TERRORISME.NET



     
  

Archives

Documentation

Terrorisme conventionnel et non conventionnel:
une revue de la littérature (suite)

par Alexandre Blais

>>> Retour au début de l'article et au sommaire


3. Terrorisme non conventionnel

Les actes de terrorisme sont dans la majorité des cas des attentats à la bombe, des assassinats, des prises d’otage ainsi que des atteintes à la sécurité de l’aviation civile. Dans la perpétration de ces actes, les terroristes utilisent un système d’armes conventionnelles fonctionnant à l’énergie cinétique, tels les armes à feu, les dispositifs thermiques (bombes, mortiers, etc.) et les explosifs (Slater et Trunckey, 1997 : 1059). Ces armes présentent une létalité et une étendue du sinistre variables. Cette dernière est souvent élevée lors des attentats à la bombe. Plusieurs personnes peuvent être blessées ou tuées par une même explosion. Quant aux attentats commis avec des armes à feu, les projectiles présentent une forte létalité mais ne peuvent générer qu’une faible étendue du sinistre. En effet, le projectile qui est tiré est souvent mortel et peut générer des blessures graves mais ne permet pas, à moins d’être tirés en grande quantité, de blesser ou tuer des centaines de personnes instantanément.

Les méthodes utilisées par les terroristes ne se limitent pas à celles qui sont mentionnées ci-haut. Les organisations terroristes ont aussi manifesté un intérêt pour l’utilisation de matières dangereuses: matières nucléaires et radiologiques, agents chimiques et biologiques. Des actes de terrorisme impliquant ces matières ont déjà été commis ou ont été tentés. Plusieurs n’ont cependant été que des canulars. Les actes de terrorisme impliquant ces matières suscitent une crainte importante chez les autorités chargées de lutter contre le terrorisme. Ces actes sont craints parce qu’ils présentent un fort potentiel de létalité et qu’ils peuvent générer une étendue du sinistre très importante, en comparaison aux actes impliquant des armes cinétiques. Ces actes sont considérés par les autorités comme un risque élevé pour la sécurité et la santé du public.

Ce risque s'appuie dans la littérature essentiellement sur des incidents qui sont survenus dans le passé et sur les tendances récentes en matière de terrorisme. Des incidents comme l’attaque au sarin dans le métro de Tokyo en 1995, les multiples cas de contamination au charbon aux États-Unis et la récente diffusion par le réseau CNN d’une vidéo-cassette montrant des terroristes du réseau Al-Qaeda en train d’expérimenter des agents chimiques sur des chiens [27], ont démontré que des terroristes avaient bel et bien la volonté et la capacité de recourir aux matières dangereuses et que les actes de terrorisme associés à ces matières pouvaient présenter une réelle menace. Au plan statistique, les actes de terrorisme qui ont impliqué des matières dangereuses n’ont pas été nombreux mais ont tout de même démontré que les terroristes s’y intéressaient et qu’il ne s’agissait plus que de simples scénarios anticipés par les services de renseignement de pays préoccupés par le terrorisme. Quant à la tendance des dernières années dans le domaine du terrorisme, elle permet, selon les experts, de dresser un portrait inquiétant du terrorisme.

Cette tendance est d’abord marquée selon la littérature par une proportion plus importante d’actes de terrorisme considérés comme des «conclusive events» (Medd et Goldstein, 1997:283). La majorité des actes terroristes n’impliqueraient pas une négociation. Pire, certains actes terroristes ne sont pas revendiqués et ne sont associés à aucune demande spécifique. Ensuite, elle se caractériserait par une augmentation de la létalité des actes de terrorisme. Bien que le nombre d’incidents terroristes ait décliné durant les années 90 (565 en 1991; 540 en 1996; 348 en 2001), il apparaît que les actes terroristes ont dans l’ensemble tué plus de personnes depuis la fin des années 80 qu’ils ne l’ont fait auparavant. Selon la chronologie de la RAND présentée par Hoffman (1999: 10), 287 personnes avaient été tuées en 1995 par des actes de terrorisme. En 1996, l’année la plus meurtrière du terrorisme, 510 personnes avaient été tuées par des attentats terroristes. Ce nombre a été nettement surpassé cinq ans plus tard, les victimes du terrorisme se comptant par milliers. Quelques chiffres suffisent, présentés dans le tableau 2, pour montrer la grande létalité de certains actes de terrorisme qui ont été perpétrés depuis la fin des années 80:

 

Tableau 1: Actes de terrorisme avec un niveau de létalité élevé

Date

Incident

Nombre de morts

Décembre 1988

Attentat à la bombe contre un aéronef de la Pan Am à Lockerbie

270 morts

Mars 1992

Attentat à la bombe contre le Centre culturel juif à Buenos Aires

29 morts, 250 blessés

Février 1993

Attentat à la bombe contre le Word Trade Center

6 morts, plusieurs centaines de blessés

Mars 1995

Attentat au sarin dans le métro de Tokyo

11 morts et plus de

3 500 blessés

Avril 1995

Attentat à la bombe contre un édifice fédéral à Oklahoma City.

168 morts et 500 blessés

Juin 1996

Attentat à la bombe à Dharan

19 soldats américains morts et 500 blessés

Août 1998

Attentat à la bombe contre l’ambassade américaine à Nairobi

290 morts et 5000 blessés

Août 1998

Attentat à la bombe contre l’ambassade américaine à Dar Es-salaam

10 morts et 77 blessés

Septembre 2001

Attaques aériennes contre le Word  Trade Center et le Pentagone

Plus de 2800 morts

 

L’accroissement de la létalité du terrorisme s’explique de diverses façons dans la littérature. D’abord, elle s’explique par le fait que les terroristes sont moins engagés dans des actes sélectifs et symboliques qui leur permettaient d’attirer l’attention sur eux mais plus portés à commettre des actes terroristes indiscriminés (Hoffman, 1999: 8, Medd et Goldstein, 1997: 287). Cela va à l’encontre de ce qu’affirmaient Jenkins et la plupart des experts selon lesquels «the terrorist want a lot of people watching, not a lot of people dead». Les actes de terrorisme ont été ces dernières années des actes nettement de nature plus prédatrice. On peut présumer que certains terroristes croient que les actes de terrorisme doivent être plus meurtriers pour attirer l’attention du public sur eux et leur cause. Le nombre élevé d’attentats terroristes perpétrés au cours des deux dernières décennies aurait eu comme effet de rendre les médias et le public insensible au terrorisme, surtout s’il est problème criminel extérieur. On peut à cet égard donner comme exemple l’auteur à l’origine l’attentat à la bombe d’Oklahoma City, Timothey McVeight, qui avait affirmé: «We needed a body count to make our point» (Hoffman, 1999: 13). D’autres éléments expliquent aussi la plus forte létalité du terrorisme.

On explique également cette forte létalité par un nombre plus important d’actes de terrorisme perpétrés par des groupes motivés par un impératif religieux. Selon les données présentées par Hoffman (1999: 14), il apparaît que parmi les onze groupes terroristes répertoriés en 1968, aucun n’était motivé par un impératif religieux. Pour la période 1970-1990, les activités terroristes étaient le fait de groupes terroristes motivés par des objectifs politiques et idéologiques. Par contre, en 1995, 23 des 56 groupes terroristes répertoriés par les services de renseignement avaient une motivation d’ordre religieux. Plusieurs actes commis par ces groupes étaient motivés par la religion et la haine ethnique. En cette année, ces groupes avaient été responsables de 25 % des incidents terroristes et de 58 % du nombre total des personnes tuées par le terrorisme. Les terroristes qui sont guidés entièrement ou en partie par un impératif religieux ont perpétré les actes de violence qui ont fait le plus grand nombre de victimes.

Ces groupes terroristes sont plus violents parce qu’ils opèrent en fonction d’un système de justification différent des terroristes séculiers (non religieux). La violence est considérée par ces groupes comme un devoir divin ou un acte sacré [28]. Ces groupes ne semblent pas considérer la violence indiscriminée comme immorale et contre-productive pour leur cause. Ils ont tendance à perpétrer les actes les plus brutaux qui ne sont pas revendiqués ni liés à aucune exigence particulière. Les groupes terroristes à leur origine n’ont pas comme «objectif de négocier avec des gouvernements ou de rallier l’opinion publique à leur cause, mais simplement de causer le plus de dommages et de perturbations possibles à un peuple ou un système qu’ils jugent odieux» (SCRS, 2000). Selon Hoffman (1999), il s’agit là d’un élément favorable à la perpétration d’actes de violence sans limites. On peut donner comme exemples: l’attentat au sarin dans le métro de Tokyo par la secte apocalyptique Aum Shinrikyo, les attentats suicides du Hamas, les attaques terroristes de septembre 2001 par des terroristes islamiques liés au réseau du terroriste international d'Oussama ben Laden.

Enfin, l’accroissement de la létalité du terrorisme est également attribuable, selon les experts, par le rôle actif que certains États ont joué dans le support au terrorisme. Le soutien dont ont bénéficié certaines organisations leur a permis de doter ces organisations d’armes plus sophistiquées et puissantes, comme les explosifs de plastique (Hoffman, 1999: 13).

Cette tendance en matière de terrorisme est peu rassurante. Les actes de terrorisme commis récemment sont pour la plupart d’une grande brutalité et leur motif, guidé par un impératif religieux, est bien souvent obscur. Ce développement est encore moins rassurant pour les États-Unis, qui continuent d’être la cible principale depuis la fin des années 80 des actes de terrorisme internationaux, à l’extérieur comme à l’intérieur de leur territoire. Les États-Unis ont été victimes des attaques les plus spectaculaires et meurtrières des annales du terrorisme. Rappelons qu’ils avaient été victimes à l’intérieur de leur territoire d’abord de l’attentat à la bombe contre le Word Trade Center en 1993, ensuite de l’attentat à la bombe d’Oklahoma City en 1995 et des attaques aériennes en 2001, sans compter les cas de contaminations au charbon survenus la même année. Dans cette optique, les États-Unis ont des motifs de croire que d’autres actes de terrorisme peuvent être perpétrés contre eux. À ce titre, l’une des craintes pour les autorités américaines est de voir commis sur leur territoire par des terroristes des attentats avec utilisation de matières dangereuses, dont le potentiel de létalité pourrait être supérieur aux attaques précédentes. D’autant plus qu’il existe actuellement une grande incertitude liée à la prolifération mondiale des armes de destruction de masse, ainsi que des connaissances et des technologies connexes (SCRS, 2000).

Cette tendance du terrorisme est aussi inquiétante pour le Canada. Bien que le Canada n’ait pas été victime du terrorisme comme l’ont été les États-Unis, le Canada est tout de même préoccupé par la présence de groupes terroristes qui utilisent son territoire pour réaliser des collectes de fonds et comme lieu de planification et de transit vers les États-Unis en vue de perpétrer des actes terroristes. Le Canada s’inquiète aussi pour sa sécurité intérieure qui peut être menacée par le terrorisme en raison non seulement de la présence de ces groupes mais aussi du fait que le Canada est régulièrement l’hôte d’importants événements d’envergure et qu’il est partenaire avec les États-Unis dans sa lutte contre le terrorisme. Comme plusieurs pays, le Canada ne s’estime aucunement à l’abri du terrorisme sur son territoire, notamment en matière de terrorisme chimique, biologique et nucléaire.

Le terrorisme présente un défi pour les autorités chargées d’assurer la sécurité intérieure. Les gouvernements et les forces de l’ordre ont développé au fil des années une expertise permettant de faire face aux techniques conventionnelles du terrorisme. Le terrorisme s’avère particulièrement un défi pour les autorités s’il concerne des matières dangereuses. Il semble que les réactions au terrorisme impliquant des matières dangereuses ne soient pas les mêmes et présentent un niveau de complexité plus élevé.

Plusieurs observateurs ont affirmé pendant longtemps que l’usage de matières dangereuses ne présentait que peu de risque puisque les organisations terroristes, disait-on, ne cherchait qu’à attirer le plus d’attention possible sur une cause sans vouloir créer un grand nombre de victimes. Mais les organisations terroristes ont toujours éprouvé peu de scrupules moraux à tuer des individus pour faire avancer leur cause. Plusieurs comptent parmi leurs rangs des individus qui ne craignent pas les représailles et qui sont même prêts à se suicider pour leur cause. Ces organisations ont utilisé leur imagination pour tuer le plus grand nombre de personnes possibles. La majorité ont utilisé des bombes de différents niveaux de sophistication pour y parvenir. Des terroristes ont même utilisé des avions comme bombe volante. Le recours aux matières dangereuses, qu'elles soient d’origine nucléaire, radiologique, chimique ou biologique, s’inscrit dans un prolongement des moyens violents utilisés par les terroristes.

La Convention internationale pour la répression des attentats terroristes à l’explosif de l’ONU (1997) désigne bien ce que l’on entend dans cette recherche par matières dangereuses. Selon ce texte, il s’agit des matières pouvant «provoquer la mort, des dommages corporels graves, ou qui en ont la capacité, par l’émission, la dissémination ou l’impact de produits chimiques toxiques, d’agents biologiques, toxines ou de substances analogues ou de rayonnement de matières radioactives». Dans cette section, ces matières seront présentées de façon détaillée. Nous porterons davantage d’attention au terrorisme impliquant des matières chimiques et biologiques, car ces matières ont déjà fait l’objet d’une utilisation ou d’une tentative d’utilisation à des fins de terrorisme.

[TOP]

3.1 Matériel nucléaire et radiologique

L’utilisation de matériel nucléaire à des fins terroristes est depuis les années 70 considérée comme une menace potentielle. On ne compte cependant aucun cas jusqu’à présent d’acte de terrorisme sérieux impliquant ce genre de matériel. Il n’existe également aucune information rigoureuse dans la littérature permettant d’affirmer que des terroristes ont tenté de se procurer un engin explosif nucléaire ou tenté d’en fabriquer un de façon artisanale.

De nombreuses menaces ont tout de même été proférées quant à l’utilisation de matériel nucléaire. Il s’agissait en fait de canulars et de chantage. Au cours des années 70 et 80, il y aurait eu aux États-Unis une soixante de canulars d’individus affirmant posséder un engin explosif nucléaire et qui menaçaient de le faire détonner (Jenkins, 1983: 567). Quant au chantage, plusieurs affaires, rapportées par  Krömer (1996: 10) [29], sont survenues en Allemagne en 1994. Elles ont toutes conduit à des enquêtes policières. Une première affaire concerne un individu qui prétendait par téléphone connaître le lieu où se trouvaient enterrées six ogives nucléaires en ex-République démocratique allemande. Il réclamait la somme d’un million de deutsche marks à défaut de quoi il ferait exploser l’une d’elles. Un second cas de chantage concerne une caisse d’épargne qui avait reçu une lettre anonyme contenant des menaces de dissémination de plutonium, à défaut d’un versement d’une somme d’un million de deutsche marks. Dans une autre affaire, un supermarché avait reçu une lettre d’un individu qui menaçait de faire exploser du plutonium dans un entrepôt de munitions s’il ne versait pas 1,5 millions de deutsche marks. Une autre affaire, rapportée par Schneider (2001: 14), a trait à un employé de la compagnie Neyrpic qui avait volé une cartouche d’iridium 192 et exercé du chantage sur son patron en affirmant l’avoir relié à un engin explosif à la gare de Grenoble. La cartouche a été retrouvé mais n’était pas relié à un tel engin.

3.1.1. Trafic illicite de matières nucléaires

Les saisies de matières nucléaires survenues au cours des dernières années en Europe auraient, selon le SCRS (2000), conféré «une nouvelle crédibilité à la menace du terrorisme nucléaire». Des tentatives de contrebande de matières nucléaires ont en effet sonné l’alarme quant à la possibilité que ces dernières se retrouvent dans les mains d’organisations terroristes. C’est l’éclatement de l’ex-Union soviétique et les problèmes économiques qui l’ont suivi qui auraient fait naître cette contrebande. Il y aurait eu plus de 300 cas de tentatives de contrebande ayant donné lieu à des enquêtes de police entre 1991 et 1997 (Woessner, 1997). La plupart de ces affaires concernaient des matières nucléaires non fissiles, c’est-à-dire des matières qui ne peuvent être utilisées pour la fabrication d’un engin explosif nucléaire (Robitaille et Purver, 1995). La majorité des affaires de contrebande de matières nucléaires, qui proviennent essentiellement de l’ancien bloc de l’Est, se sont produites en Allemagne. Au cours de la seule année 1994, la police allemande dut s'occuper d'enquêtes sur 85 offres frauduleuses de matières nucléaires et 182 affaires de commerce illicite de ces matières (Krömer, 1996: 10).

Ce ne sont pas seulement des matières nucléaires non fissiles qui ont été saisies. La police a aussi saisi des matières nucléaires de qualité militaire, c’est-à-dire des matières (uranium-235 et plutonium-239) qui permettent la fabrication d’un engin explosif nucléaire. Les saisies les plus importantes sont survenues en 1994 (Krömer, 1996: 10). En mai 1994, la police allemande a saisi à Tengen, chez un homme d’affaire connu pour son implication dans la contrebande, un mélange en poudre contenant six grammes de plutonium enrichi à 99,6 %. En juin 1994, six personnes avaient été arrêtées à Landshut, dans le sud de l’Allemagne, dont un individu en possession de 0,8 gramme d’uranium enrichi à 87,7 %. En août 1994, la police avait découvert à l’aéroport de Munich, dans un avion en provenance de Moscou, 350 grammes de plutonium enrichi à 87 %. En décembre 1994, la police tchèque a saisi 2,7 kilogrammes d’uranium enrichi à 87.5 %. En 1998, la police turque aurait procédé pour sa part à l’arrestation de huit personnes alors qu’elles tentaient de vendre 6 grammes de plutonium russe pour la somme d’un million de dollars (WISE-Paris, 1999: 6). Soulignons que les officiels russes soutiennent qu’aucune matière nucléaire de qualité militaire n’aurait été volée ou vendue. Ils admettent toutefois le vol de matières radioactives comme du cobalt et du césium. La contrebande de ces matières aurait cessé, selon les autorités russes, en raison d’une campagne d’information interne dans les établissements nucléaires russes misant sur le fait qu’il n’existe pas de marché pour ces matières (WISE-Paris, 1999: 6). Il ay urait eu cependant en 1998, selon des officiels russes, une tentative de vol de 18,5 kilogrammes d’uranium hautement enrichi par des employés d’un  grand site d’armement nucléaire russe (Schneider, 2001).

Même si on ne dénombre qu’un nombre limité d’affaires concernant des matières nucléaires de qualité militaire, on peut néanmoins affirmer que l’acquisition de ces matières est devenue une chose envisageable (Robitaille et Purver, 1995). Même si les quantités saisies jusqu’à ce jour ne présentent pas de danger de fabrication d’un engin explosif nucléaire, le SCRS affirme que «sur le plan de la capacité éventuelle de fabriquer un engin explosif nucléaire, le plus grand sujet de préoccupation se situe au niveau de la sécurité des matières fissiles». Le problème concerne principalement la Fédération de Russie, qui est aux prises depuis le début des années 90 avec un gigantesque inventaire de matières nucléaires. Des dizaines de tonnes de plutonium et d’uranium hautement enrichi sont dispersées sur plusieurs sites à travers l’ex-Union soviétique. Celles-ci sont, selon les experts, conservées dans des installations (instituts de recherche, entrepôts de combustible de sous-marins nucléaires, etc.) où la sécurité est souvent inadéquate (Potter, 1994). La Fédération de Russie ferait également face au cours des prochaines années à des difficultés à assurer un stockage sécuritaire de dizaines de tonnes de plutonium de qualité militaire et d’une trentaine de tonnes de plutonium qui proviennent de réacteurs, qui sont destinées à être transformées en une forme non utilisable pour la fabrication d’engins explosifs nucléaires (WISE-Paris, 1999).

[TOP]

3.1.2 Utilisation des matières nucléaires

Pour construire un engin explosif nucléaire artisanal, une organisation terroriste doit s’approprier des matières nucléaires de qualité militaire en quantité suffisante (Loehmer: 53; Ward, 1996: 2). Selon l’Agence internationale d’énergie atomique (AIEA), il faudrait plus de vingt kilogrammes d’uranium-235 enrichi à 90 % pour constituer l’explosif de la bombe [30] . Toutefois, selon une équipe de recherche de l’Université de Californie, trois kilogrammes pourraient suffire pour produire un engin nucléaire équivalent à 100 tonnes d’explosifs (Burke, 2000: 137). Dans le cas d’un engin explosif à base de plutonium, il faudrait une quantité de cinq kilogrammes de plutonium hautement enrichi. Si l’organisation terroriste ne peut obtenir cette matière par la contrebande, elle doit accéder au marché de l’uranium naturel et disposer d’un système d’enrichissement [31] . Elle peut aussi se doter d’un atelier de retraitement et extraire du combustible irradié (par exemple, à partir de l’uranium-238) le plutonium [32] . Ce genre d’opération nécessite cependant un savoir technique et scientifique qui est hors de portée de la majorité des organisations terroristes.

La construction d’un engin explosif nucléaire nécessite également une expertise dont les organisations terroristes ne disposent pas pour la fabrication des pièces de la bombe et son assemblage. Toutefois, il n’est pas impossible qu’une organisation obtienne cette expertise d’ailleurs, par exemple de l’Europe de l’Est où des milliers de scientifiques et d’ingénieurs jadis impliqués dans le programme militaire nucléaire soviétique sont sans emploi ou sous payés (Alvaro, 1996) [33] . La fabrication d’un engin nucléaire explosif nécessite aussi une infrastructure technologique et des moyens financiers qui sont hors de la portée de la plupart des organisations terroristes. Pour certains observateurs (Burke, 2000: 139; Jacobs, 1998: 153), il est peu probable qu’une organisation terroriste puisse réussir là où des pays candidats à la prolifération, comme l’Irak et la Libye, dotés d’un programme clandestin de fabrication d’armes nucléaires et des ressources nécessaires, ont tenté sans succès d’acquérir l’arme nucléaire.

La façon la plus directe d’obtenir un engin explosif nucléaire pour une organisation terroriste serait de l’obtenir par le vol. Il existe plusieurs rumeurs entourant la perte d’engins explosifs, qui auraient été perdus ou volés (Denton, 117) [34] . Les armes nucléaires sont soumises à des mesures de sécurité physique vigoureuses adoptées par les États qui les possèdent (SCRS, 2000). Mais ces mesures ne peuvent entièrement garantir le vol, surtout avec l’instabilité qui affecte l’ex-Union soviétique qui suscite des préoccupations sur la sécurité des armes nucléaires, quoi que peu probable. Il existe des dizaines de milliers d’engins explosifs nucléaires tactiques en Europe de l’Est. Mais même si une organisation terroriste réussissait à mettre la main sur un de ces engins, les experts sont d’avis qu’elle ne pourrait l’utiliser dans un but de le faire détoner. La plupart des engins explosifs nucléaires sont munis d’un dispositif de sûreté appelé «Permissible Action Links». Il s’agit d’un système de verrouillage destiné à prévenir une explosion accidentelle ou non autorisée (DeLeon et Hoffman, 1988: 8; Burke, 2000: 142). L’organisation devrait alors recourir à des explosifs pour le faire exploser. Soulignons que la seule possession d’un engin nucléaire fournirait à une organisation terroriste un potentiel de chantage énorme, même s’il n’est pas détoné.

Les terroristes ne sont pas obligés de fabriquer un engin explosif nucléaire, qui nécessite des quantités suffisantes de matières nucléaires de qualité militaire et une expertise particulière. Ils peuvent disperser du matériel radioactif en utilisant, ce que l’on appelle dans la littérature, un dispositif de dispersion radiologique (RDD). Le moyen le plus simple pour les terroristes serait la fabrication d’une bombe sale, composée d’explosifs accolés à du matériel radioactif (Roberts, 1996). Il existe un précédent à ce sujet. En novembre 1995, des rebelles tchétchènes avaient menacé de transformer Moscou en un «désert éternel» avec un engin explosif et des matières radioactives. Les terroristes avaient simplement placé un paquet contenant une petite quantité de césium-137, une matière radioactive pouvant servir à des fins médicales et industriels, dans le parc Ismailovsky (Burke, 2000: 142; Medd et Goldstein, 1997: 293). Ajoutons le cas récent de l’Américain José Padilla, arrêté en juin 2001 par le FBI et accusé d'avoir préparé un attentat à la bombe sale (AFP, 2002). Le ministre américain de la Justice, John Ashcroft, a affirmé que Padilla s’était rendu en Afghanistan pour s’entraîner au maniement des explosifs et étudier les appareils de dispersion radiologique. Il existe une quantité de matières nucléaires (cobalt-60, césium-137, strontium-90, etc.) et des déchets radioactifs pouvant entrer dans la confection de ce genre d’engin explosif, et que l’on peut trouver dans des installations peu sûres comme les laboratoires de recherche, des hôpitaux et d’industries. La détonation d’une bombe sale ne permettrait pas de provoquer une explosion nucléaire. Elle permettrait néanmoins d’irradier un secteur et forcer sa décontamination.

Il est possible pour une organisation terroriste de fabriquer une bombe sale à partir de plutonium de qualité réacteur. Des quantités importantes de plutonium provenant de combustibles irradiés de réacteurs nucléaires sont utilisées dans la fabrication de combustible MOX. Selon Barnaby [35] , il est possible de séparer chimiquement de ce dernier de l’oxyde de plutonium et de l’utiliser dans une bombe. Cet oxyde pourrait, selon Barnaby, «être contenu dans un récipient sphérique placé au centre d’une grande quantité d’explosifs puissants. Plusieurs détonateurs pourraient être utilisés pour mettre feu aux explosifs. L’onde de choc provoquée par l’explosion pourrait suffisamment comprimer l’oxyde de plutonium pour amorcer une réaction en chaîne». Il poursuit en affirmant que cet engin «pourrait être placé dans une camionnette. Même si la bombe ne peut provoquer d’explosion nucléaire, l’explosion permettrait de disperser le plutonium dans l’air». Soulignons que les particules de plutonium sont hautement toxiques, surtout lorsqu’elles sont inhalées (Makhijani, 1999).

[TOP]

3.2 Agents chimiques

Les agents chimiques ont à l’origine été utilisés à des fins militaires. Ce n’est qu’au moment de la Première guerre mondiale que les agents chimiques furent utilisés massivement par les armées, à la fois par voie terrestre (munitions, obus) et par voie aérienne (bombes, épandage). En avril 1915, des milliers de cylindres contenant du chlore furent répandus sur six kilomètres près de Ypres. Poussé par le vent, le nuage de gaz causa la mort de 5.000 soldats. Plus tard, en juillet 1916, des obus à l’acide cyanhydrique furent employés lors de l’offense de la Somme. Mais c’est en 1917 que l’utilisation d’agents chimiques comme arme de guerre atteignit son apogée avec l’utilisation par les Allemands, dans la région d’Ypres, du gaz moutarde.

Entre les deux conflits mondiaux, on assista à un développement de nouveaux agents chimiques tels le sarin, le soman et le tabun. Du gaz moutarde fut utilisé par l’Italie lors de sa campagne en Éthiopie et par le Japon dans son offensive contre la Chine. Pendant la Deuxième guerre mondiale, les agents chimiques ne furent pas utilisés. Plkus récemment, l’Irak utilisa le cyanure et le tabun contre les troupes iraniennes et du sarin contre les populations kurdes. Pourtant, l’usage d’agents chimiques tout comme celui d’agents biologiques, a été prohibé depuis 1925 par la Convention de Genève.

Les agents chimiques n’ont pas qu’une utilité militaire. Ils peuvent également être utilisés à des fins terroristes. Il existe une quantité de ces agents utilisables, allant d’agents chimiques d’origine militaire aux produits toxiques industriels. Nous présentons dans cette section un aperçu des principaux agents chimiques qui présentent, selon la littérature, un risque particulier pour la sécurité du public. Ces agents sont classés dans les catégories suivantes: agents neurotoxiques, agents vésicants, agents asphyxiants et suffocants.

3.2.1 Agents neurotoxiques

Les agents neurotoxiques sont considérés comme les plus dangereux parmi les agents chimiques. On compte dans cette catégorie: le sarin, le soman, le tabun et le VX. Ils ont été produits dans le passé en grande quantité pour la guerre chimique. Les trois premiers sont identifiés comme des agents G et le dernier comme un agent V. Ces agents neurotoxiques sont des esters organophosphorés qui ressemblent par leurs effets aux insecticides utilisés en agriculture. À la différence des insecticides qui visent à éliminer les insectes, les agents neurotoxiques visent spécifiquement à tuer des individus en interférant avec le système nerveux central. Ils sont des inhibiteurs de la cholinestérase, l’enzyme responsable de l’hydrolisation de l’acétylcholine (un médiateur chimique permettant  la transmission d’influx nerveux jusqu’aux muscles et aux organes) au niveau des terminaisons nerveuses synaptiques (Burke, 2000: 43). L’inhibition de la cholinestérase entraîne une accumulation d’acétylcholine et une hyper stimulation des muscles.

Les agents neurotoxique sont inodores et incolores. Ils peuvent cependant changer de couleur et dégager une odeur fruitée lorsqu’ils sont contaminés par des impuretés. Ces agents se présentent tous sous une forme liquide lorsqu’ils sont produits, d’une texture plus ou moins visqueuse. La volatilité des agents neurotoxiques est variable. Les agents G (sarin, soman et tabun) sont assez volatiles et peu persistants. Le plus volatile  est le sarin. L’agent V (VX) est peu volatil mais très persistant. Il entraîne une contamination durable des vêtements, des matériels et des surfaces (Torres, 2001). Il peut persister durant des semaines dans l’environnement, particulièrement lorsque la température est froide (sous  0oC). Les agents neurotoxiques peuvent être absorbés par l’organisme par inhalation ou par voie cutanée lorsqu’ils sont dispersés sous forme d’aérosol ou de vapeur. La vapeur n’agit que par voie respiratoire, contrairement à l’aérosol qui agit à la fois par voie respiratoire et cutanée. Les agents neurotoxiques sont hautement toxiques et agissent avec une grande rapidité, soit dès que la personne s’y expose. L’agent le plus létal est le VX. Il est environ dix fois plus toxique que le sarin. Une seule particule suffit pour perturber l’activité neurale (Burke, 2000: 43).

Les effets cliniques des agents neurotoxiques sont multiples. On peut les diviser en deux catégories: les effets muscariniques et les effets nicotiniques (Torres, 2001). Les effets muscarinique sont: constriction de la pupille (myosis), vomissements, nausée, incontinence fécale et urinaire, larmoiements, hypersudation, hypersécrétion salivaire, hypotension artérielle, toux, bronchoconstriction, bronchospasme, oedème pulmonaire. Au niveau nicotinique, les effets sont: faiblesses, contractures musculaire, crampes, paralysie des muscles respiratoires.  Une personne faiblement exposée risque de souffrir de constriction de la pupille, d’écoulement nasal et de maux de tête. Une personne modérément exposée risque de souffrir d’une constriction des bronches, de vomissements, d’une quinte de toux et de tremblements. Une personne sévèrement exposée aux agents neurotoxiques, quant à elle, peut tomber dans état de coma, de paralysie et avoir un arrêt cardio-respiratoire (Burke, 2000: 46; Lachance, 2001: 15). L’atteinte du système nerveux central peut entraîner la mort.

Le traitement des personnes exposées aux agents neurotoxique exige une décontamination rapide, le maintien des fonctions vitale et l’administration d’antidotes pour les personnes modérément ou sévèrement intoxiquées. Le principal antidote utilisé est l’atropine et la pralidoxime (Nantel, 1998).

[TOP]

3.2.2 Agents vésicants

Les agents vésicants comprennent: les agents moutardes (gaz moutarde ou ypérite, moutarde azotée, moutarde au souffre), l’oxime de phosgène et le lewisite. Ces agents sont des composés de type organoarsenic qui causent des irritations cutanées et une corrosion des tissus (Lachance, 2001: 18). Ils se présentent sous une forme de liquide huileux qu’on pulvérise. Les agents moutardes sont incolores, mais peuvent avoir une couleur ambrée s’ils comportent des impuretés. On peut détecter leur présence par l’odeur qu’ils dégagent lorsqu’ils sont concentrés. Les agents moutardes dégagent une odeur d’oignon, l’oxime de phosgène a une forte odeur désagréable, et le lewisite une odeur de géranium. Les agents vésicants sont persistants, surtout dans un environnement chaud. L'exposition s'effectue par contact du liquide avec la peau ou de la vapeur avec les tissus exposés (yeux, peau, poumons). La vapeur qu’ils dégagent peut être portée sur une longue distance dans l’air et peut rester présente pendant plusieurs semaine dans l’environnement affecté. Le lewisite est cependant beaucoup moins persistant que les agents moutardes. Pour être létaux, les agents vésicants doivent être employés en grande quantité. Plus d’un million de militaires auraient été exposés à ces agents durant la Première guerre mondiale. Toutefois, seulement 10 % d’entre eux en seraient décédés. Pour cette raison, on considère plus les agents vésicants comme des agents incapacitants (Nantel, 1998).

Les agents vésicants provoquent divers effets. Les agents moutardes ont comme principaux effets de créer une sensation de brûlures sur la peau ainsi que l’apparition de cloques et des irritations aux yeux. Pour sa part, l’oxime de phosphène présente les effets suivants: décoloration de la peau (la peau blanchit), apparition de papules, douleur persistantes sur la peau, irritation des poumons, douleur oculaire. Quant au lewisite, il a des effets semblables: décoloration de la peau (la peau devient grise), apparition de cloques, irritation extrême des poumons, douleur oculaire. Ils ont donc des effets cliniques similaires en ce qu’ils affectent la peau, les yeux et le système respiratoire. Ils se distinguent toutefois par leur rapidité d’action (Lachance, 2001: 18). Les agents moutardes ne produisent aucun effet immédiat. Il y a un délai de 2 à 24 heures entre l’exposition et l’apparition de symptômes. Par opposition,  l’oxime de phosgène et le lewisite provoquent des symptômes dès qu’ils entrent en contact avec la peau et les muqueuses.

Contrairement aux agents neurotoxiques, il n’y a pas d’antidote connu pour ces agents, et aucun test de laboratoire ne semble pouvoir identifier précisément une exposition à ces agents (Burke, 1998: 46). Le traitement pour les personnes exposées à ces agents consiste essentiellement à irriguer immédiatement les yeux, procéder à une décontamination avec de l’eau. Dans le cas du lewisite, on peut appliquer un onguent antibiotique à base de dimercaprol (Nantel, 1998).

[TOP]

3.2.3 Agents suffocants et anoxiants

Les agents suffocants sont des irritants pulmonaires qui entravent l’oxygénation normale de l’organisme. Ils comprennent le chlore, le phosgène et l’ammoniac anhydre. Ces agents agissent principalement sur le corps par inhalation. Le chlore est considéré comme un asphyxiant primaire, car il agit directement sur les tissus par ses propriétés irritantes et corrosives, tout comme l’ammoniac (Lachance, 2001: 15). À faible concentration, ces agents sont filtrés par le nez et ne causent que des irritations des voies respiratoires. Mais à forte dose, ils pénètrent les voies respiratoires intérieures, causes des quintes de toux, de la dyspnée, des douleurs au thorax, des bronchospasmes, qui peuvent mener à un oedème pulmonaire. Dans le cas du phosphène, il s’agit d’un asphyxiant secondaire puisqu’il ne provoque pas d’irritation pulmonaire immédiate. Il est inodore et incolore, et ne peut être détecté sans un équipement spécial. Une fois inhalé par les poumons, il se transforme en une substance irritante et corrosive, qui crée un acide chlorhydrique qui s’attaque aux parois alvéolaires et entraîne un oedème pulmonaire (Lachance, 2001: 15).

Quant aux agents anoxiants, ils sont composés de deux hémotoxiques sanguins dérivés du cyanure: le cyanure d’hydrogène et le chlorure de cyanogène. Ces deux agents ont été utilisés comme arme de guerre chimique lors de la Première guerre mondiale mais également dans les chambres à gaz de prisons américaines. Leur mécanisme d’action consiste à interférer avec «la capacité des cellules du corps à utiliser ou à transporter de l’oxygène» (Lachance, 2001: 15). En plus, ils constituent des irritants pour les yeux et les poumons. Ces agents se présentent sous une forme liquide incolore. Le cyanure d’hydrogène peut toutefois avoir une coloration brunâtre s’il comporte des impuretés. On peut les détecter dans l’air par leur odeur de pâte d’amande, qui n’est détectable que par certaines personnes. Ils pénètrent rapidement dans l’organisme par inhalation. Ils peuvent aussi pénétrer dans l’organisme par contact cutané lorsqu’ils sont utilisés sous forme liquide ou en aérosol (WHO, 2001). Les agents anoxiants sont très toxiques et peuvent tuer une personne en quelques minutes. Ils sont cependant très volatiles et peu persistants.

Une exposition aux agents suffocants et anoxiants fait apparaître divers symptômes. Les agents suffocants provoquent d’abord des irritations des yeux, de la gorge et du nez, des quintes de toux, des nausées et une oppression thoracique. De façon plus importante, ils peuvent provoquer une irritation des muqueuses de l’appareil respiratoire, l’obstruction des voies aérienne, un oedème pulmonaire et l’asphyxie. Les agents anoxiants, pour leur part, provoqueront dans le cas d’une faible exposition une augmentation de la profondeur de la respiration, des étourdissements, des maux de tête et des nausées (Lachance, 2001: 16). Ces agents auront comme conséquence lors d’une exposition prolongée de provoquer un état d’hyper-ventillation, des convulsions et un arrêt cardiaque (Lachance, 2001: 16).

En cas d’exposition aux agents suffocants, on doit procéder le plus rapidement au maintien des fonctions vitales, s’il y a lieu, et à la décontamination du corps avec de l’eau. Dans le cas d’un oedème pulmonaire, on doit ventiler et oxygéner mécaniquement les victimes. Il est possible d’utiliser la N-acétylcystéine pour les personnes exposées au phosphène (Lachance, 2001: 16). Quant aux personnes exposées aux agents anoxiants, elles peuvent être traitées à l’aide de trousse d’antidote contre les cyanures (Nantel, 1998; Lachance, 2001: 16).

[TOP]

 

Tableau 2: Les agents chimiques pouvant servir à des fins terroristes

Agent

Symptômes

Décontamination

Persistance

 

Agents neurotoxiques

 

Tabun (GA)

Salivation
Larmoiement
Urination
Défécation
Problèmes intestinaux
Vomissements

Enlever les vêtements contaminés
Laver la victime à l’eau savonneuse.

Nettoyer les objets avec de l’eau et 5% de javellisant.

1 à 2 jours si très concentré

 

Sarin (GB)

1 à 2 jours, s’évapore avec de l’eau

 

Soman (GD)

Modéré, 1 à 2 jours

 

Agents V (VX)

Élevé, 1 semaine si forte concentration

Volatile comme de l’huile à moteur

 

Agents vésicants

 

Moutarde au soufre (H)

Irrite en premier la cellule et l’empoisonne. Conjonctivite, rougeurs sur la peau, ampoules, irritation nasale, inflammation de la gorge et des poumons..

Enlever les vêtements contaminés
Laver la victime à l’eau savonneuse.

Arroser copieusement les objets avec un mélange d’eau et de javellisant à 5%.

Très élevé, quelques jours à quelques semaines

 

Gaz moutarde

 

Moutarde d’azote (HN 1,3)

Modéré

 

Lewisite (L)

Douleur immédiate suivie de cloques

Quelques jours, hydrolisation rapide avec l’humidité

 

Oxime de phosphène (CX)

Douleur immédiate suivie de nécroses, équivalent à une brûlure au second et troisième degré

Faible, deux heures sur le sol

 

Agents asphyxiants et anoxiants

 

Cyanure d’hydrogène (AC)

Peau rouge cerise ou cyanose dans ≈ 30% des cas. La victime semble chercher de l’air. Paralysie précédant la mort. Effet similaire à l’asphyxie mais plus soudaine.

Enlever les vêtements contaminés. Laver la victime à l’eau savonneuse.

Arroser copieusement les objets avec un mélange d’eau et de javellisant à 5%.

1 à 2 jours, très volatile

 

Chlorure de cyanogène (CK)

Dispersion et évaporation rapides

 

Faible

 

Source: Center for biological defense (2001). WMD Quick Reference Guide. University of South Florida.

 

3.2.4 Acquisition et dissémination des agents chimiques

Il existe plusieurs façons pour des terroristes d’acquérir des agents chimiques. Les attentats au sarin qui ont été perpétrés au Japon par la secte Aum Shinrikyo et la récente diffusion par le réseau CNN de films montrant des terroristes du réseau Al-Qaeda en train d’expérimenter des agents chimiques sur des chiens ont démontré que des terroristes pouvaient fabriquer eux-mêmes des agents chimiques. La secte aurait produit plusieurs agents tels que le sarin, le tabun et le VX. Pour y parvenir, elle avait recruté des diplômés universitaires en sciences et bénéficiait d’un financement important, qui lui permettait de se procurer l’équipement et les installations nécessaires à leur fabrication (Brackett, 1996). Les agents chimiques sont fabriqués à partir de certains précurseurs qui doivent être traités en laboratoire. Il est possible de fabriquer des agents chimiques comparables aux agents de guerre chimique en utilisant des précurseurs relativement simples, comme l’alcool isopropylique et le trichlorure de phosphore dans le cas du sarin (McGeorge, 1986: 59). À cet égard, la police japonaise avait saisi au quartier général de la secte, après l’attentat du métro de Tokyo, 500 barils de trichlorure de phosphore (Brackettt, 1996). Ces précurseurs sont plus faciles d’accès que les matières nucléaires et radioactives qui sont nécessaires la fabrication d’un engin explosif nucléaire.

Il n’est cependant pas nécessaire que les terroristes fabriquent eux-mêmes des agents chimiques. Les terroristes peuvent se procurer des produits chimiques chez des fournisseurs agricoles et industriels légitimes. Il existe des centaines de produits chimiques très toxiques qui peuvent être directement utilisés, notamment le parathion (un insecticide) et le cyanure, qui sont produits en grande quantité aux États-Unis (Cordesman, 2001: 2). Plusieurs de ces agents chimiques peuvent être achetés avec des restrictions minimales (Purver, 1995).  Par ailleurs, les agents chimiques peuvent au même titre que les matières nucléaires faire l’objet d’un vol ou d’une transaction sur le marché noir. Les stocks d’agents chimiques sont considérables dans le monde. Des États complices avec certaines organisations terroristes qui sont dotés d’un programme de production d’agents chimiques pourraient fournir ces agents [36].

Les agents chimiques seraient, selon les experts, plus faciles à produire qu’à disséminer (Cordesman, 1998; Purver, 1995). Bien que ces agents puissent être très toxiques, ils s’avère difficile pour des terroristes de les disséminer efficacement. Il existe plusieurs moyens qui peuvent être employés à cette fin. Les attaques terroristes impliquant des agents chimiques ont démontré qu’il n’était pas nécessaire que des terroristes utilisent des moyens très sophistiqués pour parvenir à leur but. Un agent chimique peut simplement être placé dans un contenant et être ensuite ouvert afin que les vapeurs toxiques s’en échappent. La secte Aum Shinrikyo avait utilisé ce modus operandi lors de l’attaque au sarin dans le métro de Tokyo en 1995. Le sarin, sous une forme liquide, avait été placé dans des sacs de plastique dans différents wagons du métro et perforés à l’aide de la pointe d’un parapluie. Cette méthode de dissémination n’exigeait pas de grandes capacités techniques.Les individus chargés de percer les sacs devaient simplement s’assurer qu’aucun liquide toxique ne les éclabousse (Brackett, 1996).

Les agents chimiques présentent aussi un risque d’être utilisés sous forme d’aérosol ou de pulvérisateur. Un aérosol permet de projeter dans l’air des particules, sous forme liquide ou solide, suffisamment petites pour rester dans l’air et être inhalés par les poumons. On retrouve sur le marché divers générateurs d’aérosol et appareils pulvérisateur servant au domaine de l’agriculture, mais pouvant également être utilisés par des terroristes pour disséminer des agents chimiques et biologiques. Par exemple, un avion-pulvérisateur pourrait être utilisé, permettant de disséminer un agent en grande quantité et sur une large superficie. Des terroristes liés au réseau d’Oussama ben Laden établis aux États-Unis avaient montré un intérêt pour ce genre de dispositif. Le FBI avait trouvé lors d’une perquisition après les attentats du 11 septembre un guide sur la technique de pulvérisation par avion. La dissémination d’un aérosol peut aussi se faire avec un véhicule fumigène. La secte Aum Shinrikyo avait utilisé un véhicule similaire modifié pour disséminer dans l’air d’un quartier résidentiel en banlieue de Tokyo de la vapeur de sarin (Brackett, 1996). Parmi les agents chimiques, seul le sarin est suffisamment volatile pour être disséminé sous forme de vapeur (Purver, 1995).

D’autres méthodes permettent de disséminer des agents chimiques. Les terroristes peuvent utiliser des explosifs pour répandre dans l’air des particules toxiques. Les terroristes islamiques qui ont perpétré l’attentat contre le Word Trade Center en 1993 avaient utilisé un procédé similaire en joignant à un engin explosif du cyanure de sodium, qui s’était désintégré lors de l’explosion. La plupart les agents chimiques peuvent être incorporés à des armes explosives et thermogènes (Purver, 1995). Toutefois, cette méthode ne peut être la plus efficace puisque la plupart des agents chimiques sont sensibles aux températures élevées. Les agents chimiques peuvent aussi être dispersés pour contaminer une source d’approvisionnement d’eau. Pour y parvenir, une grande quantité d’un produit chimique devrait être déversée, qui risquerait de toute façon d’être éliminée par le processus de filtration et de purification (Purver, 1995). Soulignons également que plusieurs agents chimiques, tels que les dérivés des organophosphorés, ne peuvent être efficaces étant donné qu’ils s’hydrolysent dans l’eau (Purver, 1995).

Les agents chimiques présentent un plus grand risque s’ils sont disséminés dans des espaces fermés. À l’extérieur, l’efficacité des agents chimiques dépend des conditions ambiantes, qui sont difficiles à contrôler. Les espaces fermés les plus à risque sont tous ceux qui sont dotés d’un système d’approvisionnement en air, tels les immeubles publics, les stades à coupole et les réseaux de tunnels, où peuvent se trouver des milliers de personnes (Cordesman, 1998; Purver, 1995). L’attaque au sarin avait démonté la vulnérabilité de ces derniers à une dissémination d’agents chimiques.

[TOP]

3.2.5 Incidents terroristes impliquant des agents chimiques

Les agents chimiques ont fait l’objet de plusieurs menaces d’utilisation par certains groupes ou encore ont été effectivement utilisés par d’autres. On retrouve quelques cas de menaces relatés par Purver (1995) de contamination de produits alimentaires qui n’ont pas fait de victimes. Par exemple, le groupuscule Animal Liberation Front avait prétendu avoir contaminé en 1984 des friandises Mars avec un raticide pour protester contre la compagnie qui finançait la recherche sur les singes. Il s’agissait d’un canular qui avait forcé la compagnie à retirer du marché des millions de produits Mars. Une allégation similaire avait été faite par le groupuscule Animal Rights Militia en 1992. Il avait prétendu avoir injecté du liquide servant à nettoyer les fours dans les friandises Cold Buster se trouvant sur les rayons de magasins de l’Ouest du Canada pour protester contre l’utilisation d’animaux dans les recherches de la compagnie. Le distributeur des friandises Cold Buster avait immédiatement retiré dix milles friandises de quelque 250 points de vente. Le même groupuscule avait fait circuler une rumeur en 1994 prétendant que des dindes de Noël avaient été contaminées avec un raticide, pour protester contre l’abattage de dindes. Des milliers de dindes avaient été retirées du marché ou retournées par des consommateurs. D’autres cas de menaces d’utilisation d’agents chimiques sont survenus mais ne concernaient pas les produits de consommation. L’Alphabet Bomber avait en 1974 affirmé qu’il possédait des agents neurotoxiques d’origine domestique et qu’il s’apprêtait à tuer le Président des États-Unis. Seul un colis contenant une substance toxique avait été envoyé par l’individu à un juge de la Cour suprême, qui n’avait eu aucune conséquence. En 1992, des extrémistes de droite avaient également menacé de disséminer du cyanure d’hydrogène dans une synagogue en Allemagne.

Quelques incidents, également relatés par Purver (1995), impliquant l’utilisation effective d’agents chimiques sont néanmoins survenus. Un premier incident est la contamination au mercure, survenue à la fin des années 70, d’agrumes d’Israël par des terroristes palestiniens. Des agrumes contaminés avaient été retrouvés dans plusieurs pays d’Europe (Pays-Bas, Belgique, Allemagne, Royaume-Uni). La contamination avait comme objectif de nuire à l’économie israélienne. Une douzaine d’individus avaient été intoxiqués par ces agrumes. En 1976, l’administration des Postes américaines avait saisi un colis suspect contenant une charge explosive destinée à faire exploser un contenant d’agent neurotoxique. Un groupe terroriste arabe avait été soupçonné d’être à l’origine. En 1992, le Parti des travailleurs kurdes avait déversé dans des réservoirs d’eau d’un camp de l’armée turque, à Istanbul, du cyanure de potassium. La présence de l’agent chimique avait été décelée à temps sans faire de victime. Un autre incident est survenu en 1994, à Dushande, au Tadjikistan. Une quinzaine d’individus (neuf militaires et six civils) étaient décédés après avoir bu du champagne contaminé au cyanure acheté près d’un camp militaire qui abritait les membres d’une force de maintien de la paix. Deux vendeurs de boissons avaient été arrêtés selon les autorités pour «avoir perpétré un geste terroriste prémédité contre des militaires russes».

Aucun de ces incidents liés aux agents chimiques ne visait à commettre un meurtre de masse. Ce n’est qu’avec les attaques de Matsumoto et du métro de Tokyo qu’un agent chimique (le sarin) a été produit et utilisé en vue d’un meurtre de masse. Il s’agissait d’un scénario qui avait été pendant longtemps envisagé par les experts du terrorisme et les services de renseignement.

[TOP]

3.2.6 Aum Shinrikyo et les attentats au sarin

La secte Aum Shinrikyo (Vérité Suprême) a entamé ses activités d’organisation religieuse en 1987. Son fondateur est Chizuo Matsumoto (alias Asahara Shoko), un ancien acupuncteur et instructeur de yoga qui prétendait être le seul à avoir atteint la vérité suprême. Au fil des années, la secte est une devenue une organisation comptant 10 000 membres et disposant de ressources financières importantes. En 1989, l’organisation avait tenté de se faire reconnaître par le gouvernement comme corporation religieuse, mais ne réussit pas en raison d’une série de plaintes adressées contre elle. Suite à une série d’actions en justice, la secte obtint finalement le statut de corporation religieuse. Mais cela ne mit pas fin aux plaintes dirigées contre l’organisation. En juillet 1989, Asahara mit sur pied le Parti de la vérité suprême en vue de faire élire des membres de l’organisation au parlement. Le but de cette action politique était, selon le dirigeant de la secte, de faire connaître les enseignements de l’organisation et d’offrir le salut à la population. Il s’agissait en réalité d’une campagne de relations publiques avec la population. Aucun des 25 candidats présentés à un scrutin tenu l’année suivante ne fut élu. Cet échec électoral a constitué une source de frustration pour l’organisation et fut l'un des éléments qui la conduisit à une radicalisation (Karmon, 1999). Aum croyait que l’échec à l'élection était le résultat d'un complot. Peu de temps après, le leader de la secte annonçait que l’organisation devait se préparer pour la fin du monde. Le dirigeant de la secte disait anticiper une attaque atomique, biologique ou chimique qui détruirait le Japon. En 1993, la secte créait son propre gouvernement en opposition au gouvernement japonais (comprenant 24 ministères et agences) et débutait son plan de fabrication de sarin (Reader, 1997: 81).

La secte Aum Shinrikyo a entrepris dès 1990 la production d’agents biologiques pathogènes. La secte avait tenté de les utiliser à quelques occasions, mais sans succès. La secte s’était alors tournée vers la production d’agents chimiques, dirigée par Masami Tsuchiya, docteur en physique organique et en chimie. Disposant de sommes importantes, la secte avait mis sur pied un laboratoire (d’une valeur estimée à un million de dollars), très sophistiqué, permettant de produire des agents chimiques tels le tabun, le VX et le sarin (Brackett, 1996: 115). La production d’agents chimiques par la secte débuta en 1992. Les premiers tests de l’agent chimique avaient été conduits sur des moutons, sur une propriété de la secte située en Australie, avant d’être expérimenté sur des citoyens de Tokyo.

[TOP]

3.2.7 L'attentat de Matsumoto

Au printemps 1994, Aum Shinrikyo avait tenté une première attaque au sarin contre le leader de l’organisation bouddhiste Soka Gakkai. La secte avait utilisé un véhicule modifié pour disséminer le sarin et l’avait stationné près de l’immeuble où sa cible prenait la parole. L’attaque fut un échec en raison d’un disfonctionnement du dispositif de dissémination. Celui-ci, au lieu d’éjecter la vapeur toxique vers l’immeuble, s’enflamma et la fit pénétrer à l’intérieur du véhicule (Brackett, 1996: 29) [37].

L’attaque de Matsumoto constitua un second test pour la secte dans l’emploi du sarin. Mentionnons qu’au cours de l’année 1994, Aum Shinrikyo avait été impliqué dans un litige concernant un terrain que la secte désirait acquérir près de Mastumoto. Sachant que le terrain allait tomber dans les mains de la secte et que celle-ci y établirait un de ses bureaux, le propriétaire avait entrepris une poursuite au civil contre l’organisation. Le litige avait été devant les tribunaux pendant plusieurs mois. Les juges impliqués dans le dossier devaient rendre leur décision en juillet. Craignant une décision défavorable, Asahara avait ordonné l'exécution d’une attaque au sarin contre les juges pour éviter qu’ils ne se prononcent pas sur le litige (Brackett, 1996: 28). L’attaque devait servir du même coup à tester la dernière quantité de sarin produit par le «ministère des sciences et technologies» de la secte et de tester à nouveau le véhicule fumigène. Les scientifiques de la secte avaient mis au point un dispositif de dissémination contrôlé par ordinateur, comprenant trois réservoirs de sarin, un appareil de chauffage et un ventilateur permettant de disperser l’agent chimique (Brackett, 1996: 30).

Le 27 juin 1994, le commando s’était arrêté sur la route pour acheter des vêtements de travail pour se déguiser et modifier avec de la peinture les plaques d’immatriculation de leurs véhicules. Il semble que c’est cet arrêt sur la route qui aurait sauvé la vie des juges. Le commando avait stationné à 17 h le véhicule à proximité du palais de justice, situé au cœur du centre-ville de Matsumoto, en vue de disséminer le sarin vers l’entrée de l’immeuble. Mais les juges avaient déjà quitté l’édifice pour se rendre à leur résidence. Le commando connaissait l’endroit où habitaient les juges. Il avait alors décidé de lancer l’attaque à proximité du lieu de résidence des juges, une banlieue tranquille de Kita Fukashi.

Le commando stationna le véhicule fumigène dans un stationnent d’un supermarché à proximité des appartements des juges. Avant de disséminer le sarin, les six membres du commando s’étaient injectés de l’atropine et avaient mis des masques respiratoires. Le dispositif de dissémination avait ensuite été actionné. Comme prévu, le dispositif avait transformé le sarin en une vapeur toxique, dirigée vers les appartements des juges, situé quelque trente pieds plus loin (Brackett, 1996: 33). Avant d’activer le dispositif, le commando n’avait cependant pas évalué les conditions météorologiques. L’efficacité du sarin, comme on l’a vu précédemment, dépend de la température et particulièrement du facteur éolien. Au lieu de se diriger précisément sur les résidences des juges, la plus grande quantité de vapeur toxique s’était dirigée dans une direction opposée.

Le sarin fut disséminé pendant 20 minutes. Le sarin utilisé était composé en partie d’alcool isopropyl, qui donnait une couleur bleu cobalt au sarin (Brackett, 1996: 33. Une quantité supérieure à celle requise avait été utilisée, créant ainsi du fluoride d’hydrogène. En entrant en contact avec l’air chaud, la mixture avait créé instantanément un nuage de vapeur blanche autour du véhicule fumigène. Cette situation imprévue avait alors obligé le commando à quitter les lieux à toute vitesse, craignant d’être intoxiqué et repéré à cause de la vapeur (Brackett, 1996: 34). Quelques minutes suffirent pour que les effets de la vapeur toxique se fassent sentir dans un rayon de 500 mètres. Malgré le vent qui soufflait dans la mauvaise direction, les trois juges furent incommodés par la vapeur, dont un intoxiqué sérieusement. La majorité des individus incommodés par le sarin étaient les locataires des immeubles d’habitation près du lieu de résidence des juges. Le bilan de l’attaque fut de 7 morts et 20 blessés (Brackett, 1996: 37). Les personnes sérieusement incommodées ou mortes intoxiquées par la vapeur furent celles dont les logements avaient des portes ou des fenêtres ouvertes, ou qui étaient dotés d’un système d’air climatisé. Plusieurs résidents souffrirent de convulsions musculaires, de maux de tête violents et de vomissements. L’attaque entraîna le traitement de plus de 500 personnes et l’hospitalisation de 59 d’entre elles (Brackett, 1996: 38). Mais ce ne fut que quelques jours plus tard que des tests en laboratoire permirent d’identifier formellement l’agent toxique comme du sarin. Ils permirent également de constater qu’il s’agissait de sarin d’une pureté exceptionnelle.

[TOP]

3.2.8 L'attaque du métro de Tokyo

Le second attentat au sarin fut perpétrée par la secte dans le métro de Tokyo le matin du 20 mars 1995. Cette attaque aurait été perpétrée pour empêcher un raid imminent de la police japonaise dans les installations de la secte.

L'opération fut menée par cinq équipes composées chacune de deux personnes. Dans chaque équipe, une personne devait pénétrer dans le métro avec le sarin et l’autre devait attendre à l’extérieur de la station de métro dans une voiture. Pour ce faire, le sarin avait été placé dans des sacs de plastique scellés, qui étaient recouverts d’un autre sac de plastique pour empêcher toute fuite accidentelle (une quantité minime au contact de la peau est fatale) . Au total, 11 sacs de sarin ont été préparés contenant chacun 20 onces de liquide toxique (Brackett, 1996: 126). Les membres de la secte devaient transporter chacun deux sacs de sarin, à part un qui devait en transporter trois (Brackett, 1996: 127). Les sacs de sarin étaient dissimulés par ceux qui les transportaient à l’aide d’un journal.

L’attaque au sarin se déroula simultanément sur trois lignes du métro de Tokyo: les stations Hibya, Marunouchi et Chyoda. Ces lignes convergent vers la station de Kasumigaseki, qui est située à proximité de plusieurs agences gouvernementales et du quartier général de la police nationale. Le modus operandi était relativement simple. Les sacs de sarin furent déposés sur le sol à l’intérieur du wagon et perforés à l’aide de l’extrémité d’un parapluie. Placé à l’intérieur de wagons, les sacs de sarin une fois percés permettaient à l’ouverture des portes des wagons de laisser échapper la vapeur neurotoxique dans toute la station.

Le sarin se répandit rapidement dans l’air des stations de métro. Bon nombre d’usagers avaient constaté la présence d’une odeur inhabituelle dans l’air. Bon nombre avaient les yeux qui piquaient, d’autres avaient la nausée. Les pires cas furent ceux des personnes qui se trouvaient aux stations Tsukiji, Kasumigaseki, Kamiyacho et Kodenmacho, près de l’endroit où les sacs de sarin avaient été percés (Brackett, 1996: 135). À la station Kamiyacho, plusieurs individus furent affectés par une violente toux, des convulsions, sans compter ceux qui étaient inconscients sur le quai d’embarquement. Le plus grand nombre d’usagers qui avaient utilisé les trois lignes visées par l’attaque s’étaient tout de même rendu au travail, les premiers symptômes n’apparaissant que plus tard.

Malgré l’odeur étrange présente dans les wagons et les nombreux usagers affectés physiquement par la vapeur, il n’y eut aucun mouvement de panique. Les usagers ignoraient qu’il s’agissait d’une attaque terroriste. Une évacuation des stations de métro suivit. Le premier appel d’urgence avait été reçu à 8 h 09 par les services des incendies de Tokyo, soit 9 minutes après le début de l’attaque.  En tout, 131 ambulances et 1 364 techniciens d’urgence furent dépêchés sur les lieux (WHO, 2001).

Bilan des victimes de cette attaque: 12 morts, 54 personnes blessées gravement et environ 980 personnes blessées modérément et légèrement [38]. L’attaque aurait pu faire des milliers de morts si le liquide toxique avait été répandu sur les planchers directement ou encore disséminé pendant un chaud après-midi, favorisant une évaporation plus rapide du liquide toxique. Le nombre de morts aurait aussi pu être supérieur si le sarin avait été plus concentré. La production précipitée du sarin avait entraîné la formation d’impuretés dans le liquide toxique, réduisant sa pureté à 30 % (Brackett, 1996: 125).

Le jour de l’attaque, 641 personnes intoxiquées furent admises au St. Luke’s International Hospital, situé à proximité de la scène de l’attentat. Ohbu (1997: 531) fournit une bonne descritption de la situation. Les victimes qui étaient dans un état critique souffraient de convulsions généralisées, d’arrêts cardio-pulmonaires. Plusieurs étaient inanimées. Les victimes atteintes modérément (dont quatre femmes enceintes) souffraient, pour leur part, de vomissements, de difficultés respiratoires, de douleurs musculaires et de maux de têtes sévères. Parmi celles-ci, 106 furent gardées sous observation pour la nuit. Quant aux personnes légèrement blessées, la majorité souffrait de problèmes ophtalmologiques et d’étourdissement. Elles purent repartir après six heures d’observation. La grande majorité des victimes de l’attaque purent quitter l’hôpital le cinquième jour. Soulignons que le personnel de l’hôpital fut aussi incommodé par une contamination secondaire (maux de tête, nausée, etc.) Au moment où les victimes de l’attaque furent amenées à l’hôpital, les autorités médicales n’avaient aucune information indiquant que l’incident avait été causé par une vapeur toxique. Les autorités médicales avaient été mal informées à propos d’une explosion de gaz qui aurait causé un empoisonnement au monoxyde de carbone. Ce ne fut qu’avec une déclaration officielle de la police présentée à la télévision, environ trois heures après l’incident, que les autorités médicales surent qu’il s’agissait du sarin (WHO, 2001). Dans de telles circonstances, la décontamination des victimes n’avait pu être entreprise.

[TOP]

3.3 Agents biologiques

Les agents biologiques ont, comme les agents chimiques, d’abord été utilisés à des fins militaires. Au Moyen-Age, des rats ou des cadavres infectés de la peste étaient catapultés dans les villes assiégés. En 1763, l’armée anglaise avait utilisé des couvertures infectées par la variole pour mettre un frein à la rébellion amérindienne de Fort Pitt. Lors de la Deuxième guerre mondiale, les Japonais avaient expérimenté le charbon contre des prisonniers de guerre chinois et l’avait utilisé en Chine centrale. Après cette guerre, l’Angleterre et les États-Unis avaient entrepris des essais du charbon dans l’île de Guinard en Écosse. Aujourd’hui, plusieurs pays sont suspectés d’avoir des armes biologiques dans leur arsenal, malgré l’interdiction dont elles sont l’objet.

Les agents biologiques sont aussi susceptibles d’être utilisés comme armes par les terroristes. Plusieurs incidents liés à ces agents, qui seront présentés plus loin, ont démontré que les terroristes avaient un intérêt pour ces agents. Bien sûr, leur probabilité d’utilisation et discutable. Bon nombre d’entre eux sont considérés comme des armes potentielles en raison de leur capacité à être utilisés sous forme d’aérosol. Nous dressons dans cette section un aperçu des principaux agents biologiques pathogènes qui constituent, selon la littérature, un risque spécifique pour la santé publique en raison du risque infectieux qu’ils présentent. Ces agents sont classés dans les catégories suivantes:  agents bactériens, agents viraux et toxines biologiques.

3.3.1 Agents bactériens

Les agents bactériens sont définis par Lachance (2001: 3) comme des «micro-organismes unicellulaires qui ont la capacité de se reproduire et de survivre dans l’environnement (eau, air, sol) et affecter les être humains». Les principaux agents bactériens susceptibles de causer une infection grave, sinon la mort, sont: le charbon (anthrax), la peste, la tularémie et la fièvre Q. Parmi ceux-ci, le charbon est considéré par les experts comme l’agent bactérien le plus dangereux.

Le charbon est une maladie bactérienne qui se contracte le plus souvent accidentellement par un contact cutané avec des animaux infectés (du bétail en particulier) ou des produits d’origine animale. La bactérie pathogène à l’origine de la maladie est le bacille charbonneux. La contamination  se fait par des spores du bacille, qui constituent la forme persistante de la bactérie dans l’environnement. Au contact avec la peau, les spores pénètrent dans la peau et entraînent la formation de pustules (Association médicale canadienne, 1998). La rupture des pustules laisse échapper un liquide noirâtre. Les lésions créées par les spores ne sont apparemment pas douloureuses et peuvent guérir rapidement avec l’administration de pénicilline. La contraction de la maladie peut aussi se faire par inhalation de spores dispersées en aérosol. Cette forme pulmonaire de la maladie du charbon est plus rare, mais est beaucoup plus grave. C’est sous forme inhalée que la bactérie charbonneuse est le plus redoutée en cas d’attaque terroriste (Sitruk, 2001). Aum Shinrikyo avait déjà tenté d’aérosoliser des spores, mais sans succès. Les spores du bacille charbonneux se mettent à germer dès qu’elles pénètrent dans l’organisme et sont en contact avec le sang et les tissus (Sitruk, 2001). La sporulation entraîne l’apparition rapide de la maladie et un risque de décès très élevé. À preuve, un accident survenu en 1979 à Sverdlovsk, en Russie, dans une usine d’armes biologiques, avait cuasé 96 cas d’inhalation de spores, dont 64 personnes qui en étaient décédées (Meselson, et Guillemin, 1994).

Les symptômes d’une contamination à la bactérie charbonneuse par voie cutanée prennent d’un à six jours avant d’apparaître. Par voie aérogène (aérosol), les symptômes prennent d’une à six semaines avant de se manifester. Une incubation allant au-delà de six semaines est attribuable au fait que les spores sont dans un état dormant dans les poumons et qu’elles n’ont pas encore entamé leur germination (WHO, 2001: 7). Les effets cliniques d’une contamination par voie aérogène apparaissent en deux temps. Les premiers effets qui apparaissent s’apparentent à ceux de la grippe (maux de tête, toux, frissons, fatigues, vomissements, inconfort au niveau du thorax). Une détérioration rapide peut survenir entraînant une fièvre intense, une grave difficulté respiratoire et une hémorragie qui touche les poumons et la plèvre (Association canadienne médicale, 1998). Les personnes qui entrent dans la seconde phase meurent généralement (95 %) en quelques heures (Sitruk, 2001). Il existe un traitement à l’aide d’antibiotiques (ciprofloxacin et de doxycycline). Le traitement doit être administré au maximum dans les 48 heures suivant l’inhalation des spores. On suggère également d’administrer ces antibiotiques aux personnes qu’on croit avoir été exposées aux spores afin de prévenir l’appariation de la maladie (Cieslak et Eitzen, 1999).

L’utilisation des autres agents bactériens (peste, choléra, tularémies, fièvre Q) comme arme terroriste est plus hypothétique, mais est tout de même évoquée par les experts du terrorisme. La peste est une maladie infectieuse causée par la bactérie de Yersin. Cette bactérie peut être transmise à l’homme par la piqûre de tiques de rongeurs pesteux. Il s’agit d’une bactérie très virulente pour l’homme. Elle est à l’origine de deux formes de la maladie: la forme bubonique et la forme pneumonique. La forme bubonique est la plus courante (85 %). La forme pneumonique, pour sa part, représente environ 2 % des cas. Elle résulte d’une exposition des voies respiratoires à la bactérie de Yersin par l'intermédiaire d'expectorations émanées par un malade atteint de la forme pulmonaire de la maladie. Elle pourrait également résulter d’une dissémination de la bactérie dans l’environnement par des terroristes.

Les effets cliniques de la maladie dépendent de la forme que celle-ci prend. S’il s’agit de la forme bubonique, les principaux symptômes, qui apparaissent entre un à six jours, seront l’apparition de bubons à différentes parties du corps (aine, cou, aisselles), d’une poussée de fièvre et de malaises. Les personnes infectées qui ne sont pas traitées ont 60 % de chances de mourir (Lachance, 2001: 5). Quant à la forme pneumonique, les symptômes, qui apparaissent suite à une période d’incubation de deux à trois jours, sont multiples: frissons, forte fièvre, forte toux, expectorations sanglantes, dyspnée et cyanose. La forme pneumonique peut être mortelle en l’absence d’un traitement précoce. Il est possible de traiter les personnes atteintes par des antibiotiques qui doivent être administrés dans les 24 heures après l’apparition des premiers symptômes. La streptomycine en assure le traitement dans la plupart des cas. Les personnes infectées risquent dans 100 % des cas de mourir par un arrêt respiratoire si elles ne sont pas traitées (Lachance, 2001: 5; Pike, 1998). 

Le choléra est une maladie infectieuse à caractère épidémique causée par le vibrion cholérique. Cette bactérie «se fixe aux tissus du petit intestin, causant une sursécrétion de liquide qui a pour effet d’entraver la capacité du gros intestin à absorber les liquides» (Lachance, 2001: 4). La bactérie est transmise essentiellement par l’eau. À des fins de terrorisme, elle devrait être utilisée en grande quantité pour contaminer des réserves d’eau et provoquer la maladie (Pike, 1998). Elle ne présente pas de risque sérieux d’être utilisé par aérosol. La bactérie fait apparaître des symptômes entre 12 à 72 heures. La majorité des individus frappés par la bactérie ne tombent pas malade. Pour d’autres, la bactérie va provoquer des vomissements, des crampes intestinales, des maux de tête une diarrhée grave. La maladie doit être traitée aux antibiotiques (tétracycline), sans quoi elle entraîne la mort. Presque tous les malades atteints de choléra peuvent être sauvés par une réhydratation précoce, et seulement 1 % en décède (Lachance, 2001: 5).

La tularémie est un autre agent biologique potentiel pouvant servir d’arme. Cet agent à déjà fait partie de l’arsenal biologique américain. Il s’agit d’une maladie infectieuse et contagieuse causée par le bacille Francisella tularensis. Comme la peste, il s’agit d’une maladie épidémique d’origine animale, qui est transmissible à l’homme accidentellement à l’occasion de contacts avec des animaux sauvages infectés (le lièvre principalement) et aussi des piqûres de tiques. Elle peut être transmissible par voie cutanée, par ingestion ou inhalation de particules contaminées. La bactérie se transmet facilement par inhalation et aérosol, d’où son intérêt éventuel pour les terroristes (WHO, 2001: 16). Par inhalation, la bactérie crée une forme pulmonaire de la maladie. La bactérie ne peut cependant être transmissible d’une personne à l’autre. La période d’incubation est de 1 à 14 jours. Les symptômes d’une exposition sont une toux sèche, de la fièvre, une pneumonie, une enflure des ganglions lymphatiques. Les personnes affectées peuvent être traitées avec des antibiotiques (tétracycline). Près de 30 % des personnes qui en sont affectés en meurent, si la maladie est diagnostiquée tardivement ( Burke, 2000: 90).

La fièvre Q (coxiellos) peut également constituer une arme du bioterrorisme. Elle a aussi été une arme faisant parti de l’arsenal d’armes biologiques des États-Unis avant son démantèlement. La fièvre Q est une maladie infectieuse causée par la bactérie rickettsia burnetii. La bactérie est principalement transmise par certains animaux (bovins, moutons) ou au contact de produits d’origine animale (cuir, laine) et de poussières virulentes. La transmission de la bactérie se fait surtout par voie respiratoire. Pour être utilisées comme arme terroriste, les matières infectées doivent être aérosolisées (Burke, 2000: 93; Lanchance, 2001: 5). La période d’incubation de la maladie est de 10 à 20 jours. La maladie se présente sous une forme de forte grippe (fièvre avec des frissons, une transpiration abondante et des maux de tête). Environ 50 % des personnes qui en sont atteintes développeront une pneumonie. La mortalité due à la bactérie est faible. Seulement de 1 à 3 % des gens infectés mourront suite à une infection. Pour cette raison, la fièvre Q est plus susceptible d’être utilisée comme un agent incapacitant (Pike, 1998). Pour traiter la fièvre Q, on utilise souvent la tétracycline comme antibiotique.

[TOP]

3.3.2 Agents viraux

Les agents viraux sont aussi des micro-organismes. À la différence des agents bactériens, qui sont des micro-organismes capables de se reproduire et de survivre dans l’environnement, les agents viraux sont des virus «plus petits que les bactéries et ne peuvent se reproduire qu’à l’intérieur d’une cellule qu’ils parasitent» (Lachance, 2001: 3). Les principaux agents viraux susceptibles de constituer une arme pour des terroristes sont: la vérole, les fièvres hémorragiques et l’encéphalopathie équine.

Le virus de la variole constitue le deuxième agent biologique le plus dangereux après le charbon. Le virus de la variole peut être transmis d’une personne à l’autre, principalement par voie aérogène (Henderson, 1999: 2129).  Malgré l’éradication du virus de la variole survenue au début des années 80 par un recours massif à la vaccination, la variole présenterait un sérieux risque pour la santé publique si elleétait utilisée par des terroristes. L’exposition d’une population à ce virus serait catastrophique [39] . Le virus de la variole est très stable en aérosol et la dose infectieuse est minime (Henderson, 1999: 2128). De plus, la variole comme arme biologique représente une menace en raison de son taux de létalité. La variole pose un problème par la rapidité avec laquelle elle peut se répandre dans la population et sa période de contagion. Une dissémination clandestine du virus par aérosol à un petit groupe d’individus (50 à 100 personnes) risquerait de se répandre à une population beaucoup plus large, en raison du temps nécessaire au diagnostic des premiers cas de la maladie, qui est d’environ deux semaines en raison de sa période d’incubation (Henderson, 1999: 2132).

La période d’incubation du virus est de 12 à 14 jours après une exposition. L’infection débute avec l’implantation du virus dans l’oropharynx ou la muqueuse respiratoire. Après la période d’incubation, le virus fait apparaître chez la personne infectée une fièvre élevée, des malaises et des maux de tête. Il s’agit de la phase pré-éruptive qui dure entre deux à trois jours. Suivant cette phase, le virus se manifeste par une éruption de vésicules sur diverses parties du corps (visage, bras, pharynx, membres inférieures), qui se transformeront en pustules (Lévy-Bruhl et Guérin, 2001: 2; Henderson, 1999: 2129). Le seul traitement contre la variole est la vaccination et l’isolement. La vaccination qui suit l’exposition ou qui est faite à l’intérieur d’une période de deux à trois jours suivant l’exposition offre une protection presque complète contre la maladie (Henderson, 1998). Les risques qu’une personne infectée meure après avoir été vaccinée est de 3 %, alors que 30 % des personnes non vaccinés sont condamnées (Lachance, 2001: 8).

Les agents des fièvres hémorragiques constituent des virus très pathogènes, principalement les virus de la fièvre jaune et le virus de la fièvre d’Ebola. Ces virus, en particulier l’Ebola, sont très virulents mais leur capacité d’être utilisée à des fins terroristes est aussi hypothétique (Pike, 1998). Ces virus n’ont jamais été utilisés comme arme biologique. Leur possibilité de dissémination par aérosol en fait néanmoins des armes biologiques potentielles. D’ailleurs, Aum Shinrikyo avait déjà tenté de se procurer un échantillon du virus d’Ebola en Afrique (Olson, 1999). Ces virus causent principalement des saignements internes incontrôlables. Le virus de la fièvre jaune est transmit par une piqûre de moustique, alors que le virus de l’Ebola est transmis par contact direct d’une personne. Les symptômes de ces virus prennent entre trois à dix jours avant d’apparaître. Les personnes exposées auront de la fièvre, des saignements cutanés et aux muqueuses. Dans la plupart des cas, il peut survenir un encombrement pulmonaire et la mort (Lachance, 2001: 9). Parmi ces virus l’Ebola est très létal. Entre 50 et 90 % des personnes infectées en meurent.

Un dernier virus pouvant être utilisé à des fins de terrorisme est l’encéphalomyélite équine. Ce virus pathogène a été dans le passé utilisé dans le cadre du programme d’armes biologique américain. Il s’agit d’un virus qui est à l’origine d’une maladie inflammatoire chez les équidés (chevaux, ânes, mules). Le virus provient d’oiseaux et de rongeurs et peut se trouver dans les œufs de moustiques adultes contaminés. Le virus peut se transmettre par voie aérogène (aérosol) et par une piqûre d’un moustique infecté. Il affecte spécifiquement les méninges et le cerveau (Lachance, 2001: 7). La période d’incubation du virus chez une personne infectée est de un à cinq jours. Chez la plupart des personnes atteintes, le virus crée une faiblesse généralisée et des maux de tête. Les infections graves au virus se caractérisent par l’apparition d’une forte fièvre, de maux de tête violents, de vomissements, de convulsions et d’une paralysie (Lachance, 2001: 7). Le virus est rarement fatal (moins de 1 %), et seule une faible proportion des personnes infectées développeront des encéphalites. Néanmoins, 100 % des personnes exposés contracteront la maladie. Pour cette raison, on considère cet agent pathogène plus comme un agent incapacitant (Burke, 1998: 101; Pike, 1998). Il n’existe pas de traitement spécifique pour ce virus.

[TOP]

3.3.3 Toxines biologiques

Les toxines biologiques sont des substances toxiques qui proviennent d’un organisme vivant (animaux, plantes, bactéries). Elles sont considérées plus toxiques que la plupart des produits chimiques industriels (Lachance, 2001: 3). Les principales toxines biologiques qui peuvent être utilisées comme armes biologiques sont: la toxine botulinique, la toxine ricine et l’enterotoxine B.

La toxine botulinique est l’un des plus puissants poisons connus. Elle a été intégrée à plusieurs programmes d’armes biologiques de divers pays (Japon, ex-Union soviétique, Irak, etc.). Aum Shinrikyo avait déjà tenté d’utiliser à quelques reprises la toxine en la disséminant en aérosol, mais sans succès (Arnon, 2001). La toxine est secrétée par la bactérie Clostridium botulinum et est à l’origine du botulisme, une infection grave. Elle est présente dans le sol et le sable ainsi que dans l’organisme de plusieurs animaux. Le plus souvent, l’infection résulte d’une consommation d’un aliment en conserve contaminé par la toxine. La toxine peut être ingérée ou inhalé par voie aérogène (aérosol). L’infection se manifeste rapidement, selon la quantité de toxine ingérée par la personne. Le plus souvent, les symptômes d’une intoxication apparaissent dans les 12 à 72 heures qui suivent. La toxine botulinique a comme effet principal de bloquer la transmission entre les neurones et les muscles, créant ainsi une paralysie. Les premiers symptômes d’une intoxication sont des troubles de la vue, une sécheresse de la bouche et une difficulté à avaler. Une contamination plus grave peut provoquer un changement du timbre de la voix causé par une paralysie des cordes vocales et un arrêt-cardio-respiratoire. Les personnes gravement intoxiquées peuvent être traitées avec un antitoxine (Lachance, 2001: 9).

La toxine ricine est aussi l’une des substances toxiques les plus violentes qui soient. Les services secrets bulgares l’avaient utilisé pour assassiner un dissident exilé en Angleterre en 1978. Elle est extraite de la graine de ricin, une plante d’allure arbustive cultivée sans restriction. La toxine se trouve en forte concentration dans la capsule des graines. L’intoxication à la toxine ricine peut se faire par injection, par ingestion de produits alimentaires contaminés et par dispersion sous forme d’aérosol de ricine liquide ou lyophilisée. La toxine ricine a comme effet lorsqu’elle est ingérée de provoquer des produits gastro-intestinaux sévères (diarrhée, vomissement, coliques), une déshydratation et un état de choc suivant une perte massive de liquide organique, et un décès. Par voie aérogène (aérosol), elle crée des lésions à l’appareil respiratoire menant progressivement à un oedème pulmonaire et à une grave détresse respiratoire (Burke, 2000: 112). Il n’existe pas d’antidote spécifique.

Quant à l’entérotoxine B, elle est secrétée dans l’organisme par la bactérie du staphylocoque doré. Cette toxine est une source fréquente d’empoisonnement alimentaire. La contamination peut se faire par l’ingestion d’aliments contaminés. Elle peut également pénétrer par voie respiratoire suivant une aérosolisation, d’où son intérêt possible pour des terroristes (Burke, 2000: 110; Pike, 1998). Bien qu’elle peut causer la mort, l’entéroxtine B est considérée comme une arme biologique potentielle dû à son potentiel à incapaciter un très grand nombre de personnes simultanément. Les symptômes qui sont dus à une intoxication varient selon le mode d’exposition. Si ingérée, la toxine provoque des vomissements et la diarrhée. Suivant une exposition à un aérosol, les symptômes sont des problèmes gastro-intestinaux (coliques, vomissements, diarrhée) qui apparaissent de trois à douze heures suivant une exposition. En cas d’une exposition sévère à la toxine, la personne est en proie à une détresse respiratoire grave, un syndrome de choc toxique et peut décéder (Lachance, 2001: 9). Il n’existe pas de vaccin ni d’antidote spécifique à cette toxine.

[TOP]

 

Tableau 3: Les agents biologiques pouvant servir à des fins terroristes

Agent

Incubation

Létalité

Persistance

Dissémination

Agents bactériens

Charbon

1–5 jours

3–5 jours fatale

Très stable

Aérosol

Peste

1–3 jours

1–6 jours fatale

Extrêmement stable

Aérosol, vecteur

Choléra

12 heures–6 jours

Faible avec traitement
Élevée sans traitement

Instable
Stable en eau salée

Aérosol
Contamination d’eau

Tularémie

1–10 jours

2 semaines modérée

Très stable

Aérosol

Fièvre Q

14–26 jours

Semaines?

Stable

Aérosol, sabotage

Agents viraux

Variole

10–12 jours

Élevée

Très stable

Aérosol

Fièvres hémorragiques

4-21 jours

Élevée

Instable

Aérosol,

contact direct

Encéphalopathie équine

1–6 jours

Faible

Instable

Aérosol, vecteur

Ebola

4–6 jours

7–16 jours

Instable

Aérosol, contact direct

Toxines biologiques  

Toxine botulinique

Heures à jours

Élevée sans traitement

Stable

Aérosol
Sabotage

Enterotoxine B

1–6 jours

Faible

Stable

Aérosol
Sabotage

Toxine ricine

Heures à jours

10–12 jours

Stable

Aérosol
Sabotage

Source: Center for biological defense (2001). WMD Quick Reference Guide. University of South Florida.

 

3.3.4 Acquisition et dissémination des agents biologiques

Plusieurs agents biologiques peuvent donc être utilisés par des terroristes. Encore faut-il que ceux-ci les acquièrent et réussissent à les disséminer.  Il existe diverses façons par lesquelles ils peuvent les acquérir. La première façon est de les produire en obtenant des souches de bactéries. Plusieurs agents pathogènes sont présents à l’état endémique. Des souches de ces agents peuvent être prélevées et isolées à partir de sources naturelles (Purver, 1995; Pearson, 1998). La bactérie à l’origine du charbon est présente à un état endémique dans plusieurs régions du monde et pourrait être prélevée, par exemple, d’une carcasse animale infectée. Les toxines, pour leur part, ne peuvent être obtenues de cette façon. Elles doivent être produites par un processus de synthèse chimique, puisqu’elles ne sont pas des micro-organismes vivants mais plutôt des dérivés (Pearson, 1998).

La façon la plus rapide pour des terroristes d’obtenir des souches virales ou bactériennes est de les voler de laboratoires de recherche, qui sont relativement faciles d’accès (Purver, 1995). Mais certaines souches sont quasi inaccessibles, comme celles du virus de la variole. Seuls deux instituts de recherche possèdent le virus de la variole, l’un situé à Atlanta et l’autre à Novossibirsk, en Russie. Une autre façon rapide d’obtenir ces souches est par l’intermédiaire de fournisseurs légalement autorisés à fournir des pathogènes à des établissements de recherche. Des spécimens de cultures virales et bactériennes pouvaient être obtenus jusqu’à récemment, par exemple, à l’American Type Culture Collective (ATCC) de Rockville au Maryland. Pour obtenir des spécimens de cultures, il suffisait de prouver que la commande provenait d’un chercheur d’un laboratoire certifié (Purver, 1995). C’est ce que L. Wayne, membre du groupuscule néo-nazi Aryan Nations, avait tenté de faire dans l'Ohio en commandant par la poste, sous le couvert d’un faux laboratoire de recherche, des souches de la peste bubonique, au coût de 240 $ (South Poverty Center, 1997). Lors de son arrestation, l’individu prétendit avoir acheté ces souches pour réaliser des expériences pour la rédaction d’un manuel sur les agents de guerre biologiques. Deux Canadiens avaient aussi tenté en 1984 d’obtenir des souches pathogènes par l’entremise de la même compagnie. En se faisant passer pour des microbiologistes de l’entreprise ICM Science, ils avaient placer une commande téléphonique à l’ATCC pour obtenir de la toxine botulinique. Ils avaient été arrêtés par le FBI lorsqu’ils prirent possession de la fausse toxine (Purver, 1995).

La production d’agents biologiques n’est cependant pas si facile qu’on puisse le croire.  Elle nécessite des connaissances en microbiologie, des connaissances techniques sur la culture des agents pathogènes et leur manipulation, ainsi qu’un accès à des outils de production, qui ne sont pas à la portée de la plupart des organisations terroristes (Cordesman, 2002). La seule organisation terroriste ayant réussi à produire des agents biologiques en quantité suffisamment grande pour réaliser un meurtre de masse est la secte Aum Shinrikyo. Pour arriver à produire la bactérie charbonneuse et la toxine botulinique, la secte avait consacré des sommes importantes à la mise sur pied d’un laboratoire et avait recruté des individus diplômés en microbiologie disposant des connaissances techniques et scientifiques nécessaires à leur production. Autrement, les terroristes peuvent tenter d’obtenir directement les agents biologiques grâce à une aide extérieure. Plusieurs gouvernements qui ont soutenu des groupes terroristes possèdent des stocks d’armes biologiques.

Selon les experts, la dissémination des agents biologiques poserait plus de problème que leur acquisition. À titre d’exemple, la secte Aum Shinrikyo a réussi à produire la bactérie charbonneuse et la toxine botulinique, mais sans être capable de les disséminer de façon à ce qu’elles aient un effet quelconque sur la santé de la population. Il existe diverses méthodes permettant de disséminer des agents biologiques. Les méthodes les plus fréquentes que l’on cite dans la littérature sont: la contamination de réserves d’eau et d’aliments, la dispersion à l’aide d’engins explosifs, la dissémniation par des matières inertes (colis, enveloppes) et la dissémination par aérosol, dans un milieu ouvert ou fermé (Purver, 1995).

La contamination de réserves d’eau est difficile à réaliser avec des agents biologiques, tout comme celle impliquant des agents chimiques. Le processus de purification d’eau est conçu pour enlever les impuretés dans l’eau, dont les pathogènes. La contamination d’aliments à l’aide d’agents biologiques est plus probable. La secte Rajneesh avait employé avec succès cette méthode en 1984 contre les habitants d'une localité de l’Oregon aux États-Unis en contaminant les buffets de plusieurs restaurants avec l’agent de la typhoïde. Quant à la dissémination d’agents biologiques avec des engins explosifs, elle est selon les experts difficile à réaliser puisque la détonation produit une chaleur et un choc qui sont susceptibles de tuer les micro-organismes (Pearson, 1998).

La dissémination par matières inertes et par aérosol présente la plus grande menace du terrorisme biologique. Les cas récents de contamination au charbon survenus aux États-Unis ont impliqué l’envoi de la bactérie charbonneuse sous forme de poudre sèche dans des enveloppes. Quelques personnes avaient été gravement contaminées de cette façon, certaines en sont même mortes. La dissémination d’agents pathogènes par aérosol, pour sa part, n’exige pas de la part des terroristes qu’ils recourent à un dispositif sophistiqué. Des pulvériseurs commerciaux peuvent être utilisés, comme ceux qui sont employés dans le domaine de l’agriculture (South Poverty Center, 1997). Il est également possible de modifier un véhicule de façon à ce qu’il puisse disperser ces agents. La secte Aum Shinrikyo avait utilisé ce procédé en ajoutant à un véhicule un ventilateur et un conduit d’échappement spécialement conçu pour disperser la toxine botulinique, qui n’avait eu aucun effet. La dispersion par aérosol est pernicieuse puisqu’elle peut se faire sans attirer l’attention de quiconque et ne donne aucune indication qu’une attaque terroriste est en cours (Pearson, 1998).

Mais la dissémination par aérosol est aléatoire, comme en témoignent les attentats manqués de la secte Aum Shinrikyo. Les micro-organismes sont sensibles au processus mécanique de pulvérisation et aux conditions météorologiques (rayonnements du soleil, smog, etc.), qui peuvent altérer leur virulence (Purver, 1995). Selon les experts, des agents biologiques utilisés en soirée par un temps frais, humide et légèrement venteux pourrait être particulièrement dangereux. L’aérosolisation d’un agent biologique présenterait un risque encore plus grand s’il était réalisé dans un espace clos tels le réseau de métro et les immeubles où l’air est climatisé par un système central (Purver, 1995). Encore faut-il que le générateur d’aérosol permette de disperser des particules suffisamment petites pour être inhalées par les poumons. Les particules doivent avoir une dimension de 2 à 5 microns. Les particules plus grosses peuvent être difficilement inhalées et ont de la difficulté à rester suspendues dans l’air. Il s’agit là de l’aspect le plus difficile de l’aérosolisation (Pearson, 1998; Cordesman, 2002: 38).

[TOP]

3.3.5 Incidents terroristes impliquant des agents biologiques

On retrouve dans la littérature plusieurs incidents impliquant des agents biologiques. Ces incidents peuvent être divisés selon les catégories suivantes: les canulars, les cas de possession d’un agent biologique en vue de l’utiliser et les cas réels d’utilisation d’un agent biologique.

Plusieurs incidents impliquant des agents biologiques ne sont que des canulars. Le groupuscule Counter Holocaust Lobbyists of Zion est à l’origine de l’un d’eux (Tucker, 1999). Le groupe avait fait parvenir en avril 1997 un colis suspect au siège social de l’organisation internationale juive B’nai B’rith à Washington (United State Fire Administration, 1997). C’est la fuite d’un liquide rouge du colis qui avait attiré l’attention d’un employé chargé de la distribution du courrier. Le colis avait été ouvert par un agent de sécurité, qui avait trouvé à l’intérieur une note sur laquelle figuraient des propos menaçants. L’agent de sécurité avait placé le colis à l’extérieur de l’édifice et contacté la police. Celle-ci demanda l’assistance des services des incendies lorsqu’ils aperçurent le mot anthrax sur l’étiquette du colis. Peu de temps après l’ouverture du colis, plusieurs employés s’étaient plaints de vertiges et de maux de têtes, des indicateurs permettant de croire à une présence additionnelle d’un agent chimique. Après une attente de neuf heures suite à l’ouverture du colis, les résultats de l’analyse révélaient qu’aucun agent biologique ou chimique ne se trouvait dans le colis, mais qu’il s’agissait d’un canular. Un autre canular avait été, quant à lui, perpétré à Ottawa, le 30 janvier 2001. Un colis suspect avait été envoyé aux bureaux de la ministre de la Citoyenneté et de l’Immigration, Elinor Caplan. L’analyse de la substance trouvée à l’intérieur révélait qu’il s’agissait bien d’un agent bactérien, mais qu’il était inoffensif. Cet incident avait obligé l’évacuation de quelque 1 500 personnes.

On retrouve dans la littérature quelques cas de possession d’un agent biologique en vue de l’utiliser contre des personnes. En 1972, des membres du groupuscule Order of the Rising Sun, un groupe oeuvrant pour la création d’une race supérieure, avait été trouvés en possession d’une trentaine de kilogrammes de cultures de la bactérie de la typhoïde (Salmonella typhi), qui devaient servir à contaminer les réserves d’eau de la ville de Chicago (Tucker, 1999). En 1985, le FBI avait trouvé dans un bâtiment appartenant à des membres du groupuscule The Covenant, The Sword and the Arm of the Lord 33 gallons de cyanure, qui étaient destinés à contaminer une réserve d’eau municipale dans le nord de l’Arkansas (Tucker, 1999). Un autre cas de possession est survenu en 1992 impliquant des membres du groupe anti-taxation Minnesota Patriots Council, qui furent reconnus coupable de conspiration visant à utiliser la toxine ricine (une once presque pure) pour tuer des agents fédéraux (Purver, 1995).

Quant aux cas réels d’utilisation d’agents biologiques, on n’en retrouve peu dans la littérature. Un premier cas fut la contamination avec bactérie de la typhoïde par la secte Rajneesh dans le comté de Wasco en Oregon en 1984 (Tucker, 1999). Les membres de la secte avaient contaminé les buffets de différents restaurants afin d’empêcher les résidents du comté d'aller voter. La contamination avait provoqué l’intoxication de 750 personnes, dont 45 avaient dû être hospitalisées. La secte Aum Shinrikyo est aussi à l’origine d’attentats manqués avec des agents biologiques entre 1990 et 1993. En tout, la secte a tenté à deux reprises de disséminer la toxine botulinique et une fois de disséminer des spores du charbon (Brackett, 2000; Tucker, 1999). Une première tentative de dissémination de la toxine botulinique avait eu lieu en avril 1990. La secte avait utilisé un véhicule modifié pour disséminer la toxine autour du parlement japonais. La deuxième tentative avait eu lieu en juin 1993. La secte avait tenté de perturber le mariage du Prince Naruhito en disséminant la toxine dans le centre-ville de Tokyo en utilisant un véhicule similaire à celui utilisé précédemment. Quant à la dissémination de spores du charbon, elle avait eu lieu aussi en juin 1993. Les spores avaient été dispersées avec un pulvériseur placé sur le toit d’un immeuble de Tokyo appartenant à la secte. Aucune de ces tentatives n’a fait de victime. Seule la dissémination des spores d’anthrax a causé  la mort de quelques animaux et une mauvaise odeur dans le quartier (Olson, 1999).

Les autres cas d’utilisation d’agents biologiques sont survenus après les attentats du 11 septembre aux États-Unis. Des lettres contaminées au bacille du charbon avaient été envoyées par la poste à des journaux, des chaînes de télévision et à des parlementaires du Parti démocrate. Plus de 40 personnes avaient été exposées à la bactérie, mais sans nécessairement contracter la maladie (AFP, 2001). Parmi ces personnes, on avait diagnostiqué 22 cas de maladie: 12 personnes atteintes de la forme cutanée, 10 personnes atteintes de la forme pulmonaire, dont cinq en sont mortes. Près de dix mois après ces attaques, le FBI n’avait toujours arrêté personne. L’hypothèse d’une origine terroriste extérieure avait été privilégiée, croyant que les attaques étaient l’œuvre du réseau Al-Qaeda (Jarreau, 2001). Le FBI avait par la suite réorienté son enquête sur la piste des spécialistes des armes biologiques travaillant aux États-Unis. La comparaison des souches de la bactérie trouvées dans les enveloppes et celles de laboratoires ont permis au FBI de constater qu’elles étaient identiques à celles de l’unité de recherche Fort Detrick, dans le Maryland. Parmi les employés de cette unité, Steven Hatfill, un ex-chercheur qui avait travaillé en 1999 sur la façon d’envoyer des bacilles du charbon par courrier, avait attiré l’attention du FBI, le qualifiant de «personne considérée avec intérêt» (Jarreau, 2001).

[TOP]

3.4 Réaction au terrorisme à caractère chimique et biologique

Les autorités considèrent les incidents terroristes à caractère chimique et biologique comme une menace. Si bien qu’elles ont adopté différentes mesures pour s’y préparer. Dans cette section, nous verrons un aperçu des mesures adoptées par les autorités américaines et canadiennes. Ces mesures de préparation sont centrées sur ce que l’on appelle la gestion des conséquences et le renforcement des systèmes d’intervention d’urgence.

3.4.1 Mesures de préparation aux États-Unis

Les autorités américaines se sont engagées activement à se préparer depuis quelques années à faire face à des incidents terroristes majeurs, spécifiquement ceux qui pourraient impliquer des matières dangereuses. Pour ce faire, l’administration américaine a mis sur pied le U.S. Domestic Preparedness Program. Elle prend très au sérieux la menace que présente cette forme de terrorisme. On peut le voir dans le budget fédéral qui allouait pour l’année fiscale 2000 la somme de 1,5 milliards de dollars pour renforcir le programme de préparation. Ainsi, le gouvernement américain a créé le programme de préparation le plus complexe et le plus coûteux de ce genre. Pour une bonne description de ce programme et ses composantes, nous nous référerons aux rapports présentés par Falkenrath (2000) et Ban (2000).

Les autorités américaines ont progressivement mis en place le programme de préparation après l’attentat au sarin dans le métro de Tokyo en 1995. Cet attentat avait provoqué des interrogations sur les capacités des grandes villes américaines, comme New York, à faire face à un incident similaire. On constatait qu’un nombre important de premiers répondants intervenus lors de l’incident avaient été sérieusement incommodés parce qu’ils n’étaient pas prêts à intervenir dans ce genre de situation, et qu’il était donc nécessaire de fournir la formation et l’équipement adéquats aux personnes pouvant être amenées à intervenir dans un scénario semblable.

Une première initiative fut lancée par la Maison Blanche en 1995 avec la directive 39, qui faisait appel à une intensification des efforts par l’administration fédérale pour lutter contre le terrorisme, y compris les actes terroristes à caractère chimique et biologique. La directive ne prévoyait cependant pas une plus grande part du budget fédéral consacrée à cette fin. En même temps, le U.S. Marine Corps mettait sur pied une nouvelle force d’intervention pouvant être déployée pour des incidents terroristes à caractère chimique. Dans la même période, une mesure plus importante fut adoptée par le Congrès. Celui-ci adoptait la Defense Against Weapons of Mass Destruction Act of 1996 (Nunn-Lugard-Demenici Program). Ce programme visait spécifiquement à préparer les premiers répondants des collectivités locales à assumer une gestion des conséquences appropriée à de tels incidents (Falkenrath, 2000: 3). Le Congrès accorda pour l’année budgétaire 1997 100 millions de dollars pour mettre en œuvre ce programme. Le programme actuel de préparation constitue son prolongement (Falkenrath, 2000: 3).

Le programme de préparation relève du U.S Justice Department. Au sein de ce dernier, le FBI occupe un rôle important. Au départ, le rôle du FBI au sein du programme consistait presque uniquement à fournir la formation et l’équipement nécessaires aux agences des collectivités locales et des États. Suite à l’adoption en 1996 de l’Anti-Terrorism and Effective Death Penalty Act, le FBI prit plus de place dans le programme. En 1997, le National Institute of Justice reçut un crédit de 10 millions de dollars pour développer la technologie contre-terroriste nécessaire, alors que le Bureau of Justice Assistance débutait un programme visant à équiper les pompiers et le personnel d’autres services d’urgence de 120 juridictions urbaines. En 1998, le Congrès alloua la somme supplémentaire de 17 millions de dollars pour la création du Special Equipment and Training Grant Program. Ce programme a été mis sur pied par l’Office for State and Local Domestic Preparednesss, du U.S Justice Department, qui avait augmenté le budget du FBI pour lui permettre de mettre sur pied une nouvelle unité spécialisée, la Hazardous Materials Response Unit. On conféra alors à cette unité le mandat de fournir une expertise de laboratoire sur le matériel nucléaire, chimique et biologique ainsi qu’un entraînement pour les agents spéciaux du FBI. Et puis, la même année, fut créé au sein du FBI le National Domestic Prepardness Office (NDPO), un bureau chargé d’effectuer la liaison avec les agences des communautés locales et des États concernées par la préparation.

Le U.S. Defense Department prit aussi plus de place dans le soutien aux opérations de préparation en créant 10 unités spéciales de la Garde nationale, connues sous le nom de WMD Civil Support Teams. Le rôle de ces équipes, composées chacune de 22 membres, est d’assister les premiers répondants des collectivités locales à détecter et identifier les matières dangereuses (Ban, 2000: 127). Elles peuvent être déployées à n'importe quel endroit dans leur région, dans un délai de quatre heures. En 2000, leur nombre passait à 27.

Une autre mesure fut adoptée par l’Office of Emergency Preparedness (OEP) du Departement of Health and Human Services (DHHS). Puisque les services d’urgence des communautés locales constituaient le premier maillon dans la chaîne d’intervention, l’OEP s'engagea dans le cadre du Metropolitan Medical Response System Program (MMRS) à fournir les capitaux nécessaires aux autorités locales pour qu’elles élaborent des plans d’intervention permettant de faire face à un incident similaire à celui de Tokyo. L’aide offerte par l’administration fédérale était également destinée à la formation des professionnels de la santé et des premiers répondants, à l’achat de produits pharmaceutiques et à la planification des mesures prophylactiques. En tout, 74 collectivités locales avaient adhéré au MMRS. L’OEP a comme objectif d’augmenter ce nombre à 120 d’ici 2005 (Ban, 2000: 157). L’OEP considère que le MMRS a un impact positif puisqu’il crée une collaboration entre les services de santé, de sécurité publique ainsi que le milieu de la sécurité nationale (Ban, 2000: 158).

Le programme de préparation mis sur pied en 1995 était jusqu’en 1998 consacré essentiellement à la gestion des conséquences d’incidents à caractère chimique. La raison principale était que les autorités croyaient plus probable qu’un incident semblable à celui de Tokyo survienne aux États-Unis (Falkenrath, 2000: 8). Peu de mesures de préparation n’étaient alors consacrées aux incidents bioterroristes. Ceux-ci n’impliquent pas la même dynamique d’intervention d’urgence, puisque les conséquences d’un incident bioterroriste, s’il n’est pas déclaré, risquent d’être observées dans les institutions de santé et par le personnel médical, qui assumera le rôle de premier répondant. Il est fort possible qu’il ne puisse y avoir de scène de crime évidente, contrairement aux incidents chimiques et radiologiques, étant donné que les effets d’une exposition aux agents pathogènes prennent du temps à apparaître et que les personnes contaminées sont mobiles (Falkenrah, 2000: 10). L’agent pathogène peut aussi continuer à se propager sur une période de temps indéfini, comme ce serait le cas avec la variole. Pour ces raisons, la préparation aux incidents bioterroristes repose essentiellement sur l’intervention du domaine médical et de la santé.

L’intégration de ce secteur s’est faite graduellement (Ban, 2000: 153).  Jusqu’en 1998, le programme de préparation américain n’était pas en mesure de fournir une réponse adéquate à un incident terroriste à caractère biologique. Cependant, en 1999, l’administration fédérale augmentait le budget accordé au DHHS à 161 millions pour permettre aux Centers for Disease Control and Prevention, l’instrument principal de la lutte contre le bioterrorisme, de procéder au stockage de produits pharmaceutiques, à la mise au point de nouveaux vaccins et au soutien des systèmes de surveillances de communautés locales et des États. En 2000, le budget du DHHS passa à 260 millions (Falkenrath, 2000: 10).

Le DHHS a mis sur pied quatre équipes spécialisées regroupées sous le nom de National Medical Response Teams for Weapons of Mass Destruction (NMRTWMD). Elles sont basées en Caroline du Nord, au Colorabo et en Californie, et ont pour mandat de dispenser les services médicaux et assister les intervenants des communautés locales lors d’incidents biochimiques (Ban, 2000: 156). Chaque équipe est composée de 50 membres, qui sont pour la plupart des physiciens, des infirmières, des paramédicaux et autres professionnels du domaine de la santé. Le DHHS dispose aussi de 24 équipes appelées Disaster Medical Assistance Teams (DMAT), qui peuvent fournir des services de triage et de soins médicaux lors de tout incident biochimique pour une période de 72 heures.

[TOP]

3.4.2 Mesures de préparation au Canada

En réponse au rapport du Comité spécial du Sénat sur la sécurité et les services de renseignement, présidé par W. Kelly, en 1999, le gouvernement canadien s’était engagé à renforcer la capacité du Canada à faire face aux incidents terroristes biochimique. On peut donner un aperçu des mesures prises par les autorités canadiennes à cette fin [40] .   

Au Canada, le mécanisme principal permettant de faire face aux incidents terroristes, y compris ceux à caractère chimique et biologique, est le Plan national de lutte contre le terrorisme. Il contient des dispositions relatives à la gestion des conséquences permettant aux autorités de faire face aux attentats biochimiques (Santé Canada, 2000).

La gestion des conséquences repose sur les compétences de plusieurs organismes. Protection civile Canada (PCC) y tient une place particulière. Il est prévu par le plan que cet organisme n’intervienne que si les possibilités de réaction des autorités provinciales sont insuffisantes (Santé Canada, 2000). Comme aux États-Unis, la lutte contre le terrorisme incombe au gouvernement fédéral [41] , alors que la gestion des conséquences est décentralisée et relève ici des autorités provinciales. Le gouvernement dispose également de l’Équipe mixte GRC/MDN d’intervention en cas d’urgence biologique et chimique (EMIUBC). Celle-ci doit jouer un rôle de soutien auprès des autorités locales pour les aider à gérer un incident  terroriste à caractère biochimique.  Ses membres sont formés pour appliquer des mesures de décontamination, neutraliser le dispositif de dissémination et prélever des échantillons de l’agent à des fins d’identification et de preuve pour la tenue de l’enquête criminelle. Le gouvernement canadien peut aussi compter sur le Centre de recherche pour la défense (CRDS) situé à Suffield en Alberta. Il assure un soutien scientifique à l’égard des agents chimiques et biologiques, et se livre aussi à des activités de recherche et de développement entourant le développement de vaccins et l’amélioration des techniques de détection, de protection et de décontamination [42] .

Il est prévu selon le Plan national de lutte contre le terrorisme que, si un incident  terroriste à caractère chimique ou biologique survient, le Groupe consultatif interministériel en matière de politique (GCIMP) est mobilisé. Ce groupe est formé de représentants de la GRC, du SCRS, de la PCC, du  MDN et Santé Canada. Le GCIMP est chargé de conseiller le gouvernement, assurer la coordination des interventions du fédéral et d’entretenir des contacts avec les autorités provinciales (Santé Canada, 2000). Santé Canada, pour sa part, assure la liaison avec le Groupe spécial d’évaluation de la menace (GSEM), qui comprend des spécialistes de divers domaines (médical, sciences, militaire, renseignement de sécurité, gestion des conséquences, application de la loi), et qui est en mesure de donner son avis sur la crédibilité de la menace (Santé Canada, 2000).

Pour mieux se préparer à faire face à un incident terroriste à caractère chimique, biologique, voire radiologique, le gouvernement fédéral a adopté récemment une série de mesures. Il a d’abord annoncé la création d’un comité consultatif national sur la sécurité et la recherche en matière d’agents chimiques, biologiques et radiologiques. Ensuite, il a injecté 5,6 millions de dollars pour l’achat d’antibiotiques et d’antidotes pour traiter les personnes qui pourraient être exposées à ces agents, augmentant ainsi sa capacité de traitement à 100 000 personnes. Il allouait aussi la somme de 2,1 millions de dollars pour améliorer le réseau pancanadien de laboratoire et 1,6 millions de dollars pour la formation des premiers répondants. Il a aussi mandaté l’organisme R&D pour la Défense Canada (RDDC) à coordonner un fond de 170 millions visant à améliorer la réponse pour  protéger le pays contre le terrorisme chimique, biologique et radiologique.

Le Solliciteur général du Canada administre également le Programme de préparation opérationnel (PPO). L’un des objectifs de ce programme est de renforcir la capacité des premiers répondants à intervenir lors d’incidents terroristes à caractère chimique et biologique. À ce titre, il a aidé plusieurs villes canadiennes à organiser des exercices de simulation dans le but de tester les plans d’urgence et les capacités d’intervention des premiers répondants. L’une de ces simulations s’est tenue à Montréal en juin 2000. L’exercice «Centauri 2000» avait réuni plus d’une trentaine d’organisations, dont le Centre de sécurité civile, le Service de police de la Ville de Montréal et la Sûreté du Québec. Personne n’était informé à l’avance, pour permettre que l’évènement soit le plus réaliste possible (Girard, 2000). L’exercice avait duré plus de 24 heures. Une simulation semblable avait eu lieu à Vancouver en septembre 1997. La GRC avait simulé un détournement d’avion par des terroristes, suivi d’une attaque au tabun. Cette simulation avait réuni plus de 500 personnes et avait duré un peu plus de deux jours.

Suite...

[TOP]


[27] Voir Robertson, N. (2001). Disturbing scenes of death show capability with chemical gas. CNN. (http://www.cnn.com/2002/US/08/19/terror.tape.chemical/index.html)

[28]   Par exemple, Jamal Abdel Hamid Yussef rationalisait les opérations suicides de l’Izzedine al-Qassam, l’aile militaire du Hamas, en affirmant: «Our suicide operations are a message that our people love death. Our goal is to die for the sake of God, and if we live we want to humiliate Jews and trample on their necks

[29]   Peter Krömer dirige la section chargée des trafics liés aux substances radioactives ainsi qu’aux armes chimiques et biologiques.

[30]   Pour être considéré comme hautement enrichi, l’uranium doit avoir une concentration en isotope 235 supérieurs à 20 %. Lorsque cette concentration atteint 90 %, l’uranium peut être utilisé pour la confection d’une arme nucléaire.

[31]   La seule matière fissile présente dans la nature est l’uranium 235 qui compose 0,7 % de l’uranium naturel (99,3 % étant de l’uranium 238). Pour être utilisé dans les réacteurs à haute pression, l’uranium est enrichi jusqu’à 3 et 4 % (d’isotope 235). Les engins explosifs nucléaires demandent un enrichissement à plus de 90 % effectué dans une usine de traitement.

[32]   Le combustible irradié est dissout dans de l'acide. Par la suite, on sépare chimiquement le plutonium de cette solution. Ce plutonium peut être utilisé comme combustible de réacteur ou comme explosif pour les engins explosifs nucléaires.

[33]   Les experts estiment qu’environ 5 000 scientifiques provenant de l’ex-Union soviétique ont des connaissances sur les techniques d’enrichissement et du retraitement des matières fissiles et la conception d’engins explosifs nucléaires.

[34]   Une rumeur circulait selon laquelle 23 têtes nucléaires provenant d'un dépôt auraient été égarées durant leur transfert en mars 1992.

[35]   Frank Barnaby est physicien nucléaire et ancien directeur du Stockholm International Peace Resarch Institute. Ses propos ont été tenus lors d’une conférence de presse organisée par le Service mondial d'Information sur l'Energie et l'Environnement (WISE-Paris) en novembre 1997 à l’occasion de la publicartion du rapport Évaluation des impacts sociaux de l’utilisation de combustible au plutonium MOX dans les réacteurs à eau légère.

[36]   Plusieurs États soupconnés d’apporter une aide à certaines organisations terroristes se sont dotés d’un programme de production d’agents chimique. Par exemple, l’Irak avait mis sur pied en 1985 un programme de production d’agents neurotoxiques (sarin, VX).

[37]   La dissémination du sarin sous forme de vapeur semble être une opération délicate. À son état normal et à la température d’une pièce, le sarin se présente sous forme liquide. Pour le transformer en vapeur, on doit augmenter la température.

[38]   La plupart des documents sur le sujet font état de 5 000 victimes au total. Mais il semble en réalité, selon l’Organisation mondiale de la santé, que la majorité d’entre elles étaient des gens anxieux d’avoir été exposés à l’agent chimique.

[39]   Voir T. O’Toole (1999). «Smallpox: an attack scenario». Journal of the National Center for Infectious Diseases 5 (4). http://www.cdc.gov/ncidod/EID/vol5no4/otoole.htm.

[40]   Le programme de préparation du gouvernement canadien est moins documenté. On peut présumer qu’il est plus difficile d’avoir une vue d’ensemble des mesures d’urgence pour des raisons de sécurité.

[41]   Le Solliciteur général supervise la GRC et le SCRS et administre une Direction générale de la sécurité nationale.

[42]   Il est à l’origine de la mise au point d’appareils du Système canadien intégré de détection des agents biologique et chimique et du Blast Guard.

[TOP]

© Alexandre Blais 2002

 

Recherche

Accueil

Informations

Lectures

Documents

English

  Agenda  |  Newscenter  |  Liens  |  F A Q  |  Service de librairie  |  Mailing list |  Contact
  Plan du site