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Terrorisme
conventionnel et non conventionnel:
une revue de la littérature
par Alexandre Blais*
Date
de mise en ligne: 13 décembre 2002
Sommaire
On
peut accéder au début de chaque principal chapitre
(en gras) en cliquant sur son titre.
Présentation du document
Introduction
1.Terminologie du
terrorisme
1.1 Définitions tirées des textes législatifs
et de la littérature
1.2 Traits spécifiques au terrorisme
1.3 Motivations liées au terrorisme
2. Méthodes
du terrorisme
2.1 Attentats à la bombe
2.1.1 Types d'attentats
2.1.2 Types d'engins explosifs utilisés
2.1.3 Mécanique des engins explosifs
2.1.4 Méthodes dutilisation des engins explosifs
2.2 Assassinats
2.3 Prises d'otages
2.3.1 L'enlèvement avec séquestration
2.3.2 La prise d'otage avec barricade
2.4 Atteintes à la sécurité des transports
aériens
2.5 Mesures contre-terroristes
3. Terrorisme non
conventionnel
3.1 Matériel nucléaire et radiologique
3.1.1. Trafic illicite de matières nucléaires
3.1.2 Utilisation des matières nucléaires
3.2 Agents chimiques
3.2.1 Agents neurotoxiques
3.2.2 Agents vésicants
3.2.3 Agents suffocants et anoxiants
3.2.4 Acquisition et dissémination
3.2.5 Incidents terroristes - agents chimiques
3.2.6 Aum Shinrikyo et les attentats au sarin
3.2.7 L'attentat de Matsumoto
3.2.8 L'attaque du métro de Tokyo
3.3 Agents biologiques
3.3.1 Agents bactériens
3.3.2 Agents viraux
3.3.3 Toxines biologiques
3.3.4
Acquisition et dissémination
3.3.5 Incidents terroristes - agents biologiques
3.4 Réaction au terrorisme à caractère chimique et
biologique
3.4.1 Mesures de préparation aux Etats-Unis
3.4.2
Mesures de préparation au Canada
Conclusion
Références
bibliographiques
[TOP]
Nombre
de lecteurs nous demandent depuis quelque temps déjà
une présentation panoramique et introductive des pratiques
du terrorisme. Avec l'aimable autorisation de l'auteur, terrorisme.net a le plaisir de mettre à disposition des visiteurs du
site un panorama rédigé par Alexandre Blais.
Il s'agit à l'origine d'un projet de recherche entrepris dans le
cadre d'études de maîtrise en criminologie à
l'Université de Montréal en l'an 2000. Cela explique
plusieurs références à la situation canadienne
dans le texte, mais la perspective d'ensemble est internationale
et les informations fournies s'appliquent à tous les
pays. Comme l'explique l'auteur, le terrorisme non conventionnel
l'intéresse particulièrement, en raison des incertitudes
qui l'entourent, mais il dresse cependant un portrait général
des techniques terroristes déjà utilisées
ou potentielles.
L'auteur
a procédé à certaines mises à jour,
mais la situation évolue très vite, notamment
dans le domaine des mesures contre-terroristes. Aux Etats-Unis
et ailleurs, nombre de nouvelles mesures ont été
adoptées depuis la rédaction de ce travail: il
convient de s'en souvenir en lisant les sections qui évoquent
ces sujets.
Comme toujours
lorsque nous publions un texte d'un auteur invité, celui-ci
est seul responsable du contenu et des opinions exprimées.
Enfin en
raison de la longueur de ce texte, nous avons décidé
de le couper en plusieurs sections; sinon, le fichier aurait
été beaucoup trop lourd pour les visiteurs ne
disposant pas d'un accès à haut débit (à
elle seule, sous la forme actuelle, la troisième partie
représente plus de 250 Ko!). Les notes de chaque
section se trouvent au bas de celle-ci. La bibliographie est
accessible comme page
séparée.
[TOP]
Introduction
La liste des pays affectés par le phénomène terroriste
est longue. En fait, il semble qu'aucun pays, comme le note Bonanate
(1994), n'a été totalement épargné par le terrorisme. Le terrorisme
est dans certains pays un phénomène criminel rare. Pour d'autres,
il est une source d'inquiétude et de danger importante (Egypte,
Algérie, Sri Lanka, Colombie, etc.). L'un des pays les plus ciblés
par le terrorisme est sans aucun doute IsraeNl. Depuis le début
des années 60, diverses organisations terroristes ont été à l'origine
d'attentats brutaux en IsraeNl. Le phénomène terroriste est aussi
présent dans plusieurs pays de l'Europe. Le terrorisme a constitué
pendant plusieurs années une véritable menace pour le Royaume-Uni.
La plupart des actes de terrorisme commis au Royaume-Uni avaient
un lien avec les affaires d'Irlande du Nord. Le scénario est semblable
pour la France et l'Espagne. La France a été dans les années 80
et 90 marquée par des attentats à la bombe d'une grande violence,
perpétrés essentiellement par des groupes terroristes internationaux
arabes. Quant à l'Espagne, le système judiciaire semble incapable
de venir à bout de l'organisation terroriste séparatiste basque
qui sévit sur son territoire.
En Amérique du Nord, les actes de terrorisme sont
rares et ne constituent qu'une part infime de la criminalité de
violence. Les actes de terrorisme qui ont été commis aux Etats-Unis
sont peu nombreux. Les actes de terrorisme les plus meurtriers
des annales du terrorisme ont cependant été commis dans ce pays,
en l'occurrence les attaques catastrophiques du 11 septembre 2001.
Avant cette date, le pays avait connu certains actes de terrorisme,
dont un premier attentat plus ou moins manqué contre le Word Trade
Center en 1993 et l'attentat à la bombe très destructeur d'Oklahoma
City en 1995. D'autres actes de terrorisme, bien que moins spectaculaires,
ont également été commis par des extrémistes opposés à l'avortement,
des groupuscules suprémacistes blancs et des groupuscules séparatistes
portoricains.
Pendant longtemps, le terrorisme ne constituait pas
une source d'insécurité importante pour la population américaine.
Avant l'attentat d'Oklahoma City, le terrorisme était considéré
essentiellement comme un problème extérieur et ce, en raison des
nombreux attentats dont les Etats-Unis avaient été la cible à
l'étranger. Plusieurs attentats importants ont été commis contre
des cibles américaines à travers le monde. Les Etats-Unis ont
notamment été la cible en 1996 d'un attentat à la bombe contre
les tours Khobar à Dhahran en Egypte, et en 1998 d'attentats à
la bombe contre les ambassades américaines de Nairobi au Kenya
et de Dar es-Salaam en Tanzanie. Le Federal Bureau of Investigation
(FBI) estime qu'environ 32 % des attaques terroristes perpétrées
? travers le monde entre 1982 et 1992 ont visé des cibles américaines.
Au Canada, on ne compte qu'un petit nombre d?actes
pouvant e^tre considérés comme du terrorisme. Les actes de terrorisme
qui ont présenté la plus grande menace pour la sécurité publique
sont ceux survenus au Québec dans les années 70. Plusieurs attentats
à la bombe avaient été perpétrés à Montréal par le Front de libération
du Québec (FLQ), groupe aussi à l'origine de l'assassinat du ministre
du Travail Pierre Laporte et de l'enlèvement du diplomate britannique
James Richard Cross. La série d?attentats avait culminé avec l'adoption
de la Loi sur les mesures guerre. Plus récemment, quelques
incidents sont survenus, que la section de l'analyse du crime
extrémiste de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) qualifie de
terroristes (2001: 12). En 1998, le rédacteur du Indo-Canadian
Time, un journal sikh modéré, a été assassiné par balle dans
son garage alors qu'il sortait de sa voiture pour prendre place
dans sa chaise roulante. Des extrémistes sikhs ont été soupçonnés
par les autorités policières d'e^tre à l'origine du meurtre. En
1997, le docteur Jack Fainman, un médecin pratiquant l'avortement
à Winnipeg, a été victime d'une tentative de meurtre par un tireur
embusqué alors qu'il était dans sa maison. Puis, en 1996, le Jewish
Federation Centre, situé à Calgary, a reçu un engin explosif dissimulé
dans un emballage cadeau, qui n'a explosé q ue partiellement dans
les mains d'une secrétaire. La me^me année, le groupuscule de défense
des animaux Justice Department avait prétendu avoir envoyé des
lettres piégées avec des lames de rasoir infectées du virus du
VIH à des sociétés exploitant les animaux à fourrure. D'autres
groupuscules défendant des causes particulières ont aussi été
à l'origine d'autres incidents.
Contrairement aux Etats-Unis, le Canada n'a pas fait
l'objet d'attentat spectaculaire sur son territoire. Néanmoins,
des terroristes se sont installés au Canada pour mener diverses
activités de soutien au terrorisme et de planification en vue
de commettre des attentats. Selon Smythe (1996: 18), ces activités
sont le reflet de conflits étrangers et n'ont pas de lien avec
la scène politique canadienne. Les activités ont principalement
consisté à collecter des fonds sous le couvert de causes légitimes
pour appuyer financièrement des actes de terrorisme perpétrés
à l'étranger. Plus de 50 organisations et 350 individus auraient
à ce sujet été dans le collimateur du renseignement canadien (SCRS,
2001: 7). Depuis les dernières années, des terroristes actifs
ont aussi utilisé le Canada comme lieu de transit en vue de commettre
des attentats aux Etats-Unis. A cet égard, Ahmed Ressam, un ancien
résident de Montréal travaillant pour le réseau terroriste Al-Qaeda,
avait été arre^té à la frontière canado-américaine en décembre
1999 en possession d'explosifs destinés à e^tre utilisés pour commettre
un attentat à l'aéroport de Los Angeles.
Les attentats du 11 septembre 2001 survenus aux Etats-Unis
ont fait du terrorisme le phénomène criminel qui constitue la
plus grande source de préoccupation pour les gouvernements et
les organismes de sécurité dans le monde. Ces attentats ont surpris
plus d'un observateur par l'ampleur de la catastrophe et de la
crise provoquée mais également par la capacité que pouvaient avoir
certains terroristes à mener des attaques d'une grande violence.
De plus, ces attentats auraient permis aux autorités, selon Hamilton
(2001: 10), d'e^tre sensibilisées davantage quant à la possibilité
que des terroristes puissent recourir à des méthodes auxquelles
les autorités ne sont pas habituées ? faire face et qui peuvent
causer un grand nombre de victimes.
A cette occasion, les terroristes avaient utilisé
des avions comme bombes volantes. Il n?est pas impossible que
des terroristes utilisent à nouveau ce moyen pour s'attaquer à
leurs ennemis, me^me si des mesures de sécurité accrues ont été
adoptées pour prévenir la répétition de tels actes. Mais d'autres
scénarios sont envisagés, dont l?utilisation par des terroristes
de matières dangereuses (nucléaire, radiologique, chimique, biologique).
L'emploi de ces matières à des fins de terrorisme est considéré
par les services de sécurité nord-américains comme la principale
menace. Pour la sécurité nationale, il s'agit là, comme le note
Hamilton (2001: 12), d?une "menace fort complexe qui pose un risque
de destruction plus élevé". Toutefois, un attentat aux matières
dangereuses ne serait rien de nouveau dans les annales du terrorisme.
Les terroristes ont déjà montré à plusieurs reprises un intére^t
pour les matières dangereuses. L'organisation Aum Shinrikyo a
sans doute été celle qui a démontré le plus de détermination à
acquérir de telles armes et à les utiliser contre le public. Elle
avait été à l'origine de l'attentat au sarin dans le métro de
Tokyo en 1995.
Le terrorisme et ses méthodes sont bien connus en
criminologie. Le phénomène du terrorisme lié aux matières dangereuses
(non conventionnel) l'est cependant moins. C'est pour cette raison
que ce document a été réalisé. Il s'adresse autant aux étudiants
en criminologie qu'aux personnes chargées de l'application de
la loi qui désirent en connai^tre plus sur ce phénomène criminel.
Après quelques précisions sur la définition du terrorisme à partir
de sources académiques ou légales, après un examen des traits
spécifiques au terrorisme et de ses motivations, nous aborderons
les méthodes du terrorisme les plus connues (attentats à la bombe,
prises d'otage, assassinat, etc.) et nous examinerons les réponses
possibles à de tels actes. Cette entrée en matière un peu longue
mais nécessaire sur le sujet du terrorisme conventionnel nous
permettra de dresser un portrait des tendances actuelles dans
le domaine du terrorisme et d'aborder une forme moins conventionnelle
de terrorisme, avec utilisation d'armes chimiques, biologiques
et radiologiques. Nous présenterons les matières dangereuses qui,
selon la littérature, présentent un risque d'e^tre utilisées comme
armes à des fins de terrorisme, ainsi que les moyens par lesquels
elles risquent d'e^tre acquises et utilisées par des organisations
terroristes. Nous passerons en revue les incidents terroristes
récents impliquant des matières dangereuses et, puisque les autorités
estiment que d'autres incidents similaires ou pires peuvent se
produire an Amérique du Nord, nous examinerons comment elles s'y
préparent.
Suite...
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*Lauteur
de cet article de recherche détient un baccalauréat en science
politique et une scolarité de mai^trise en criminologie de lUniversité de Montréal. Cet article de recherche est issu dun projet
de recherche entrepris à titre détudiant de mai^trise en
criminologie à lautomne 2000.
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© Alexandre Blais 2002
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