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Thaïlande:
retour de la violence dans le Sud du pays
Date: 19 août 2002
Depuis le mois de décembre 2001, au moins 20 policiers
ont été tués dans des embuscades dans le
Sud de la Thaïlande. Il est cependant difficile de déterminer
si ces actes de violence sont liés à un regain
du séparatisme musulman ou à des activités
avant tout criminelles.
Il existe dans cette région deux organisations activistes,
le PULO (Patani
United Liberation Organization) et le New PULO (faction
dissidente créée en 1995). Malgré leurs
divergences, les deux organisations ont établi une alliance
tactique au milieu de l’année 1997. Pas moins de 33 attentats
leur furent attribuables dans la période d’août
1997 à janvier 1998, ce qui représenta la plus
importante éruption d'activité séparatiste
musulmane dans la région depuis le début des années
1980.
Depuis le mois de décembre 2001, les incidents se sont
multipliés, allant des embuscades déjà
mentionnées contre des policiers à une demi-douzaine
d'attentats à la bombe (engins de fabrication artisanale).
Cela fait craindre aux autorités la reprise d'activités
séparatistes dans la région.
Incertitudes sur les acteurs des violences
récentes
En fait, l'incertitude règne quant à l'interprétation
à donner à cette série d'actions violentes.
Les autorités avaient d'abord incriminé des groupes
de bandits notoirement actifs aux abords de la frontière
avec la Malaisie, mais le caractère apparemment organisé
de la campagne suscite maintenant des interrogations - sans
qu'il soit exclu qu'elle couvre des entreprises criminelles
pour le contrôle de lucratives activités illégales
(Reuters,
16 juillet 2002). D'une source officielle à l'autre,
les explications avancées sont contradictoires. Les autorités
thaïlandaises ont également accusé les séparatistes
et demandé l'aide de la Malaisie pour arrêter certains
d'entre eux.
Cependant, note Shawn Crispin dans la Far
Eastern Economic Review (25 juillet 2002), "la
politique et la violence se mélangent souvent dans les
régions méridionales de la Thaïlande, et
les actes récents paraissent avoir des racines économiques
et politiques plus profondes que du simple banditisme."
Un autre élément que soulignent plusieurs observateurs
et qui pourrait ne pas être étranger aux récents
actes violents: la compétition que se livreraient des
éléments de la police et de l'armée pour
le contrôle de trafics aussi lucratifs qu'illégaux
(Associated Press, 4 août 2002). Si l'on suit
une telle explication, il n'est pas exclu que certaines actions
aient pour origine des séparatistes musulmans, mais ceux-ci
auraient plutôt mis à profit la situation instable
de la région. Selon un politologue de la région,
Perayot Rahimmula (cité par Associated Press),
il ne faut pas nécessairement attribuer à tous
les incidents récents la même origine.
Le 15 juillet 2002, le Conseil national de la sécurité
de la Thaïlande a décidé la création
d'une nouvelle force de sécurité pour les provinces
méridionales du pays. Cette force devrait comprendre
à la fois des militaires, des policiers et des civils.
Mais cela n'a pas mis un terme à la rivalité entre
policiers et militaires dans la région, note la Far
Eastern Economic Review (dans son édition datée
du 22 août 2002): critiqué par les milieux
militaires qui souhaitent maintenir une forte présence
dans la zone, le général Sant Sarutanont a en
effet l'intention d'envoyer 1.500 policiers supplémentaires
dans la région.
Situation de la minorité musulmane
dans le Sud
Sunnites, les musulmans de Thaïlande sont largement d'origine
malaise, ce qui crée des liens transfrontaliers. Majoritaires
dans le Sud, les musulmans représentent 4,6% de la population
totale du pays (61 millions d'habitants), selon les résultats
du recensement de l'an 2000, qui montraient que le nombre de
musulmans avait augmenté depuis 1990 - ils étaient
4,1% dix ans plus tôt (Eglises
d'Asie, 16 juillet 2001).
Les musulmans jouissent d'une reconnaissance officielle: le
gouvernement fournit des fonds pour la construction et l'entretien
des mosquées, qui seraient au nombre de 2.000 dans le
pays, dont une centaine à Bangkok. Dans les provinces
méridionales, les règles islamiques sont applicables
aux musulmans en matière de droit personnel dans les
affaires relatives aux questions familiales ou d'héritage.
Cependant, des publications islamiques brossent un autre tableau
de la situation et présentent la population musulmane
de la Thaïlande comme menacée dans son identité
par une politique de "siamisation" qui serait, affirment-elles,
imposée par la majorité bouddhiste, notamment
dans le cadre éducatif. Une analyse
de Kazi Mahmood publiée par IslamOnline (13 mars
2002) prétend ainsi que la Thaïlande utiliserait
le climat actuel de "guerre contre le terrorisme"
pour réprimer les aspirations identitaires des musulmans
des provinces méridionales. Etat malais lié dès
le 16e siècle au Siam par des liens de vassalité,
le Patani a été complètement intégré
politiquement au début du 20e siècle.
Dans un communiqué publié le 29 juillet
2002 sur le site Internet du PULO, le président adjoint
de cette organisation, Hj. Lukman B. Lima, laisse entendre que
la seule réaction possible pour les habitants du Pattani,
face à la répression dont ils feraient l'objet,
serait de frapper les policiers et colons thaïs. (JFM)
Pour
en savoir plus
Peter Chalk,
"Separatism and Southeast Asia: The Islamic Factor in Southern
Thailand, Mindanao, and Aceh", in Studies in Conflict
and Terrorism, vol. 24, juillet-août 2001, pp. 241-269.
Peter Chalk,
"Muslim Separatist Movements in the Philippines and Thailand"
- chapitre publié dans un ouvrage collectif publié
en 2001, Indonesia's Transformation and the Stability of Southeast
Asia (sous la direction d'Angel Rabasa et Peter Chalk),
qui peut être déchargé sous forme de fichier
PDF à partir du site de la RAND Corporation:
http://www.rand.org/publications/MR/MR1344/MR1344.ch9.pdf
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