|
Archives
Nord-Est
de l'Inde:
attaques et attentats dans le Tripura et l'Assam
Date: 24 août 2002
Comme un article le soulignait sur ce site il y a quelques
jours, même si le Cachemire est souvent à la une,
d'autres régions de l'Inde connaissent des insurrections,
guérillas et actions terroristes. De nouveaux incidents
dans le Nord-Est du pays viennent le rappeler.
Les médias internationaux en parlent rarement, mais
de tels incidents violents sont fréquents dans la région
et appartiennent, depuis une vingtaine d'années, à
la vie quotidienne de ces Etats de l'Inde. Le Nord-Est est une
zone sensible pour d'autres raisons également: les militants
hindous s'inquiètent de l'écho qu'y ont rencontré
des missions chrétiennes. La référence
de certains des mouvements séparatistes au christianisme
est d'ailleurs explicite. En l'an 2000, le gouvernement du Tripura
(Front de gauche) avait accusé les baptistes de soutenir
les insurgés. Nous ne nous trouvons donc pas face à
de nettes divisions entre deux camps, mais au contraire face
à des tensions complexes et enchevêtrées.
Tripura
Le 20 août 2002, dans l'Etat
de Tripura, des séparatistes qui appartiendraient
au National Liberation Front of Tripura (NLFT - faction Nayanbashi)
ont tendu une embuscade à un véhicule des Tripura
State Rifles (TSR). L'attaque s'est produite à 60km au
sud-est de la capitale, Agartala. Les attaquants, qui avaient
pris position sur une hauteur, ont lancé des grenades
et ouvert le feu. Vingt hommes ont été tués
et cinq gravement blessés. Les rebelles ont pris la fuite
avec les armes de leurs victimes.
Cette attaque s'inscrit dans le contexte de la compétition
- notamment pour le contrôle de certaines zones - entre
la faction du NLFT dirigée par Biswamohan Debbarma et
celle placée sous la conduite de Nayanbashi Jamatia.
La police n'exclut pas des affrontements dans un avenir proche
entre les deux groupes, grâce aux armes dont la faction
Nayanbashi a pu s'emparer.
Quelques jours plus tôt, à Kolkata (Calcutta),
le premier ministre de l'Etat, Manik Sarkar, avait insisté
sur la nécessité de considérer le problème
des insurrections dans le Nord-Est comme un défi national
et de le résoudre en coopération avec les Etats
de la région. Il insistait également sur la nécessité
de disposer des forces adéquates pour une surveillance
des frontières. Le NLFT, qui revendique un foyer tribal
indépendant dans cet Etat dont la démographie
a été transformée par la forte immigration
bengalie, lance ses opérations à partir de bases
installées au Bangladesh.
Le gouvernement de l'Etat demande depuis longtemps déjà
au gouvernement national l'installation d'un fil de fer barbelé
tout au long des 856km de frontière entre le Tripura
et le Bangladesh, afin de rendre celle-ci moins poreuse. Moins
de 10km auraient été équipés pour
l'instant dans le secteur, si l'on en croit les affirmations
du gouvernement. A noter que la construction de clôtures
barbelées le long de la frontière de plus de 4.000km
entre l'Inde et le Bangladesh pour prévenir des passages
non autorisés est une opération en cours depuis
1989 déjà. Elle concerne cinq Etats indiens: outre
le Tripura, le Bengale occidental, l'Assam, le Mizoram et le
Meghalaya. Selon l'Indo-Asian
News Service (22 août 2002), 1.357km de
frontières auraient déjà été
équipées et 2.429km supplémentaires devraient
l'être d'ici 2007. Mais le frontière n'est pas
toujours très claire, des villages se retrouvent à
cheval sur celle-ci, et les mesures de sécurité
entraînent des chicaneries dans la vie quotidienne des
habitants qui vivent dans le no man's land entre la frontière
proprement dite et la barrière (puisque celle-ci, selon
les réglementations internationales en vigueur, ne peut
être érigée directement sur la ligne frontière).
Le 21 août, Manik Sarkar a demandé au gouvernement
de Delhi d'envoyer d'urgence des troupes supplémentaires,
de crainte que la situation ne se dégrade sérieusement
dans la région, où l'insurrection a déjà
causé cette année une centaine de morts (et peut-être
10.000 au total depuis une vingtaine d'années). La situation
est compliquée par des rivalités politiques. Le
gouvernement du Tripura appartient au Front de gauche, opposé
au Bharatiya Janata Party (BJP) actuellement au pouvoir à
Delhi, et accuse par ailleurs le Parti du Congrès (principale
formation de l'opposition dans l'Etat) de sympathies pour les
insurgés.
Assam
Dans l'Assam, le 21 août 2002, un groupe soupçonné
d'appartenir à l'United Liberation Front of Assam (ULFA)
a tué cinq personnes (quatre membres des forces de police
et le chauffeur d'un bus) en déclenchant une charge explosive
lors du passage de leur véhicule sur une route dans la
région de Maladhara.
L'ULFA - à laquelle le gouvernement de l'Assam a offert
ce mois même d'ouvrir des pourparlers de paix inconditionnels
- affirme mener une guerre contre l'"exploitation économique"
et l'"invasion culturelle" de la région.
Un récent article de son organe de presse réfute
toute comparaison entre son "combat nationaliste"
et des "activités terroristes ou idéaux
fondamentalistes", rapporte le Times
of India (17 août 2002).
A noter également, dans l'actualité récente
en Assam, des tensions entre l'ULFA et les Bodo Liberation Tigers
(BLT) - qui, contrairement au National Democratic Front of Bodoland
(NDFB), négocient avec le gouvernement de Delhi. Les
BLT veulent créer un Bodoland Territorial Countil (BTC),
mais l'ULFA à ce que celui-ci englobe dans ses limites
territoriales des zones où les Bodos ne forment pas la
majorité de la population. Les Bodos accusent l'ULFA
d'interférence dans leurs affaires intérieures
et soutiennent que les territoires appartiendraient légitimement
aux Bodos. La dispute a même entraîné des
enlèvements et contre-enlèvements par les deux
groupes militants.
Nagaland
Enfin, du côté du Nagaland, le dialogue entre
les autorités indiennes et la faction Isak-Muivah du
National Socialist Council of Nagaland (NSCN) passe par une
phase difficile. Rappelons que des contacts ont régulièrement
eu lieu à l'étranger entre le gouvernement et
cette faction du NSCN depuis 1997, et que la décision
aurait été récemment prise d'ouvrir maintenant
des pourparlers sur territoire indien. Thuingaleng Muivah a
accusé les autorités indiennes de déformer
les propositions faites par le NSCN. Il est trop tôt pour
savoir si cela remet en cause le principe même d'une rencontre
en Inde.
Pour compliquer encore un peu la situation, de nouvelles violences
entre factions rivales du NSCN (celle dirigée par Isak
Chisi Swu et Thuingaleng Muivah, d'une part, et celle qui suit
S.S. Khaplang, d'autre part) se sont produites la semaine dernière:
près de quarante membres fortement armés de la
faction Isak-Muivah auraient attaqué un camp du groupe
rival. Il s'agit de questions de contrôle de territoires
par chacun des deux groupes. Depuis l'an dernier, la faction
Khaplang a également accepté un cessez-le-feu,
et l'on craint que ces affrontements entre factions compromettent
les pourparlers de paix du gouvernement avec la tendance Isak-Muivah.
Un article
du magazine Frontline (février 2002) évoque
des actes de violence qui dénoteraient des intentions de
"purification ethnique" de la part des groupes militants
dans l'Assam et le Tripura:
http://www.flonnet.com/fl1903/19030430.htm
|