L'authenticité de la lettre d'Oussama ben Laden publiée
hier par IslamOnline reste à prouver. Mais il convient
aussi de prêter attention aux informations du correspondant
de ce site musulman en Afghanistan, selon lequel des tentatives
seraient en cours pour rapprocher Al Qaïda, les Taliban
et Gulbudin Hekmatyar.
Le site IslamOnline
est riche en contenu, et il vaut la peine d'en visiter de temps
en temps la version anglaise - il existe également une
version arabe. Il est en tout cas certain d'attirer cette fois-ci
l'attention de tous les médias internationaux avec la
publication d'une lettre attribuée à Oussama bin
Laden, mais non datée.
Nul doute que les spécialistes d'Al Qaïda vont
maintenant se pencher sur ce document avec la plus grande attention
pour déterminer s'il est authentique. Il nous est évidemment
impossible de nous prononcer à ce sujet: sans exclure
aucune possibilité, la plus grande prudence est évidemment
de rigueur quant à un document dont l'origine et la date
sont floues.
Selon une première analyse encore provisoire communiquée
à terrorisme.net par un arabisant familier avec
les courants islamistes, le contenu serait proche du style habituel
de la littérature islamique radicale, mais il semble
y manquer des traits caractéristiques de la prose d'Oussama
ben Laden: par exemple, il ne semble pas y avoir de citations
du Coran - ce qui est probablement l'élément qui
suscite le plus de doutes quant à l'origine de ce texte
- et l'on n'y trouve pas véritablement de poésie,
même si une partie du texte est écrite en vers.
Or, fait remarquer cet expert, la poésie semble être
une "signature" propre aux textes d'Oussama bin Laden
(et peu fréquente chez d'autres figures de proue du même
courant) - bien qu'il soit possible qu'il ait préféré
l'éviter pour un texte destiné à une traduction
en pachtoune, puisque le message est supposé s'adresser
aux Afghans. Ceux-ci sont présentés de façon
très idéalisée: "combattants éternels",
"avec une épée dans une main et un Coran
dans l'autre", qui suscitent "l'envie des musulmans
à l'Est et à l'Ouest".
Le même expert a également déclaré
à terrorisme.net s'étonner de ne trouver
pour l'instant le texte de cette lettre sur aucun des sites
en langue arabe très proches d'Al Qaïda.
Pour l'instant, le point d'interrogation sur ce document subsiste
donc.
Nous en reproduisons ci-dessous la première page, nos
lecteurs qui parlent l'arabe pourront se rendre eux-mêmes
sur le site d'IslamOnline afin d'y consulter le texte intégral.
Il est également reproduit dans son entier sur
le site d'Islamiya.net. Le site d'information Jihad
Unspun propose une traduction
de cette lettre en anglais. Les analystes consultés
par Jihad Unspun expriment également certains doutes
au sujet du document, qui ressemblerait plutôt à
un brouillon et porte une signature différente de celle
habituellement utilisée par Oussama ben Laden.
Mise
à jour, 27.08.2202:
le débat autour de ce document se poursuit, avec différents
arguments exprimés, mais beaucoup de prudence de la plupart
des observateurs. Le site islamiste La
Voix des Opprimés a pour sa part publié une
traduction
française de ce texte. Les animateurs du site penchent
pour son authenticité - mais cela ne prouve rien et ne
repose probablement pas sur la connaissance de faits supplémentaires:
les milieux plutôt sympathisants de ben Laden espèrent
évidemment que celui-ci est toujours de ce monde et inclinent
donc à accepter tout élément susceptible
de démontrer sa survie.
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Dans son article intitulé "Oussama ben Laden
envoie ses salutations aux Afghans", Nadeem Shaker,
correspondent d'IslamOnline en Afghanistan, explique avoir reçu
ce texte le 24 août d'une source afghane qui insiste pour
conserver l'anonymat. Le texte daterait de "quelques
semaines". Il appelle bien sûr les Afghans au
jihad et à la résistance contre la présence
des troupes américaines en Afghanistan, en évoquant
le souvenir des succès passés contre les troupes
soviétiques. L'auteur du texte se déclare convaincu
que l'on assistera bientôt "à la chute
des Etats-Unis d'Amérique".
Nadeem Shaker affirme en outre que, selon ses sources afghanes,
de grands efforts seraient en cours pour "réunir
les groupes de résistance", à savoir
Al Qaïda, les Talibans et les partisans de Gulbudin Hekmatyar
(Hizb-e-Islami), qui fut longtemps un destinataire privilégié
du soutien pakistanais et saoudien. Il est difficile de dire
si cela relève d'un voeu pieux ou reflète des
développements nouveaux. Les trois groupes sont en tout
cas unis par une commune hostilité envers l'actuel gouvernement
afghan; au mois de juillet encore, les autorités afghanes
disaient considérer ces trois courants comme une menace.
On ne peut donc exclure une telle évolution, au moins
temporairement, car ce n'est pas la première fois que
l'on observe des velléités de rapprochement. Rappelons
que Hekmatyar - qui vivait alors en exil en Iran - avait offert
son aide aux Talibans au début de l'automne 2001 pour
lutter contre l'invasion américaine et proposé
la constitution d'un front uni.
Mais ce n'étaient pas les premières ouvertures
mutuelles. Au début de l'année 2001, les dirigeants
talibans avaient accepté de s'engager dans un processus
de réconciliation avec Hekmatyar, dans l'espoir de consolider
leur pouvoir.
A l'appui de ces initiatives en 2001 se trouvaient d'une part
certains dirigeants religieux pakistanais et Hamid Gul (ancien
chef de l'ISI, Inter Services Intelligence, services de renseignements
pakistanais), d'autre part Oussama ben Laden lui-même,
qui avait alors personnellement pris contact avec Hekmatyar
afin d'obtenir son soutien pour les Talibans.
Selon des informations recueillies à ce moment par un
correspondant du magazine islamiste londonien Impact International
(avril 2001), le Mollah Omar s'était alors déclaré
prêt à une réconciliation avec tous les
autres chefs moudjahidines, à l'exception d'Ahmed Shah
Massoud.