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Etats-Unis:
le bioterrorisme en tête de la liste des menaces
Date: 31 janvier 2003
Depuis des mois, les avertissements et préparatifs
se succèdent: le bioterrorisme est manifestement considéré
comme l'une des menaces les plus graves. Plusieurs développements
récents confirment cette tendance. Ce n'est pas seulement
le cas aux Etats-Unis: les Israéliens s'interrogent par
exemple sur les risques auxquels ils pourraient devoir faire
face. En Amérique du Nord, cependant, la discussion sur
le bioterrorisme s'affiche particulièrement, y compris
dans les médias: un guide a même été
mis au point pour aider les journalistes à se préparer.
Il ne s'agit pas simplement d'agitation médiatique:
le 28 janvier 2003, Jane's
Chem-Bio Web confirmait l'accélération
des programmes de défense chimique et biologique aux
Etats-Unis de la part du Département de la Défense.
Le nouveau Département de la Sécurité intérieure
semble appelé de son côté à jouer
un rôle important dans la prévention d'attentats
recourant à des armes biologiques. La mise en place d'un
nouveau système de détection d'agents biologiques
est en cours: 3.000 stations chargées normalement du
contrôle de l'environnement vont être équipées,
de façon à pouvoir réagir en cas de crise
et prélever des échantillons d'air suspect pour
les envoyer à des laboratoires répartis à
travers le pays, ce qui devrait permettre de connaître
les résultats dans un délai de 12 à 24
heures.
Jane's Chem-Bio Web souligne qu'un point tournant a
été le lancement de la Biological Defense Homeland
Security Support Initiative en août 2002 à l'initiative
de la Defense
Threat Reduction Agency (DTRA).
Au mois de décembre 2002, la Maison Blanche a rendu
publique sa National Strategy to Combat Weapons of Mass Destruction.
Les armes de destruction massive (weapons of mass destruction,
en abrégé WMD) y sont décrites comme "l'un
des plus grands défis de sécurité auquel
doivent faire face les Etats-Unis". Cette menace, selon
le gouvernement américain, peut provenir de deux sources:
soit les "régimes les plus dangereux du monde",
soit des groupes terroristes. Le document précise les
efforts en matière de non-prolifération et de
contre-prolifération que les Etats-Unis entendent entreprendre,
mais également la gestion des conséquences d'une
éventuelle attaque utilisant des armes de destruction
massive sur territoire américain.
Ces derniers mois, nombreux ont été les articles
sur cette menace publiés dans de grands médias
anglophones. "Preparing for terror", titrait
ainsi l'hebdomadaire réputé The
Economist dans son édition du 30 novembre
2002. Dans un article bien documenté, les auteurs soulignaient
que les Etats-Unis étaient le seul pays à se préparer
de façon aussi ambitieuse à faire face à
un éventuel recours au bioterrorisme. Et dans de tels
événements, "la détection précoce
est cruciale".
Bioterrorisme: un guide pour préparer
les journalistes
Un effet de la multiplication d'articles à ce sujet
est de préparer l'opinion - pour autant que cela soit
possible - à faire face à un éventuel incident
de bioterrorisme. Mais les médias auraient alors un rôle
capital à jouer. Dans cette optique, la Radio-Television
News Directors Foundation a publié à la fin
de l'année 2002 un Journalist's Guide to Covering
Bioterrorism (ce document peut être déchargé
au format PDF).
Ce document de près de 50 pages souligne la responsabilité
qu'auraient les journalistes dans le cas d'une telle attaque,
mais aussi le manque d'expérience partagé par
tous les acteurs pour faire face à un événement
de cet ordre. Cela vaudrait même pour beaucoup d'interlocuteurs
auxquels les innombrables médias s'adresseraient: et
toutes les crises récentes nous ont appris quel pouvait
devenir le rôle (plus ou moins "pédagogique")
des experts dans les médias.
Le guide définit ce qu'est le bioterrorisme et explique
ses "avantages" en termes de coûts pour un groupe
terroriste: recourir au bioterrorisme exige des investissements
bien moins coûteux (en comparaison du nombre de victimes
qu'il peut entraîner) que la tentative d'utiliser des
armes nucléaires, par exemple. En outre, l'impact psychologique
du bioterrorisme promet d'être considérable, notamment
du fait des mécanismes de diffusion plus lents et des
incertitudes qu'il causerait. La responsabilité du journaliste
parlant d'un incident de bioterrorisme sera donc d'autant plus
grande.
Très bien fait et reposant manifestement sur un gros
travail documentaire, le texte explique à quelles occasions
des agents biologiques ont déjà été
utilisés et comment un attentat utilisant de telles armes
pourrait se dérouler (problème de la dissémination
- plusieurs de nos lecteurs ont certainement en mémoire
les échecs des tentatives d'Aum Shinrikyo). Le guide
explique également comment les responsables réagiraient
- et l'importance d'une réaction aussi rapide que possible
pour limiter les conséquences.
Une description détaillée des différentes
armes biologiques qu'il serait possible d'utiliser est ensuite
fournie, puis un résumé des traités internationaux
à ce sujet et une liste des pays possédant de
telles armes (petite mention à relever, pour un site
dont les lecteurs sont principalement francophones: "Selon
des rapports de renseignement de novembre 2002, la France serait
l'un des quatre pays possédant des stocks non autorisés
du virus de la variole (les autres sont l'Irak, la Russie et
la Corée du Nord). Le gouvernement français a
déclaré que de tels stocks, s'ils existent, sont
uniquement destinés au développement de vaccins.")
S'il est déjà très difficile de déterminer
quels pays possèdent des réserves d'armes biologiques,
la tâche est encore plus ardue pour des groupes transnationaux,
souligne le rapport. La disparition de l'URSS et le développement
d'Internet sont évoqués comme deux facteurs importants
pour la diffusion de connaissances permettant la mise au point
d'armes biologiques. Cependant, si tout indique que le réseau
Al Qaïda avait développé des capacités
en matière d'armes chimiques, il y a beaucoup plus d'incertitudes
en ce qui concerne les armes biologiques.
Le guide se termine en fournissant aux journalistes non seulement
des suggestions pour enquêter sur le sujet, mais également
une très utile liste d'adresses (pas seulement celles
d'organismes officiels) et de références bibliographiques
ainsi qu'un glossaire. Ce guide se révélera utile
non seulement pour les journalistes, mais également pour
les chercheurs et, plus généralement, pour tous
ceux qui ont un intérêt sérieux pour les
questions de terrorisme.
URL pour accéder
au Journalist's Guide to Covering Bioterrorism:
http://www.rtnda.org/resources/bioterror.shtml
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