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Terrorisme conventionnel et non conventionnel:
une revue de la littérature (suite et fin)

par Alexandre Blais

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Conclusion

Depuis les trente dernières années, les moyens employés par les terroristes n’ont pas beaucoup changés. Le moyen préféré des terroristes demeure l’attentat à la bombe, qui constitue près de 80 % des actes de terrorisme. L’attentat à la bombe n’est rien de nouveau. Guy Fawkes avait déjà tenté de l’employer en 1605 contre le Parlement britannique. L’attentat à la bombe est le moyen de prédilection des terroristes pour des raisons simples. Les engins explosifs sont relativement faciles à fabriquer et peu coûteux. Ils permettent également aux terroristes de causer des dégâts matériels importants et d’attirer par leur dimension tragique l’attention des médias sur eux et leur cause. Divers types d’engins explosifs ont été utilisés par les terroristes. Les terroristes ont fait preuve de beaucoup d'imagination dans la fabrication et l’utilisation d'engins explosifs : objets piégés, dispositifs explosifs secondaires, bombes à clous, etc. Et ils ont forcé les autorités à mettre en place des moyens techniques toujours plus sophistiqués pour contrer leur menace.

Les terroristes ne sont cependant pas uniquement intéressés par les moyens conventionnels (prise d’otage, assassinat, attentat à la bombe, etc.). Les terroristes ont aussi démontré un intérêt pour les matières dangereuses. Certaines organisations les ont effectivement utilisées, d’autres ont seulement affirmé qu’elles allaient y recourir, mais sans avoir la capacité de mettre en œuvre leurs menaces. Les quelques actes de terrorisme qui ont impliqué réellement des matières dangereuses, peu nombreux pour le moment, ont tout de même démontré que les terroristes pouvaient avoir la capacité de les utiliser et qu’il ne s’agissait plus uniquement d’un des nombreux scénarios possibles anticipés par les services de renseignement.

En matière de terrorisme nucléaire, rien ne semble indiquer que des terroristes ont tenté de se procurer un engin explosif nucléaire ou qu’ils ont tenté d’en fabriquer un de façon artisanale. Les individus qui ont prétendu posséder et avoir la volonté d’utiliser du matériel nucléaire l’ont fait dans un but d’extorquer de l’argent à certaines personnes ou tout simplement faire peur au gouvernement. Les tentatives de contrebande de matières nucléaire qui sont survenues depuis le début des années 90 ont cependant alerté les autorités quant à la possibilité que des organisations terroristes se les approprient. Mais dans la grande majorité des cas de contrebande, il ne s’agissait que de matières nucléaires inutilisables pour la fabrication d’un engin explosif nucléaire. Cependant, les saisies de matières nucléaires de qualité militaire destinées à la contrebande effectuées en Allemagne et en Russie ont démontré qu’il était possible d’acheter les matières nécessaires à la fabrication d’un engin explosif nucléaire.

Même si les quantités de ces matières nucléaires ne permettaient pas à une organisation terroriste de fabriquer un engin explosif nucléaire, il reste que les saisies ont suscité des inquiétudes quant à la possibilité que ces matières se trouvent disponibles sur le marché noir en plus grande quantité. Les risques sont considérables puisque les mesures de sécurité entourant la protection du matériel nucléaire dans l’ex-Union soviétique sont apparemment inadéquates. Toutefois, il ressort clairement de la littérature que la fabrication d’un engin explosif nucléaire nécessite, en plus des matières nucléaires fissiles, une expertise scientifique et technique dont la majorité des organisations terroristes ne disposent pas. Il reste l’option du vol d’un engin explosif nucléaire, que l’on considère comme le moyen le plus direct de l’obtenir. Mais il est jugé par les experts presque impossible à réaliser, en raisons de la surveillance accrue dont fait l’objet ce genre d’engin. La seule possibilité qui est crédible selon la littérature serait que des terroristes dispersent des matières radioactives à l’aide d’une bombe sale. La fabrication de celle-ci est moins compliquée et une foule de matériels radioactifs, qui font l’objet de mesures de sécurité superficielles, pourraient à cette fin être employés.

Pourtant, ce ne sont pas les matières nucléaires qui présentent à l’heure actuelle le plus grand risque, selon la littérature. C’est l’usage délibéré d’agents chimiques et biologiques qui fait l’objet de la plus grande appréhension chez les experts. Parmi les agents chimiques, ce sont les agents neurotoxiques qui présenteraient le plus de danger. Les agents chimiques présentent un risque particulier parce qu’ils agissent rapidement sur le système nerveux central lorsqu’ils sont inhalés et qu’ils ne sont apparemment pas très difficiles à produire. Les précurseurs permettant des les produire seraient relativement faciles à obtenir. Les terroristes ne sont cependant pas obligés de produire leurs propres agents chimiques. Il existe déjà une gamme de produits chimiques très toxiques pouvant avoir un impact analogue qui sont disponibles dans l’industrie. Mais les agents chimiques n’ont fait l’objet d’une utilisation sérieuse qu’à deux reprises. L’utilisation la plus importante fut celle de l’attaque au sarin dans le métro de Tokyo en 1995 par la secte apocalyptique Aum Shinrikyo et celle de Matsumoto en 1993 perpétrée par la même organisation.

Du côté des agents biologiques, ils sont considérés comme une véritable menace pour la santé publique. Parmi ces agents, la bactérie du charbon suscite la plus grande crainte de la part des autorités en raison de sa capacité à affecter le système respiratoire et que sa contamination par inhalation est souvent fatale. L’acquisition des agents biologiques est cependant considérée plus difficile que celle des agents chimiques. Bien qu’il ne semble à première vue pas très difficile d’obtenir des souches virales, encore faut-il que l’organisation terroriste dispose des moyens techniques et des connaissances sur la culture de ces agents et de leur manipulation. Les agents biologiques présentent un risque considérable pour celui qui les manipule.

Il apparaît dans la littérature que la plus grande difficulté pour les terroristes se situe au niveau de la dissémination des agents chimiques et biologiques. Les quelques tentatives de dissémination de la toxine botulinique et de spores du charbon par la secte Aum Shinrikyo ont démontré effectivement qu’il n’était pas facile de disséminer ces agents sous forme d’aérosol. Les attaques biochimiques les plus importantes ont jusqu’à présent démonté que les méthodes de dissémination les plus efficaces n’étaient pas forcément les plus sophistiquées. L’attaque au sarin dans le métro de Tokyo en 1995 par la secte Aum Shinrikyo n’a été faite qu’à l’aide de sacs de plastique qui ont été percés à l’aide de la pointe d’un parapluie. La contamination à la bactérie de la typhoïde survenue en Oregon en 1980 par la secte Rajneesh avait simplement été causée par la dispersion de particules de la bactérie dans quelques buffets de restaurants. Quant aux multiples cas de contamination au charbon survenus suite aux incidents du 11 septembre 2001, ils ont  été provoqués par l’envoi d’enveloppes contenant la bactérie sous forme de poudre.

Le recours par les terroristes à des matières dangereuses est sujet à discussion. La littérature abonde en textes qui discutent de la probabilité que des matières dangereuses soient employées par des terroristes. Plusieurs adoptent une perspective rationnelle face à ce phénomène. Pour la plupart des auteurs, il est possible d’expliquer le petit nombre d’attentats impliquant réellement des matières dangereuses par le fait que d’autres moyens sont à la portée des terroristes, par exemple les engins explosifs. Les engins explosifs sont pour les terroristes faciles à fabriquer, relativement sûrs à manipuler et leurs effets bien connus. Comme dit Jacobs (1998) : «Old fashioned terrorist techniques work well.» D’un autre côté, plusieurs experts affirment que le terrorisme suit une tendance inquiétante, marquée par une plus grande proportion d’actes de terrorisme perpétrés par des fanatiques religieux qui sont prêts à mourir pour leur cause et tout mettre en oeuvre pour s’attaquer à leurs ennemis. Les attentats du 11 septembre 2001 par l’organisation islamique Al-Qaeda l’ont démontré.

Même si l’utilisation des matières dangereuses par les terroristes est incertaine, une attitude responsable de la part des autorités les oblige à s’y préparer pour en limiter les conséquences. Un incident comme celui du métro de Tokyo en 1995 a démonté qu’il était nécessaire de se préparer à faire face à un tel incident. Il semble qu’on ne puisse pas faire grand chose dans le cas d’incidents impliquant des engins explosifs. On ne peut que ramasser les morts. Par contre, dans le cas d’incidents à caractère chimique et biologique, il est possible d’atténuer leurs effets physiologiques en étant préparé adéquatement à faire face à ce genre d’incident.

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© Alexandre Blais 2002

 

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