles par le déclenchement
d'une série interminable d'actions imprévisibles,
forçant ainsi le pouvoir à maintenir le gros de
ses troupes dans les villes, ce qui affaiblit la répression
dans les campagnes.
- Obliger l'armée et la police, ses commandants, ses
chefs et leurs subordonnés à quitter le confort
et la tranquillité des casernes et de la routine et les
maintenir dans un état d'alarme et de tension nerveuse
permanentes, ou les attirer sur des pistes qui ne mènent
nulle part.
- Éviter la lutte ouverte et les combats décisifs,
en se limitant à des attaques-surprise, rapides comme
l'éclair.
- Assurer au guérillero urbain une très grande
liberté de mouvement et d'action, pour qu'il puisse maintenir
une cadence soutenue dans l'emploi de la violence, aider ainsi
au déclenchement de la guérilla rurale et, postérieurement,
à la formation de l'armée révolutionnaire
de libération nationale.
Les modes d'action du guérillero
Pour atteindre les objectifs énumérés
ci-dessus, le guérillero urbain est obligé de
recourir à des modes d'action les plus diversifiés
possible, mais non pas arbitrairement choisis.
Certaines de ces actions sont simples; d'autres, plus complexes.
Aussi le guérillero qui débute devra-t-il suivre
cette échelle allant du simple au compliqué. Avant
d'entreprendre une mission, il doit considérer les moyens
et les personnes dont il dispose pour l'accomplir. Il ne s'assurera
la collaboration que de gens techniquement préparés.
Ces précautions une fois prises, il pourra envisager
les modes d'action suivants:
- l'attaque;
- l'incursion ou invasion d'un lieu;
- l'occupation d'un lieu;
- les embuscades;
- le combat tactique de rue;
- la grève ou toute interruption de travail;
- la désertion, le détournement ou l'"expropriation"
d'armes, de munitions et d'explosifs;
- la libération de prisonniers;
- la mise à mort;
- l'enlèvement;
- le sabotage;
- le terrorisme;
- la propagande armée;
- la guerre des nerfs.
L'attaque
Certains raids doivent être réalisés de
jour, par exemple quand il s'agit d'attaquer un fourgon postal
; d'autres, la nuit, lorsque c'est plus avantageux pour le guérillero.
L'idéal serait que toutes les attaques aient lieu la
nuit; cela augmente l'effet de surprise et favorise la fuite.
On distingue les attaques contre des objectifs fixes, tels
que les banques, les maisons de commerce, les casernes, les
prisons, les stations de radio etc., des attaques contre des
objectifs mobiles comme les voitures, les camions, les trains,
les embarcations, les avions, etc. S'il s'avère difficile
de détruire ces objectifs en mouvement, on cherchera
à les arrêter, par exemple en dressant des barrages
sur les routes, en tendant des embuscades.
Les véhicules lourds, les trains, les bateaux ancrés
dans les ports, les avions peuvent être attaqués
et leurs conducteurs ou pilotes maîtrisés par les
guérilleros qui les dévieront de leur itinéraire.
Les raids contre des banques sont les modes d'action les plus
populaires. Au Brésil, ils sont largement pratiqués;
nous en avons fait un peu comme un examen d'entrée dans
l'apprentissage de la technique de la guerre révolutionnaire.
Au cours de ces attaques, on peut faire usage de techniques
variées: enfermer le personnel de la banque dans les
toilettes ou le faire asseoir sur le sol, immobiliser les soldats
chargés de la garder, leur prendre leurs armes, tandis
qu'on forcera le gérant à ouvrir le coffre-fort.
On peut, pour égarer la police, se déguiser; et,
dans la fuite, on tirera dans les pneus des véhicules
qui chercheraient à prendre en chasse les guérilleros.
Le fait d'y installer des sonneries d'alarme ou d'autres moyens
électroniques destinés à avertir la police
n'empêche pas le guérillero de poursuivre ses opérations.
Il emploiera, lui aussi, des moyens nouveaux, fera usage d'une
puissance de feu croissante, sera entouré d'un plus grand
nombre de compagnons et préparera l'attaque jusque dans
les moindres détails.
Dans ce genre d'expropriations, les révolutionnaires
souffrent d'une double concurrence:
- celle des bandits;
- celle des contre-révolutionnaires de droite.
Ceci constitue un facteur de confusion pour la population.
Le guérillero cherchera dès lors à l'éclairer
sur le sens politique de son action, de deux façons:
- Il refusera de se comporter comme un bandit, c'est-à-dire
d'abuser de la violence et de s'approprier de l'argent et des
objets personnels des clients qui se trouveraient dans la banque.
- Il joindra, à l'expropriation, des actes de propagande,
en écrivant sur les murs des slogans stigmatisant les
classes dominantes et l'impérialisme, répandra
des tracts, divulguera des circulaires énonçant
les fins politiques qu'il poursuit.
Les incursions et les invasions
Les incursions et les invasions sont des attaques-éclairs
pratiquées contre des bâtiments situés dans
les quartiers périphériques et même dans
le centre des villes. Certaines incursions auront un double
but exproprier, exercer des représailles, délivrer
des camarades prisonniers, détruire la logistique de
l'ennemi et aussi le forcer à se déplacer, l'entraîner
loin de ses bases.
Certaines incursions auront pour objectif l'appréhension
de documents ou de papiers secrets prouvant la corruption, les
malversations, le trafic d'influence, les transactions criminelles
passées avec des Nord- Américains dont sont coupables
les hommes du gouvernement.
Les occupations de lieux
Un groupe de guérilleros urbains peut attaquer un lieu,
s'y installer et résister à l'ennemi pendant un
certain temps, afin de réaliser un acte de propagande.
Les occupations d'école ou de fabrique ou d'une station
de radio sont particulièrement importantes, car elles
ont une très grande répercussion. Mais comme le
danger de perdre des hommes et du matériel est plus grand,
on veillera à préparer soigneusement la retraite.
De toute façon, plus on est rapide dans l'accomplissement
de l'opération de propagande projetée, mieux ça
vaut.
Les embuscades
Les embuscades sont des attaques réalisées par
surprise. Elles consistent à attirer l'ennemi dans un
piège, par exemple en lui adressant un faux appel au
secours. Le but des embuscades est de punir l'ennemi de mort
ou de lui prendre ses armes.
Le guérillero franc-tireur peut facilement dresser des
embuscades, car il lui est aisé, puisqu'il est seul,
de se cacher. Il peut se dissimuler sur les toits, à
l'intérieur de certaines constructions, dans la nature.
Les combats tactiques de rue
Par les combats tactiques de rue, les guérilleros visent
à s'allier la participation des masses contre l'ennemi.
Au cours de l'année 1968, les étudiants brésiliens
ont réussi à réaliser d'excellentes opérations
tactiques, en lançant des milliers de manifestants dans
les rues à sens unique et à l'encontre des voitures,
en utilisant des lance-pierres et des billes de verre qu'ils
répandaient entre les pattes des chevaux de la police
montée. À part cela, on peut dresser des barricades,
dépaver les chaussées, lancer, du haut des immeubles
et des gratte-ciel, des bouteilles, des briques et autres projectiles.
Il faut aussi savoir répondre aux attaques de l'ennemi.
Lorsque la police avance, armée de boucliers, il faut
se scinder en deux groupes, l'un attaquant par devant et l'autre
par derrière, l'un se retirant quand l'autre lance ses
projectiles.
Lorsque les forces ennemies détachent un groupe de soldats
ou de policiers pour encercler un ou plusieurs de nos camarades,
nous devons, à notre tour, détacher un groupe
plus important pour encercler ceux qui les encerclent.
Lorsque l'ennemi encercle des écoles, des usines, des
lieux de rassemblement de la population, les guérilleros
urbains ne doivent jamais ni se rendre ni se laisser surprendre.
Dans ce but, ils auront soin, avant de pénétrer
dans un de ces endroits, d'en étudier au préalable
les issues possibles, les moyens de briser l'encerclement, et
déterminer les points stratégiques et les chemins
par où devront nécessairement passer les véhicules
de la police. Ensuite, ils choisiront leurs propres points stratégiques,
à partir desquels ils affronteront l'ennemi. Les chemins
par où doivent passer les véhicules de la police
seront minés.
Les guérilleros n'organiseront aucune réunion,
assemblée ou occupation en des lieux dépourvus
de bonnes possibilités de fuite.
C'est de cette façon que s'articule l'action des guérilleros
urbains avec les mouvements de masses. Les guérilleros
ont alors pour tâche d'encadrer, d'appuyer et de défendre
les manifestations de masses. Contre ceux qui veulent assaillir
les manifestants, ils tireront, incendieront les véhicules,
séquestreront leurs occupants ou les fusilleront, en
particulier les barbouzes et les chefs des polices parallèles
qui, pour ne pas attirer l'attention, s'amènent dans
des voitures particulières munies de fausses plaques.
Une autre de leurs missions est d'orienter les manifestants
et de faciliter leur fuite. Ils seront, d'autre part, aidés
par les francs- tireurs qui leur donneront la meilleure couverture
possible.
Les interruptions de travail
La grève intéresse avant tout ceux qui étudient
ou ceux qui travaillent. Comme elle constitue pour les exploités
un moyen de pression très redouté, l'ennemi cherchera
à l'empêcher ou à la briser en multipliant,
s'il le faut, sa puissance de feu. Il cherchera à frapper
les grévistes, à les arrêter ou même
à les tuer.
Dans l'organisation des grèves, les guérilleros
doivent donc procéder sans laisser le moindre indice
pouvant mener à l'identification des responsables. Ils
prépareront ces grèves, avec des petits groupes
et dans le plus grand secret. Ils se muniront d'armes, d'explosifs,
de cocktails Molotov et de bombes de fabrication artisanale
afin de pouvoir affronter l'ennemi. Et pour que celui-ci soit
gravement atteint, on aura aussi mis au point un plan de sabotage
que l'on exécutera au bon moment. Les interruptions de
travail ou d'étude, pour brèves qu'elles soient,
n'en inquiètent pas moins l'ennemi.
Il suffit, en effet, que surgissent, de différents points
d'un lieu, des groupes troublant le rythme de vie quotidien
et opérant comme un mouvement de flux et de reflux, pour
créer une agitation qui est, elle aussi, une opération
do guérilla.
Au cours de ces interruptions de travail, les guérilleros
pourront occuper le local qui les intéresse afin d'y
faire des prisonniers, d'emmener des personnes en otages, particulièrement
des agents notoires de l'ennemi, afin de les échanger
contre des grévistes détenus.
Ces grèves peuvent également favoriser la préparation
d'embuscades dans le but de liquider physiquement les policiers
les plus sanguinaires et les responsables des tortures infligées
aux patriotes.
Les désertions et les détournements
ou "expropriations"
d'armes, de munitions et d'explosifs
Les détournements d'armes sont pratiqués dans
les casernes, sur les bateaux, dans les hôpitaux militaires,
etc. Le guérillero urbain, qui est aussi soldat, caporal,
sergent, sous-officier ou officier de l'armée, désertera
au bon moment, emportant avec lui le plus d'armes possibles,
les plus modernes, et des munitions qu'il mettra au service
de la révolution.
Un de ces "bons moments" se présente quand
le soldat est appelé à quitter sa garnison pour
aller combattre ses camarades guérilleros; il lui sera
alors plus facile de leur remettre ses armes, les véhicules
qu'il conduit ou l'avion qu'il pilote.
Ce moyen d'approvisionnement offre un grand avantage: c'est
avec les moyens de transport du gouvernement en place que, sans
qu'ils se donnent beaucoup de peine, les guérilleros
sont pourvus d'armes et de munitions.
Les camarades qui sont militaires seront, de toute façon,
attentifs à choisir d'autres occasions d'aider ainsi
les révolutionnaires. Si ceux qui les commandent sont
mous, versent dans le bureaucratisme, s'acquittent mal de leurs
tâches, ils ne feront rien pour y remédier; ils
se contenteront d'en aviser l'organisation révolutionnaire
à laquelle ils sont liés et prépareront,
seuls ou avec d'autres compagnons, leur désertion, non
sans veiller à emporter tout ce qu'ils peuvent.
Les incursions de guérilleros à l'intérieur
des casernes et autres bâtiments militaires, réalisées
dans le but de dérober des armes, pourront être
préparées avec la collaboration des camarades
soldats.
S'il n'est vraiment pas possible de déserter en emportant
des armes, ces camarades devront alors se vouer au sabotage
faire exploser ou incendier des dépôts d'armes,
d'explosifs et de munitions. Toutes ces activités affaiblissent
et découragent fortement l'ennemi.
Les guérilleros captureront encore des armes en saisissant
celles que portent les sentinelles ou toute personne remplissant
une mission de surveillance ou de répression. On procédera
par la violence ou par la surprise et l'astuce. Lorsqu'on désarme
un ennemi, il faut toujours le fouiller afin de savoir s'il
ne possède pas une autre arme cachée dont il pourrait
se servir contre celui qui l'assaille.
Dans la mesure où se multiplie le nombre de patriotes
décidés à passer à l'action, ces
captures d'armes se font de plus en plus nécessaires.
Souvent, le guérillero commencera à lutter avec
une arme qu'il aura achetée ou dérobée;
ensuite il lui faudra agir avec audace et esprit de décision;
notre force est celle de nos armes.
Lors des attaques contre des banques, on saisira aussi systématiquement
les armes des soldats de la garde civile charges de les protéger
ainsi que celles des gérants ou des trésoriers.
Enfin, on pourra s'armer aux frais des commissariats de police,
des magasins spécialisés dans la vente de ces
objets et des fabriques d'armes, en opérant contre eux
des raids. On dérobera aussi les explosifs dont on se
sert dans les carrières.
La libération des prisonniers
Certaines actions à main armée sont destinées
à délivrer des guérilleros sous les verrous.
Tout révolutionnaire court le risque d'être, un
jour, arrêté et condamné à de nombreuses
années de détention. Son combat n'en sera pas
pour autant terminé; l'expérience de la prison
sera un enrichissement et, en prison toujours, il devra continuer
la lutte.
Il cherchera d'abord à bien connaître le lieu
de sa détention afin de pouvoir s'échapper rapidement
et facilement, lorsque des camarades armés viendront
le libérer. Aucune prison, qu'elle soit située
dans une île du littoral, en ville ou à la campagne,
ne peut être considérée comme inexpugnable,
face à l'astuce et à la puissance de feu des révolutionnaires.
Le guérillero en liberté cherchera, lui, à
connaître les établissements pénitentiaires
de l'ennemi, car il sait qu'y croupissent beaucoup de ses frères
d'armes. C'est du travail du guérillero en liberté
et du guérillero emprisonné que dépend
le salut des prisonniers.
Les opérations pouvant y conduire sont les suivantes:
- les mutineries à l'intérieur des maisons de
correction, des colonies pénitencières, dans les
îles réservées aux détenus, sur les
navires- prisons;
- les attaques partant de l'extérieur;
- les attaques contre les trains et les véhicules de
transport des prisonniers;
- les embuscades dressées contre les soldats ou les policiers
chargés de les escorter.
La mise à mort
Seront punis de mort des gens comme les espions américains,
les agents de la dictature, les tortionnaires, les personnalités
fascistes du gouvernement coupables de crimes et de poursuites
contre les patriotes, les délateurs et les informateurs
de la police. Ceux qui, de leur propre gré, se rendent
à la police pour dénoncer des militants, fournir
des renseignements, aider les enquêteurs, s'ils tombent
sur des guérilleros, ceux-ci devront les abattre.
Ces mises à mort sont des actions secrètes; n'y
participe que le plus petit nombre possible de guérilleros.
Très souvent, un simple franc-tireur, patient et inconnu,
qui agit dans la plus rigoureuse clandestinité et avec
le plus grand sang-froid, pourra s'acquitter de cette tâche.
L'enlèvement
On pourra kidnapper et détenir dans un endroit secret
un agent de la police, un espion nord-américain, une
personnalité politique ou un ennemi notoire et dangereux
du mouvement révolutionnaire. On ne libérera la
personne enlevée que quand les conditions formulées
par les ravisseurs auront été remplies: la remise
en liberté de révolutionnaires emprisonnés
ou la suspension des tortures appliquées dans les geôles
du gouvernement.
L'enlèvement de personnalités connues pour leurs
activités artistiques, sportives ou autres, mais qui
ne manifestent pas d'opinion politique, peut constituer une
forme de propagande favorable aux révolutionnaires, mais
cet enlèvement ne se fera que dans des circonstances
très spéciales et de telle sorte que le peuple
l'accepte avec sympathie.
L'enlèvement de personnalités américaines
résidant au Brésil ou y venant en visite constitue
une forme importante de protestation contre la pénétration
de l'impérialisme des États-Unis dans notre pays.
Le sabotage
Le but des sabotages est de détruire. Peu de personnes,
parfois une seule, peuvent réaliser ces opérations.
Quand un guérillero envisage de saboter, il le fait d'abord
seul. Postérieurement, il agira avec d'autres personnes
de telle sorte que se généralise cette pratique
dans le peuple.
Un sabotage bien fait exige étude, planification et
parfaite exécution. Les formes les plus caractéristiques
du sabotage sont le dynamitage, l'incendie et le minage. Un
peu de sable, la moindre fuite de combustible, une lubrification
mal faite, un boulon mal vissé, un court-circuit, des
pièces de bois ou de fer mal agencées peuvent
causer des désastres irréparables.
En sabotant, on cherchera à affaiblir, détériorer
ou même anéantir les appoints vitaux de l'ennemi
tels que:
- l'économie du pays, en s'attaquant en particulier au
réseau commercial interne et externe, aux secteurs cambiste,
bancaire et fiscal;
- la production agricole et industrielle;
- le système des transports et communications;
- le système de répression militaire et policier,
surtout leurs établissements et leurs dépôts;
- les firmes et les biens des Nord-Américains établis
dans le pays.
Pour les opérations de sabotage industriel, les éléments
les mieux placés sont les ouvriers. Ceux-ci connaissent
en effet comme personne les fabriques dans lesquelles ils travaillent,
les machines ou les pièces dont la destruction peut paralyser
tout le processus de production.
Dans les attaques contre les moyens de transport, il faut veiller
à ne pas provoquer la mort des voyageurs, surtout en
ce qui concerne les trains de banlieue et ceux qui parcourent
de longues distances, puisque ceux qui les prennent sont des
gens du peuple. D'ailleurs, c'est avant tout les services de
communication utilisés à des fins militaires qu'il
faut détruire. Faire dérailler les wagons d'un
train chargé de combustible signifie atteindre l'ennemi
dans ce qui, pour lui, est vital. Il en va de même pour
le dynamitage des ponts et chemin de fer, car il lui faudra
des mois pour réparer les dommages causés. Les
fils des lignes télégraphiques et téléphoniques
pourront être systématiquement coupés et
les centres de transmission détruits. Les oléoducs,
les stocks de combustible, les réserves de munitions,
les arsenaux, les casernes, les moyens de transport de la police
et de l'armée doivent être systématiquement
sabotés.
Le volume des actes de sabotage contre les firmes et les biens
nord- américains doit être égal, sinon supérieur,
à celui des actes pratiquée contre des objectifs
nationaux.
Le terrorisme
Nous entendons par terrorisme le recours aux attentats à
la bombe. Ne pourront s'y livrer que ceux qui ont acquis une
bonne connaissance technique dans la fabrication des explosifs
et qui seront dotés du plus grand sang-froid. Parfois,
on inclura dans les actes de terrorisme la destruction de vies
humaines et l'incendie d'installations nord-américaines
ou de certaines plantations.
Si l'on envisage de piller des stocks de produits alimentaires,
il faut veiller à ce que la population puisse en profiter,
surtout dans les moments et aux endroits où sévissent
la faim ou la cherté de la vie. Le guérillero
sera toujours disponible à l'égard du terrorisme
révolutionnaire.
La propagande armée
L'ensemble des actes perpétrés par les guérilleros
urbains, et chaque action à main armée en particulier,
constituent le travail de propagande armée. Les "mass
médias" d'aujourd'hui, par le simple fait de divulguer
ce que font les révolutionnaires, sont d'importants instruments
de propagande. Leur existence ne dispense cependant pas les
militants d'organiser leur propre presse clandestine, de posséder
leurs propres imprimantes qu'ils auront "expropriées"
s'ils n'ont pas de quoi les acheter. Car il faut publier et
répandre, parmi le peuple, des journaux clandestins,
des manifestes et des tracts dénonçant les méfaits
de la dictature ou favorisant l'agitation. L'existence de cette
presse sert, par ailleurs, à rallier de nombreuses personnes
à notre cause.
Les camarades qui ont l'esprit inventif fabriqueront des catapultes
destinées au lancement de ces tracts et manifestes. On
cherchera encore à faire passer sur les antennes des
stations de radio des messages révolutionnaires enregistrés
sur bandes. On écrira aussi des slogans sur les murs
et à des endroits difficilement accessibles. On enverra
aussi des lettres de menaces, de propagande, ou bien visant
à expliquer le sens de notre lutte à certaines
personnalités qui chercheront à les divulguer
pour impressionner la population.
Comme on ne ralliera jamais tous les citoyens, on peut populariser
le slogan suivant "Que celui qui ne veut rien faire pour
la révolution ne fasse non plus rien contre elle."
La guerre des nerfs
La guerre des nerfs ou guerre psychologique est une technique
de lutte basée sur l'utilisation directe ou indirecte
des media ou du "téléphone arabe". Son
but est de démoraliser le gouvernement. On y arrive en
divulguant des informations fausses, contradictoires, en semant
le trouble, le doute et l'incertitude parmi les agents du régime.
Dans la guerre psychologique, le gouvernement se trouve en position
de faiblesse, aussi censure-t-il les moyens de communication.
Cette censure se retourne contre lui, car il se rend impopulaire
; il lui faut par ailleurs exercer une surveillance sans relâche,
ce qui mobilise beaucoup d'énergie. Les moyens de la
guerre des nerfs sont les suivants:
- Le téléphone et l'envoi de lettres. Par ces
moyens, on informera la police sur la prétendue localisation
de bombes à retardement, sur des projets d'enlèvement
ou d'assassinat de certaines personnalités, ce qui obligera
les forces de répression à se mobiliser pour rien,
à perdre du temps, à douter de tout.
- Livrer à la police de faux plans d'attaque.
- Répandre des rumeurs sans fondement.
- Exploiter systématiquement la corruption, les erreurs
et les méfaits de certains gouvernants, les forçant
ainsi à se justifier ou à démentir les
bruits répandus par les moyens de communication qu'ils
ont eux- mêmes censurés. En informant les ambassades
étrangères, l'O.N.U., la nonciature apostolique,
les commissions internationales de juristes et des droits de
l'homme, les associations chargées de défendre
la liberté de la presse, sur la violence et les tortures
exercées par les agents de la dictature.
Les méthodes qu'il faut suivre
Le citoyen qui veut devenir guérillero ne pourra agir
que s'il domine parfaitement les méthodes qu'il faut
suivre. Les hors-la-loi commettent souvent sur ce point des
erreurs graves et qui les perdent. Les patriotes auront donc
soin d'user d'une technique révolutionnaire et non pas
d'emprunter celle des bandits. C'est en fonction de la méthode
employée qu'on saura si c'est bien un guérillero
qui a commis tel ou tel acte. Les méthodes qu'il faut
suivre sont constituées par l'usage ou l'application
des éléments suivants:
- la recherche d'informations;
- l'observation et la vigilance;
- l'exploration du terrain;
- la reconnaissance et le chronométrage des itinéraires;
- la planification;
- la motorisation;
- la sélection du personnel et son renouvellement;
- la sélection fondée sur les capacités
de tir;
- la simulation de l'action projetée en guise de répétition;
- l'exécution;
- la protection des exécutants;
- la retraite;
- la libération ou l'échange de prisonniers;
- le brouillage des pistes;
- l'enlèvement ou le transport des blessés, en
évitant de le faire à bord de véhicules
où se trouvent des enfants. Le mieux est d'emporter,
à pied, les blessés, en empruntant des chemins
assez étroits pour que l'ennemi ne puisse passer avec
ses moyens de locomotion.
L'aide aux blessés
Au cours des opérations de guérilla urbaine,
il peut arriver qu'un des compagnons soit victime d'un accident
ou soit blessé par la police. Si, dans le "groupe
de feu", se trouve quelqu'un qui est secouriste, il lui
donnera les premiers soins. En ce sens, il faudra veiller à
ce que des cours de secourisme soient organisés à
l'intention des combattants. Le rôle des guérilleros
médecins, étudiants en médecine, infirmiers,
pharmaciens, est important. Ceux-ci pourront rédiger
un petit manuel de secourisme à l'intention de leurs
camarades.
En aucun cas le guérillero blessé ne devra être
abandonné sur le lieu du combat.
Lorsqu'il préparera une opération, le groupe
devra s'assurer un appoint médical. Il utilisera, par
exemple, une petite infirmerie mobile montée à
l'intérieur d'une automobile, ou il placera à
un endroit proche du lieu de l'opération, un camarade
muni d'une trousse pour les soins. L'idéal serait de
disposer d'une clinique propre à l'organisation, mais
cela coûterait si cher qu'on ne pourrait guère
l'envisager qu'en "expropriant" du matériel
nécessaire à son équipement. En attendant,
il faudra bien recourir aux cliniques légales, non sans
faire usage des armes pour forcer les médecins à
soigner nos blessés. Au cas où nous aurions besoin
d'acheter du sang ou du plasma sanguin dans des "banques
de sang", il ne faudra jamais donner les adresses où
sont hébergés les blessés ni celles des
personnes chargées de s'en occuper. Ces adresses ne seront,
du reste, connues que du très petit groupe chargé
du transport et du traitement des blessés.
Les linges, bandages, mouchoirs, etc., tachés de sang,
les médicaments et tout autre objet ayant servi aux soins
seront obligatoirement retirés des maisons par où
sont passés les blessés.
La sécurité du guérillero
Le guérillero urbain est sans cesse exposé à
la dénonciation ou à la découverte par
la police. Pour y parer, il doit s'entourer d'assez de garanties
touchant sa cachette, sa personne et celle de ses camarades.
Nos pires ennemis sont, en effet, les espions infiltrés
dans nos rangs. On punira de mort ceux qui seront découverts,
ainsi que les déserteurs qui se mettraient à renseigner
la police sur ce qu'ils savent. Le meilleur moyen d'empêcher
cette infiltration est la prudence et la sévérité
que l'on observera dans le recrutement.
On ne permettra pas non plus que tous les militants se connaissent
ou qu'ils soient au courant de tout. Chacun ne saura que ce
qui est nécessaire à l'accomplissement de sa mission.
La lutte que nous menons est dure; c'est une lutte de classe
et, comme telle, c'est une question de vie ou de mort, lorsque
les classes qui s'affrontent sont antagoniques.
Par manque de vigilance, un guérillero peut avoir l'imprudence
de révéler son adresse ou toute indication également
secrète à un ennemi de classe. C'est là
chose inadmissible. Les annotations dans la marge des pages
de journal, les documents oubliés, les cartes de visite,
les lettres et les billets sont des indices que la police ne
négligera pas. L'usage d'un carnet d'adresses, de papiers
portant des numéros de téléphone, des noms,
des indications biographiques, des cartes et des plans, doit
être aboli. Les lieux de rendez-vous seront retenus de
mémoire. Celui qui transgressera ces normes sera averti
par le premier camarade qui s'en rendra compte; s'il persévère
dans l'erreur, on cessera de travailler avec lui.
Les mesures de sécurité à prendre pourront
varier en fonction des mouvements de l'ennemi. Cela suppose,
évidemment, que l'on soit bien renseigné, que
le service d'information fonctionne normalement. Il sera dès
lors utile de lire les journaux, en particulier la page qui
rapporte les activités de la police.
En cas d'arrestation, le guérillero ne pourra rien révéler
qui puisse nuire à l'organisation, causer l'arrestation
d'autres camarades ou la découverte des dépôts
d'armes et de munitions.
Les sept erreurs du guérillero
urbain
Quand bien même le guérillero urbain suivrait
rigoureusement les normes de sécurité, il n'en
resterait pas moins sujet à l'erreur. Il n'y a pas de
guérillero parfait; on peut tout juste s'efforcer de
diminuer la marge de ces erreurs. Nous en voyons sept que nous
chercherons à combattre:
- L'inexpérience, qui fait que l'on juge l'ennemi stupide,
que l'on sous-estime ses capacités, que l'on trouve les
choses faciles à faire et, de ce fait, qu'on laisse des
traces qui peuvent être fatales. Cette même inexpérience
peut conduire le guérillero à surestimer les forces
adverses. Son assurance, son esprit de décision, son
audace, s'en ressentiront; il en sera plus facilement intimidé.
- La vantardise, qui fait que l'on propage aux quatre vents
ses faits d'armes.
- La surestimation de la lutte urbaine. Ceux qui se laissent
enivrer par les actes de guérilla dans les villes risquent
de ne pas se préoccuper beaucoup du déclenchement
de la guérilla rurale. Ils finissent par considérer
la guérilla urbaine comme décisive et par y consacrer
toutes les forces de l'organisation. La ville est susceptible
d'être l'objet d'un encerclement stratégique, que
nous ne pourrons éviter ou rompre que lorsque sera déclenchée
la guérilla rurale. Tant que celle-ci n'aura pas surgi,
l'ennemi pourra toujours nous porter des coups graves.
- La disproportion dans l'action par rapport à l'infrastructure
logistique existante.
- La précipitation en vertu de laquelle on perd patience,
on s'énerve et on passe à l'action au risque de
subir les plus grosses pertes.
- La témérité, qui fait que l'on attaque
l'ennemi à un moment où celui- ci se fait particulièrement
agressif.
- L'improvisation.
L'appui de la population
Le guérillero urbain cherchera toujours à situer
son action dans un sens favorable aux intérêts
du peuple, afin d'obtenir son appui. Là où apparaîtront
l'ineptie et la corruption du gouvernement, le guérillero
urbain devra montrer que c'est cela qu'il combat. Ainsi, une
des exigences les plus lourdes du gouvernement actuel concerne
la perception d'impôts très élevés.
Le guérillero s'attachera dès lors à attaquer
le système fiscal de la dictature, à entraver,
avec tout le poids de la violence révolutionnaire, son
fonctionnement. Il n'épargnera pas les hommes et les
institutions du régime responsables de la hausse du coût
de la vie, les riches commerçants brésiliens et
strangers, les grands propriétaires, tous ceux qui, grâce
à la cherté de la vie, aux mauvais salaires et
à l'augmentation des loyers, font de fabuleux bénéfices.
L'insistance que met le guérillero à intercéder
en faveur du peuple est la meilleure manière d'obtenir
son appui. À partir du moment où une bonne partie
des citoyens commence à prendre au sérieux son
action, la victoire lui est assurée. Le gouvernement
ne pourra plus qu'intensifier la répression, ce qui rendra
la vie des citoyens plus insupportable. Les foyers seront violés,
des battues de police organisées, des innocents arrêtés,
des voies de communication fermées. La terreur policière
s'installera, les assassinats politiques se multiplieront; ce
sera la persécution politique massive. La population
refusera de collaborer avec les autorités qui ne pourront
plus, pour vaincre les difficultés, que recourir à
la liquidation physique des opposants. La situation politique
du pays se transformera en situation militaire et les "gorilles"
passeront pour être les responsables de toutes les violences,
des erreurs et des calamités qui pèsent sur le
peuple. Lorsqu'ils verront qu'en conséquence du développement
de la guerre révolutionnaire, les militaires de la dictature
roulent vers l'abîme, les éternels temporisateurs
des classes dominantes et les opportunistes de droite, partisans
de la lutte pacifique, supplieront les "gorilles"
d'entamer le processus de "redémocratisation",
de réformer la constitution, etc. afin de tromper les
masses et d'affaiblir l'impact de la révolution. D'ores
et déjà, cependant, aux yeux du peuple, les élections
ne seront plus qu'une farce. Et cette farce, le guérillero
urbain doit la combattre en redoublant de violence et d'agressivité.
En agissant ainsi, on empêchera la réouverture
du Congrès, la réorganisation des partis, celui
du gouvernement et celui de l'opposition tolérée,
qui dépendent du bon plaisir de la dictature et dont
les représentants sont comme les marionnettes d'un même
guignol.
C'est de cette façon que les guérilleros gagneront
l'appui des masses, renverseront la dictature et secoueront
le joug nord-américain. À partir de la rébellion
dans les villes, on arrivera vite à déclencher
la guérilla rurale dont la préparation dépend
de la lutte urbaine.
La guérilla urbaine, école
de formation du guérillero
La révolution est un phénomène social
qui dépend des armes et des fonds. |